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IN MEMORIAM (français)

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                                    Libellules

 

IN MEMORIAM

 

A mon cousin Ivan, mort au champ d’honneur
Quelque part en Hongrie.

 

« On croirait que du ciel les astres sont tombés
En pluie sur un brocart vert.
Couleur sur couleur, figure sur figure,
Dessin sur dessin par milliers »

            Daqiqi,
           Ode printanière

« Bella matribus detestata »
(Les guerres, dont les mères ont horreur »)

            Ovide
            Odes  I, 1, 24, 25

 

Voici l’endroit où tu dors à jamais,
Ö mon jeune frère, mon soldat
Mort pour la Patrie !

La terre a pris ton corps éblouissant de beauté
Dans son étreinte amoureuse.

Les passants ignorent qu’ils marchent
Sur ta luisante poitrine,
Sur ta bouche qui n’a pas eu le temps
De dire le premier « Je t’aime ! »

A présent,
Tu dors oublié
Comme un recueil de poèmes qu’on a lu
Et abandonné.

Mais chaque nuit, tu viens à moi,
Ô mon doux frère,
Avec tes cheveux blonds comme
Le miel d’acacia et,
Me regardant de tes yeux réséda
Tu murmures de ta voix claire :

« Dis-moi, mon cousin, dis-moi,
Est-ce que les bouleaux de notre jardin
Portent toujours dans leurs mains délicates
Les nids des mésanges chanteuses ?

Est-ce qu’en automne les tilleuls
Continuent à faire tomber
Leur or rouge et jaune sur la tête blanche
De ma mère ?

Et les libellules, l’été,
Nous appellent-elles encore,
Comme autrefois
Vers la rivière… »

            Athanase Vantchev de Thracy

Paris, ce samedi 3 novembre, Anno Domini MMVII

Glose :

Abu Mansur Muhammad Ibn Ahmad Daqiqi (Xe siècle) : un des plus grands poètes perses d’origine tadjik. Panégyriste des princes locaux du Tchaghâniân, une des régions de Transoxiane située au Sud-Est de Samarcande, ainsi que du roi samanide Mansour Ier (991-976). Ses vers débordent d’imagination et éblouissent par leur style brillant. Il est célèbre surtout comme l’un des plus doué des prédécesseurs de Firdousi. Daqiqi entreprit de mettre en vers l'immense matière épique de la tradition nationale qui venait d'être compilée en prose (en 961) par quatre érudits de Tous, au Khorassan. Cet ouvrage devait portait le nom de Goshtasb-Name. Sa mort prématurée (Daqiqi fut assassiné, dit Firdousi, par un de ses esclaves) l’empêcha de mener cette grande entreprise à bonne fin. Cependant, un millier de distiques qu’il a eu le temps de rédiger ont été recueilli par Firdousi dans Le Livre des Rois. Daqiqi appartenait certainement à la religion Zoroastrienne.