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JEAN-BAPTISTE CHARDIN (français)

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                                        Jean-Baptiste Chardin

 

JEAN-BAPTISTE CHARDIN

« De tous les maîtres anciens, Chardin est sans doute le plus pictural. Il est celui vers lequel les peintres modernes des vibrations et des réfractions de la couleur comme ceux moins concernés par les relations atmosphériques que par la disposition architectonique des objets peuvent retrouver la trace de leur héritage esthétique ».

                         Duncan Philips, collectionneur américain

 

Ce transparent silence,

Ce frémissement précis des êtres immobiles,

Le tremblement liquide de l'air qui les caresse!

Cette solennelle finesse,

Et cette liesse discrète et douce de la pudeur!

 

Belle, l'âme subtile du temps

Circule parmi les plis des robes et des objets,

Des gestes en plénitude!

Gravité sereine, prélude à la clarté

Des visages figés dans la splendeur d’un songe!

Chaude, immatérielle finesse de chaque couleur,

Substance harmonieuse,

Où vibre l'arc-en-ciel d'une âme immaculée!

 

C'est là, derrière le fin, l’inexprimable tulle

De la surface des choses

Que va et vient la vie remplie d'émotions!

 

Non! Non! Rien ne bouge

Et tout pourtant respire!

 

Pour dire l'essentiel,

Le coeur a épuré les silhouettes fragiles!

Tout semble suspendu aux cils de ces regards

Qui touchent l'éternité,

De ses doigts qui serrent dans leur transport aulique

La soie des vastes espaces

Et plient les fastes du monde

Au gré de la mesure!

 

Ce savoir de l'ordre où chaque objet connaît

Son ample royaume

Et tendrement refuse l'appel de la folie!

 

Ô délicate rigueur qui ordonne au rythme

Du sang et du pinceau sa loi prodigieuse!

Foi impérieuse que tout est éternel

Qui porte en soi le sceau

De l’innocence parfaite !

 

Ode à la pureté des lignes qui fragilisent

Les âmes des personnages!

 

Et que de solitude!

 

Ah, combien j'ai peur de mon intime regard

Qui sollicite ces êtres!

 

J'ai peur de cette fraîcheur,

De cette honnêteté,

De ces enfants qui jouent

Aux dés avec leur ombre

Et de ces dames  changées en rêve halluciné,

De ces pièces paisibles  

Où dorment les serinettes!

 

J'ai peur de cette légère et calme intégrité

Qui dit, en se jouant,

L’intime, l'irrévocable

Transcendance du monde!

 

                                   Athanase Vantchev de Thracy  

 

Jean-Baptiste Siméon CHARDIN (1699-1779) - peintre et pastelliste français. Fils d'un ébéniste, il étudia la peinture à l'Académie de Saint-Luc et fréquenta les ateliers de P.-J. Cazes, peintre d'histoire, disciple de Le Brun et celui de N. Coypel. Il aida ce dernier  et J.-B. Van Loo à la restauration des fresques du Primatice. Chardin fut admis à l'Académie royale de Peinture et de Sculpture comme "peintre dans le talent des animaux et des fruits" grâce à son remarquable tableau La raie qui provoqua l'admiration de Nicolas de Larguillère.Vers 1733, il introduisit dans ses toiles la figure humaine et peignit plusieurs scènes de genre d'un style sobre et discret (Femme tirant de l'eau à la fontaine, La Blanchisseuse, Le Château de cartes, La Pourvoyeuse, La Mère laborieuse, Le Bénédicité, La Garde attentive, La toilette du matin, La Ratisseuse, L'Ecureuse, La maîtresse d'école, Le Jeune Dessinateur taillant son crayon, La Fillette au volant, La Gouvernante, L'Enfant au toton, etc.) Vers 1755, il revint à la nature morte (Deux lapins avec une gibecière et une poire à poudre, Les Apprêts d'un déjeuner dit aussi Le gobelet d'argent, Le Bocal d'olive, La Fontaine de cuivre, La Brioche, La Jatte de prunes, une pêche et un pot d'eau, etc.) A partir de 1770, sa vue baissant, il s'adonna au pastel, exécutant notamment un portrait de sa femme et trois autoportraits. Chardin s'éteignit au Louvre, dans un appartement que lui avait offert Louis XV. 

 

Serinette (n.f.) - sorte de petit orgue pour apprendre à chanter aux serins.