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LA BIBLIOTHEQUE DU SAULCHOIR (français)

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LA BIBLIOTHEQUE DU SAULCHOIR

A tous les  moines de l’Ordre des Frères Prêcheurs

« Vous tous qui avez été baptisé en Christ,

   vous avez revêtu le Christ »

            Chant orthodoxe

Viens, partage avec moi
Le pays des antiques bibliothèques !
Ecoute leur chant qui touche
De ses doigts délicats
Le visage du cœur !

Elles ont gardé,
Dans leur pure intégrité, les lettres d’azur
Que les hirondelles ont écrites
Sur la soie du ciel,
Les mots d’amour que, distraite,
La jeune brise d’été
A oublié de porter à ses destinataires !

Elles gardent tous les parfums des saisons,
Toutes les préfaces à la tendresse !

Regarde cette lumière soudaine au plafond
Juste au-dessus de la profondeur du livre ouvert !

A notre insu, invisible,
Discrète, impalpable, la vie
Repose sur chaque page
Pareille aux fruits dorés,
Cachés dans la verte reliure des feuilles !

Elles gardent, dans leur royaume de silence,
La latitude de nos cœurs,
Les voix de feu venues des tréfonds de la Terre,
Les heures de veille, revêtues de leur robe amarante,
Les fleuves d’automne qui coulent
Dans les mots en train de mûrir.

Oui,
Penche ton visage
Sur la page ouverte au hasard
Pour te voir
Tel que tu as toujours été,
Un poème plus léger que la rosée du matin
Et plus fluide que le vol
Des oiseaux au crépuscule !

Alors, enfin, toutes les fleurs s’allumeront
Soudainement
Pour te montrer la route
Qui commence et finit
En toi-même !

Ô antiques bibliothèques,
Il ne me reste comme consolation ultime
Et dérisoire, drapée d’une élégante timidité,
De tourner autour de moi-même
Cherchant dans un mot singulier,
Dans vers abstrus,
Le salut !

            Athanase Vantchev de Thracy

 Rueil-Malmaison, le 10 août 2008

 Glose :

La Bibliothèque du Saulchoir : c’est la bibliothèque de la province des frères dominicains de France.

Fondée en 1865 à Flavigny (Côte d’Or), elle se trouve aujourd’hui à Paris, au 43bis, rue de la Glacière. Cette bibliothèque abrite les collections réunies par les dominicains français depuis le rétablissement de l'Ordre des Prêcheurs en France, au milieu du XIXe siècle.
Spécialisée en sciences humaines et religieuses, elle dispose d'un fonds de plus de 250 000 ouvrages et d’un millier de périodiques. Son directeur actuel est le Père Jérôme Rousse-Lacordaire.

