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MES PREMIERS POEMES (français)

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MES PREMIERS POEMES

A Jean-François von Klotz

« Respirer ?
C’est aspirer toutes les voix
Des cigales du soir »

            Kaneko Tôta

1.

J’allais, parfois, du village de Thracy

Au monastère Sainte-Anne,

Elevé dans des temps anciens

Par mes ancêtres :

 

Une foi robuste comme leurs corps de silex,

Un amour pur comme leurs mœurs

Ont guidé l’effort lumineux de leurs mains.

 

Ô bénis, bénis ceux  qui savent, qui peuvent

Encore croire, prier et pleurer !

 

2.

 

Des violettes sauvages poussaient

Des deux côtés de la route poussiéreuse,

Des iris fleurissaient entre les pierres souriantes

Des murets fatigués.

 

Un ruisseau vagabond, aux eaux vives et claires

Comme les prunelles vierges d’une fillette, courait,

Heureux d’errer, prompt et libre,

A travers les belles prairies peuplées

De mille tribus d’insectes agiles

Et de chantantes roselières !

 

Ô bénis, bénis ceux qui savent, qui peuvent

Encore quitter la chambre ardente

De la grande solitude !

 

3.

 

Ma tête éthérée était si pleine de musique !...

Des rimes, des images, des mots, des strophes

Se bousculaient allégrement

Dans mon cœur essoufflé de joie !

 

Les Muses, presque visibles,

Presque tangibles,

Allaient, vêtues de soleil et de paroles aériennes,

A mes côtés.

 

Et des voix, des voix, des voix

Des voix roses, bleues, orange, mauves,

Réséda résonnaient tout alentour

De mon corps,

Emplissant l’air violet de légendes!

 

Ô araignées, princesse pâles et pensives,

Flottant dans la soie blanche de vos robes

Sous le l’écoulement d’un ciel bleu, bleu, bleu,

Bleu à perdre le souffle!...

 

4.

 

J’arrivais devant l’icône dorée

De la sainte mère de Marie

Une fleur à la main.

Je la posais sur sa face,

Me penchais sur la grande pâleur de sa peau,

Allumais un cierge

Et posais mes lèvres sur

Le doux rayonnement de son front !

 

Enhardi par son calme,

Rassuré par son délicat sourire,

Je me mettais à lui lire,

Avec une voix liturgique,

Le poème que j’avais composé,

En compagnie mélodieuse

Des aigrettes,

Sur la route !

 

Ah, pour chanter, nul besoin de mourir !

Il suffit d’entrer dans les semences de la vie,

Il suffit de vibrer à l’unisson

Avec les myriades d’essaims de regards

Qui scintillent partout dans l’univers !

 

5.

 

Le soir, rompu de fatigue, brûlant d’émotion,

Je m’endormais avec précipitation

A côté de mes cousins aimés

Sur le moelleux oreiller

De la Voie Lactée !

 

Ô nuit, nuits légère,

Nuits bercées dans les rets transparents

Des libellules,

Frissons parfumés de fraîcheur,

Voiles des brises

Voguant sur l’eau profonde des prunelles !

 

Ô divine chaleur que les étés de l’enfance

Ont laissé dans ma chair !

Versets d’une époque lointaine

A jamais à l’intérieur de moi !...

 

            Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 1 juillet 2008

 

Glose :

 

Kaneko Tôta (né en 1919) : un des grands maîtres japonais du haïku.

 

Roselière (n.f.) ou phragmitaie (n.f.) : zone en bordure de lacs, d'étangs, de marais ou de bras morts de rivière où poussent principalement des roseaux (phragmites).

 

Aigrette (n.f.) : du provençal aigreta, lui-même de aigron, forme régionale de héron. Oiseau du genre héron, de l’ordre des Ciconiiformes, de la famille des Ardéidés. Il existe plusieurs genres d’aigrettes : aigrette garzette (la plus répandue en France), aigrette ardoisée, aigrette bleue, aigrette de Chine, aigrette des récifs, aigrette neigeuse, aigrette roussâtre, etc.

Mis à jour ( Samedi, 30 Janvier 2010 20:05 )