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LE PARFUM HUMIDE DE LA TERRE (français / anglais)

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                                                        Liserons

 

LE PARFUM HUMIDE DE LA TERRE

A Norton Hodges

« L’art est fait pour figurer le sens caché des choses. »

            Aristophane

 

Nous vivons avec toi, Norton,

Arbres en fleurs, buissons peuplés de mésanges,

Caves obscures remplies de vins précieux,

Chemins de campagne bordés de liserons.

Nous respirons le même air lilas,

Nous buvons à belles gorgées la même lumière !

 

Au large des continents abrupts et muets de nos mémoires,

Nos lèvres, étrangères à toute violence,

Cueillent parfois, sur les pierres taciturnes des soirs,

Des purs mots d’amour,

Des rumeurs écumeuses, des accents

Au parfum humide de la terre.

 

Il arrive que nous prenions entre nos doigts clairvoyants

Les couleurs des arcs-en-ciel 

Que nous faisons don  aux jardins de nos poèmes,

A la flexible calligraphie de nos inquiétudes.

 

Nous, maîtres mûrs des écluses de l’éloquence,

Cœurs grisés de bleu et d’eau d’herbes,

Gorges aux grêles cordes intactes où l’inconnu

Livre à l’inconnu les mystères des livres antiques.

 

Thaumaturges, nous avons appris,

A force de saignées et de larmes,

Derrière l’emmurement de nos corps

Et le sans-ombre de nos sourires

Le sublime savoir d’embaumer nos blessures,

Nos cicatrices, les corps mutilés de nos tristesses

Et de nos errances comiques.

 

Nous, Norton,

Qui avons toujours aimé les yeux velours vert

De la poésie infante !

 

            Athanase Vantchev de Thracy

Paris, le 22 avril 2010

J’ai passé ma journée à l’hôpital. Ces vers naquirent en moi avec l’aisance d’une fugue de Bach.

Glose :

Aristophane (en grec ancien Ἀριστοφάνης / Aristophánēs) : poète comique grec du Ve siècle av. J.-C., né dans le dème de Kydathénée vers 450–445 et mort vers 385 av. J.-C.

Il débuta jeune au théâtre, se fit connaître par deux pièces aujourd'hui perdues : Les Banqueteurs (427) et Les Babyloniens (426). Il écrivit de nombreuses comédies, dont la plupart ne nous sont connues que par des fragments. Onze nous sont parvenues : Les Acharniens (les habitants d’Acharne) (425) et La Paix (421), où l'auteur intervient franchement dans la politique et combat le parti de la guerre ; Les Cavaliers (424), où il attaque ouvertement Cléon, le tout puissant démagogue ; Les Nuées (423) où il raille Socrate ; Les Guêpes (422), où il tourne en ridicule l'organisation des tribunaux athéniens et les manies des juges ; Les Oiseaux (414), où il s'en prend aux utopies politiques et sociales, comme plus tard dans Lysistrata (411) et dans l'Assemblée des femmes (392), etc. Les Thesmophories (fête en l’honneur de la déesse Déméter) (411) et Les Grenouilles (405) sont des satires littéraires dirigés contre Euripide. Cependant, la hardiesse des poètes comiques, le retour au pouvoir du parti aristocratique, et les malheurs d'Athènes, avaient amené une réaction contre la liberté du théâtre. Cette réaction s'était dessinée déjà vers (412) et sous les Trente: elle aboutit vers 388 à une loi qui interdisait formellement les attaques contre les personnes. C'était l'arrêt de mort de la comédie ancienne. Aristophane tenta des voies nouvelles. Par Le Cocalos (nom du roi mythique des Sicanes) (388), (aujourd'hui perdu) et la seconde édition du Ploutos (dieu de la richesse), il inaugura la satire des mœurs, d'où devait sortir la comédie nouvelle des Athéniens.

Liseron (n.m.) : nom vernaculaire ambigu désignant en français certaines plantes herbacées vivaces à rhizome plus ou moins charnu, de la famille des Convolvulacées (du latin convolvere, « s'enrouler »), à tiges volubiles et feuilles en forme de flèche.

Thaumaturge (n.m.) : du grec thauma, « prodige » et ergon, « œuvre ». Personne qui fait des miracles.

ENGLISH :

The Smell Of Wet Earth

For Norton Hodges

‘Art is made to represent the hidden meaning of things.’

             Aristophanes

 

Norton, do you see us? We’re living right beside you,

Trees in blossom, bushes thronged with tiny birds,

Dark cellars full of precious wines,

Country roads edged with bindweed.

We breathe the same lilac air as you,

We swallow mouthfuls of light with the same heartiness.

 

Our memories are sheer and silent continents ,

Off their coasts our lips, strangers to all violence,

Sometimes gather, on the taciturn stones of evening,

Pure words of love,

Foam-crested rumours, accents

With the smell of wet earth.

 

Sometimes between our clear-seeing fingers, we take

The colours of rainbows

Which we give as gifts to the gardens of our poems,

To the pliable calligraphy of our disquietudes.

 

We are the old lockkeepers of eloquence,

Our hearts drunk on the blue of this world,

On waters infused with its verdant herbs,

Even now our throats are shrill-stringed instruments through which the unknown

Passes to the unknown the mysteries of ancient books.

 

Like magi, we have learned,

Through bloodletting and tears,

Behind our walled-up bodies

And our shadowless smiles

The sublime knowledge of how to embalm with sweet fragrances

Our wounds, our scars, the mutilated corpses of our sadnesses

And our comical wanderings.

 

Norton, we have both

Always worshipped the green velvet eyes

Of the young Infanta –

Poetry!

 

Paris, 22nd April 2010

Note: I spent today at the hospital. This poem was born in me with the same ease as a Bach fugue.

Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges

Mis à jour ( Vendredi, 23 Avril 2010 10:03 )