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GANDIA EST UN FASTE DE LUMIERE (français)

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                        La plage de Gandia (Espagne)

 

GANDIA EST UN FASTE DE LUMIERE

I.

Les jours fastes de Gandia, la chaste, la miséricordieuse déesse de la mer, sont des îles de fleurs, des foyers exubérants de joie, des éloges de parfums et de feuilles vertes, des apparats de rires cérémonieux. Des gouttes de clarté intrépides, ocres et bleues, rouges et vertes, jaunes et mauves se promènent dans les rues dressées en grand appareil et majestueusement ouvertes vers des cieux radiant de magnificence, et triomphent des austères blasons chatoyant de la chaleur.

Un vent ondoyant, heureux comme un turbulent enfant auquel on a offert un jouet bruyant, vient effleurer, palpitant, le souriant satin des visages qui ressemblent à des antiques médaillons romains de l’époque d’Auguste. Ils vivent, ils se meuvent librement dans la petite brume rose du matin, ils respirent ces visages minutieusement façonnés par la bonté et le labeur dans la gnose sereine des jours, des années, des siècles. Origine ultimement divine de chaque être ! !

Des filles au port souple et voluptueux de reines égyptiennes, au profil droit et fier d’impératrices byzantines, tels qu’on les voit sur les camées ciselés à Constantinople, chantent à l’aurore. Leur haut savoir vient des fleurs écarlates des néfliers. Elles, suprêmes salvatrices de la vie, inébranlable métaphysique de l’immortalité pure. Tout est mystère au cœur de la joie quotidienne.

II.

Âmes craignant les vastes abîmes de tendresse, hantant les maisons chaulées, les murs à la propreté fluviale, demeures où se niche la sensualité la plus somptueuse, des jeunes hommes au regard de braise, à l’expression d’antiques marquis catalans, collent leurs vifs regards contre la vitre vibrante de l’étincelant ciel valencien. Leurs poitrines halées, aux muscles rudes comme des racines de troène, sillons tracés par le soc de métal luisant, respirent la force brute des héros grecs. Tout est tremblement des eaux pour celui qui aime. Tout frisson est fuseau lumineux qui traverse l’univers.

Des adolescents radieux, laissant leurs boucles de jais flotter au gré de leurs caprices juvéniles, parlent à des oiseaux imaginaires. Dans les gouffres noirs de leurs grandes orbites se forment des vastes lagunes de désirs qu’ennoblit une tendresse douce de fleurs printanières. L’apparence ne peut boire le fleuve de leur rêve. Leur être s’écoule en petits ruisseaux turquoise, en ténus rires soyeux partout dans les jardins où ils vivent. Leurs bras vêtus de joie enfantine, mêlée à la clarté tourmaline des veines, tentent de saisir l’éternité. Délicat ouvrage de la jeune chair assoiffée. Irruption délirante du sang près des vasque où jaillit l’eau. Vertigineux grouillement des astres du sang au milieu de silences ordinaires.

III.

Haleine de jours dorés dans les chambres aux lauriers-roses. Des femmes et des enfants y reposent, le corps et la conscience endormis dans le bercement de l’air majestueux. Déploiement du songe dans la vacuité du midi. Rêve vaporeux dans de rêves infinis se perdant. Un ange curieux, échappé d’un tableau de Filippo Lippi, dissimulant son essence incorruptible, observe du haut d’un balcon fleuri de géraniums pourpres,  les corps transparents des promeneurs qui s’estompent lentement en s’éloignant.

IV.

Quelque part, dans d’autres chambres festives, des grains de silence se détachent des plafonds éblouissant de sérénité et tombent, paillettes d’or, sur les corps entrelacés des amants. Oui, elles reposent encore sur les perce-neige des oreillers les lèvres épuisées de baisers. Des fulgurations d’images incomparablement lyriques, des éclairs de vouloir discret, des fenêtres voilées de gaze emplissent l’espace d’innocence première. Et le jour, flottant entre le détroit limpide des beaux rideaux blancs, contemple la féerie de la Création, le cœur parfumé d’espoir, l’âme débordant de laisser après elle, comme autant de souvenirs mémorables, des œuvres nombreuses, belles et insignes. Le reste est un savoir de respiration subtile.