Histoire de la Bibliothèque du Saulchoir

L'Ordre des Frères Prêcheurs, fondé par saint Dominique, fut confirmé en 1216 par le pape Honorius III. Consacré à la prédication de la Parole de Dieu, cet ordre a pour mission d'approfondir les expressions de la foi chrétienne dans un dialogue continu avec les autres pensées religieuses et philosophiques. Dès le XIIIe siècle, les frères Albert le Grand et Thomas d’Aquin ont enseigné la théologie à l'Université de Paris. Il leur fallait des livres pour travailler et, dès le début, les couvents de l'Ordre portèrent une grande attention aux bibliothèques qui devaient couvrir tout le champ de la recherche scientifique. À Paris, les riches bibliothèques des trois couvents dominicains (Saint-Jacques, Saint-Dominique et l'Annonciation) alimentaient le travail théologique et les publications des frères. La Révolution française mit fin à ces activités. Comme les autres congrégations religieuses, l'Ordre dominicain fut interdit en France et les livres des bibliothèques, confisqués et versés aux dépôts littéraires, vinrent enrichir la Bibliothèque Nationale et celles de l'Université. En 1838, l'abbé Henri Lacordaire annonça son intention de rétablir en France l'Ordre des Frères Prêcheurs et, l'année suivante, prenait à Rome l'habit de St. Dominique. Sa première fondation fut le couvent de Nancy, pour la raison que l'ancien curé de la cathédrale léguait sa bibliothèque de 12.000 volumes à l'Ordre renouvelé. Ce fait est hautement significatif de l'importance attachée aux bibliothèques dans les couvents dominicains. Le couvent d'études de la Province de France fut installé à Flavigny-sur-Ozerain en Côte d'Or en 1865, où il restera jusqu'en 1880. À partir de 1880, de nouveaux troubles allaient commencer. Le gouvernement français ayant décidé l'expulsion des religieux, les frères se résignèrent à l'exil, les uns en Espagne, les autres en Autriche, emportant avec eux ce qu'ils pouvaient de leurs livres. Cet état de fait dura jusqu'en 1895, date à laquelle les frères furent autorisés à se réinstaller au couvent de Flavigny. Dans l'intervalle, la bibliothèque ne s'était évidemment pas développée. Ce retour ne devait être que provisoire, car une loi du 1er juillet 1901 supprimait de nouveau en France les congrégations religieuses. Les expulsions eurent lieu en 1903, et le couvent d'études fut contraint de se réfugier en Belgique dans une ancienne abbaye cistercienne, appelée "Le Saulchoir" (lieu planté de saules). Les livres y furent donc transportés, et depuis ce moment, l'accroissement des fonds fut régulier. En 1907, les professeurs du couvent d'études décidèrent de fonder la Revue des Sciences philosophiques et théologiques, revue trimestrielle qui comprenait deux sections : des articles et des bulletins ou recensions de livres et de revues. Ces livres et revues devaient revenir intégralement à la bibliothèque pour être mis à la disposition des professeurs et des étudiants. Naturellement ce règlement favorisait l'accroissement rapide des collections. Peu après, en 1924, un autre périodique fut fondé, le Bulletin thomiste, qui analysait les publications relatives à la théologie thomiste. Lui aussi devait enrichir la bibliothèque dans un secteur particulièrement sensible. En 1927, la collection de livres personnels du Père Pierre Mandonnet, professeur à l'Université de Fribourg en Suisse, passa à la bibliothèque du Saulchoir. Il s’agissait d’un fonds de grande qualité pour l'histoire de l'Église et les livres rares. En 1937, parut un ouvrage du Père Marie-Dominique Chenu, intitulé Le Saulchoir, une école de théologie. En 1939, le retour en France put avoir lieu, et Le Saulchoir vint à Étiolles, près d’Evry, où la bibliothèque fut installée. On pouvait alors l'évaluer à 65.000 volumes. À partir de ce moment-là, malgré la guerre, les études dominicaines, et la bibliothèque qui en était l'instrument, connaîtront une certaine stabilité et un développement soutenu. Sous la direction du Père André Duval, bibliothécaire de 1943 à 1962, la bibliothèque du Saulchoir, mieux organisée, n’est plus  seulement réservée aux frères du couvent, mais ouverte aux lecteurs de l'extérieur. La recherche active et les publications nombreuses dans les sciences théologiques et philosophiques contribuent énormément à la qualification des diverses sections des collections de livres. Entre autres, on travaillait à la préparation du concile Vatican II. En 1963, ces activités amenèrent à la fondation d'une Association des Amis de la Bibliothèque du Saulchoir dont le premier président a été Jean Porcher, conservateur en chef à la Bibliothèque Nationale. Cette association apporte un soutien moral et financier à la bibliothèque. Les retombées de mai 68 touchèrent cruellement les dominicains français qui durent se résoudre à quitter le couvent d'Étiolles et à se replier sur Paris dans le périmètre du couvent Saint-Jacques. La bibliothèque du Saulchoir y fut installée dans des locaux spécialement aménagés, comportant en particulier une salle de lecture ouverte au public en 1974. Elle reçoit maintenant un nombre important d'étudiants des diverses universités parisiennes. Elle figure en bonne place dans l'équipement culturel du XIIIe arrondissement de Paris. La bibliothèque du Sauchoir a 150 ans d'âge. Elle est principalement constituée par les acquisitions des frères dominicains en vue de leur enseignement, de leurs recherches et de leurs publications. La diversité de ses fonds continue de s'accroître en fonction des besoins de ses nouveaux lecteurs. On peut estimer qu'aujourd'hui ses magasins renferment environ 250 000 livres et un millier de périodiques. 
 

Abstrus, e (adj.) : abscons, abstrait, difficile, impénétrable, incompréhensible, inintelligible, obscur, sibyllin.