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GENTILHOMME ET DAME JOUANT DE L’ÉPINETTE (français)

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GENTILHOMME ET DAME JOUANT DE L’ÉPINETTE

 

A Rembrandt Harmenszoon van Rijn

 

"Consonantia, quae omnem musicae modulationem regit, praeter sonum fieri non potest… Etenim consonantia est dissimilium inter vocum in unum redacta concordia… Consonantia est acuti soni gravisque mixtura suaviter uniformiterque auribus accidens".

 

(« La consonance, laquelle régit toute modulation musicale, ne peut se réaliser que par le son… Le fait est que la consonance consiste en l’accord de voix différentes réduites à l’unité… La consonance est un mélange de son aigu et de son grave qui frappe doucement et uniformément l’oreille. »)

            Boèce,

            De musica

 

Jouez, ma belle enfant, laissez vos doigts courir,

Guidés par l’hymne de l’air et les éclats du cœur,

Sur la blancheur de l’aube et la suave pâleur

Du clavier qui rêve d’éther et d’élixir !

 

Et toi, ô Harmonie, fille tendre d’Aphrodite,

Préside du haut des cieux à ces instants candides,

Rappelle-toi Cadmos, tes noces, ta robe splendide

Tissée de fils d’azur par les sublimes Charites !

 

Répands en ce lieu ta bleue délicatesse

Comme un parfum jailli de l’âme des violettes

Plus tendre que les sons sereins de l’épinette,

 

Plus envoûtant qu’un vers de la delphique prêtresse !

Et toi, miroir pudique, accueille dans ton silence

La chasteté des êtres vêtus de transparence !

 

            Athanase Vantchev de Thracy

Glose :

Gentilhomme et dame jouant de l’épinette : tableau peint vers 1662. Huile sur toile, 74 x 64,5 cm, Londres, Buckingham Palace, Collections royales.

Rembrandt Harmenszoon van Rijn (Leyde 1606 – Amsterdam 1669) : peintre et graveur hollandais. Il était le cinquième des sept fils d’un meunier aisé sur le Rhin. Il fit son apprentissage auprès du peintre Jacob van Swanenbourgh  et, en 1624, travailla six mois à Amsterdam dans l’atelier d’un peintre d’histoire renommé, Pieter Lastman. De retour à Leyde, âgé de 18 ans, Rembrandt ouvrit son propre atelier. Travaillant à Amsterdam dès 1631 et marié en 1634 avec la fille de son marchand, Saskia van Uylenburgh, il connut rapidement la notoriété comme portraitiste, peintre d’histoire et graveur, obtenant de nombreuse commandes et enseignant à plusieurs élèves. Dès 1628, il obtint l’admiration de Constanijn Huygens, juriste, poète et secrétaire du stathouder  des Pays-Bas, Frédéric-Henri, qui lui commanda entre 1632 et 1646, une série de 7 tableaux dont La Descente de Croix ; L’Erection de la Croix ; La Mise au tombeau ;  La Résurrection. En 1642, Rembrandt perdit sa femme Saskia, malade d’une phtisie galopante. Il vivra désormais avec sa servante, Hendrickje Stoffels, et le fils qu’il avait eu de Saskia, Titus. Saskia ayant interdit à Rembrandt de se remarier après sa mort sous peine de perdre l’usufruit de ses biens, Rembrand dut vivre en concubinage. Pour cette raison, il fut l’objet d’une condamnation de la Cour ecclésiastique d’Amsterdam en 1654. Cette même année, Hedrickje Stoffels donna naissance à une fille, Cornelia. En 1656, Rembrandt fut mis en faillite à cause de ses dettes. En 1662, il perdit Hendrickje et, en 1668, son fils Titus. Il mourut dans la misère en 1669, âgé de 63 ans. Rembrandt laissa un nombre impressionnant de tableaux et de gravures. Je ne citerai que quelques-uns : Le Festin de Balthazar ; Le Sacrifice d’Abraham ; Samson aveuglé par les Philistins ; Les Pèlerins d’Emmaüs ; Jérémie pleurant sur la destruction de Jérusalem ; Le Christ et la Femme adultère ; L’Adoration des bergers ; La Compagnie du capitaine Frans Nanning Cocq (dite La Ronde de nuit »; Bœuf écorché ;  La Leçon d’anatomie du professeur Joan Deyman ; Docteur Faustus, etc. Rembrandt n’est que le prénom du peintre. Il l’a choisi comme nom à l’image de Michel-Ange et Raphaël.

Boèce (Anicius Manlius Torquatus Severinus Boetius – Rome vers 470 – Pavie 525) : philosophe et homme politique latin. Il étudia la philosophie et les sciences d’abord à Rome, puis à Athènes. Rentré au pays, Boèce fut élevé trois fois au consulat (en 487, 510 et 511) par Théodoric, roi des Goths. Accusé de trahison, de complot et de magie par ses ennemis, il fut emprisonné : il écrivit alors son œuvre principale, De la consolation de la philosophie, avant d’être exécuté. Ses biens, dont la confiscation fut prononcée, furent rendus à sa veuve par la reine Amalasonte qui fit relever ses statues. Boèce fut l’écrivain et le philosophe le plus éminent de son temps. Outre son ouvrage cité plus haut, il composa plusieurs traités de théologie et de mathématiques. Boèce exerça une immense influence sur tous les auteurs du Moyen Âge.Harmonie : Harmonie est fille du dieu de la Guerre, Arès et de la déesse de l’Amour, Aphrodite. C’est Zeus qui la maria à Cadmos, frère de Cilix, de Phoenix et d’Europe, un des grands héros du cycle thébain. Le mariage eut lieu sur la Cadmée, la citadelle de Thèbes. Les dieux y assistèrent, comme ils devaient assister plus tard, au mariage de Thétis et de Pelée, les parents d’Achille.  Ils apportèrent des présents dont les plus célèbres furent  une robe et un collier. La robe était un cadeau de la déesse Athéna. Elle avait été tissée par les Charites, et le collier un présent d’Héphaïstos.

Charites : les Charites, en latin les Grâces (Gratiae), sont des divinités de la Beauté et peut-être, à l’origine, des puissance de la végétation. Ce sont elles qui répandent la joie dans la Nature et dans le cœur des hommes, et même dans celui des dieux. Elles habitent sur l’Olympe en compagnie des Muses, avec lesquelles elles forment parfois des chœurs. Elles font partie de la suite d’Apollon, le dieu musicien. On les représente généralement comme trois sœurs, appelées Euphrosyné,  Thalia et Aglaé, trois jeunes femmes nues se tenant par les épaules. Deux regardent dans une direction, celle du milieu regarde dans la direction opposée. Elles ont pour père Zeus et pour mère la fille de l’Océan Eurynomé.

La delphique prêtresse : il s’agit de Sibylle, la célèbre prêtresse chargée  par Apollon de faire connaître aux hommes ses oracles. Le vrai nom de Sibylle était Hérophilé. Elle était originaire de Marpessos, en Troade, fille d’une nymphe et d’un père mortel, un berger de l’Ida du nom de Théodoros. Sibylle était venue au monde avant la guerre de Troie, et avait prédit que la Troade serait ravagée par la faute d’une femme née à Sparte (Hélène). A Délos existait un hymne  qu’elle avait composé en l’honneur d’Apollon, et dans lequel elle se disait la « femme légitime » du dieu, et aussi sa « fille ». Elle passa la plus grande partie de sa vie à Samos, mais elle alla aussi à Claros, à Délos et à Delphes. La prêtresse d’Apollon transportait avec elle une pierre, sur laquelle elle montait pour prophétiser. Sibylle mourut en Troade, mais sa pierre se trouvait à Delphes, où on la montrait encore, au temps du voyageur et géographe grec du IIe s. ap. J.-C., Pausanias.