V.

Je ferme les yeux. Je me vois encore enfant. Je dors à demi. Quelqu’un dans la chambre à côté vante les exploits de Thésée, son combat victorieux contre le taureau de Marathon, exalte en poussant des petits soupirs joyeux, la beauté élégiaque d’un rhyton appartenant à un souverain thrace des Odryses. Une autre voix, grave et chaude, ne tarie pas d’éloge d’une représentation de Dionysos assis sur un trône jetant un coup d’œil amusé et plein de bienveillance sur la bacchante Eriope. Une plénitude aux couleurs de menthe fraîche, à l’odeur d’objets très intimes, plane sur mon lit. Une troisième voix, celle de ma mère, coule d’admiration pour une danse rituelle de cinq guerriers valeureux armés de leur lance devant le dieu des vignes. Le culte céleste dans son entièreté ! On suppose une hiérogamie extatique, un mariage sacré entre un roi-poète et la Grande Déesse de la Terre. Mon monde vacille, s’adonne au déclin de la clarté. Je vogue déjà vers l’oubli sur des vaisseaux invincibles. C’est le silence au bras du sommeil. La paix que je connais ! La Paix !


 Athanase Vantchev de Thracy 

 A Paris, ce lundi 11 décembre Anno Christi MMVI

Glose :

Thésée : voici ce que le grand Plutarque (vers 46 – 125 ap. J.-C.) écrit dans ses fameuses  Vies parallèles des hommes illustres : « Thésée, pour exercer son courage et gagner en même temps l'affection du peuple, alla combattre le taureau de Marathon, qui nuisait beaucoup aux habitants de la Tétrapole. Il le dompta, le prit vivant, et, après l'avoir promené dans toute la ville, il le sacrifia à Apollon Delphinien. Le récit qu'on fait sur Hécalé (une vielle femme – la note est de moi), sur l'hospitalité et le repas qu'elle donna à Thésée, ne paraît pas entièrement dépourvu de vérité, car anciennement les bourgs des environs se rassemblaient pour faire à Zeus Hécaléien un sacrifice qu'on appelait Hécalésien, dans lequel ils honoraient Hécalé, et lui donnaient le nom diminutif d'Hécalène, par imitation de ce qu'elle fit elle-même lorsqu'elle reçut Thésée, qui était encore fort jeune. Elle l'embrassa, et, suivant l'usage des vieilles gens, elle lui donna, en signe d'amitié, de ces noms diminutifs. Elle avait voué un sacrifice à Zeus si Thésée revenait vainqueur d'une expédition pour laquelle il partait ; mais elle mourut avant son retour ; et Thésée, revenu de son expédition, ordonna, dit l'historien Philochore qu'on ferait le sacrifice, et qu'elle y serait honorée en reconnaissance de l'hospitalité qu'il en avait reçue ».

L’un des plus grands héros grecs de l'Attique, Thésée était considéré par les Athéniens comme un personnage historique. Il est un fait qu'il joue son rôle dans la plupart des légendes, et un proverbe laconique court dans la cité d'Athènes : "Rien sans Thésée". Suivant la tradition la plus communément admise, il était le fils d'Aethra et d'Egée, roi d'Athènes. On disait aussi que sa force prodigieuse ne pouvait lui avoir été conférée que par un dieu et que Poséidon était son vrai père.
Élevé par sa mère chez son grand-père Pitthée, à Trézène, il ignora tout sur sa naissance. Égée avait en effet quitté Aethra en lui ordonnant de ne rien révéler à l'enfant qui allait naître tant que ce dernier ne serait pas capable de soulever le rocher sous lequel il avait placé ses sandales et son épée. Thésée grandit sans savoir qu'il était le fils d'un roi, mais fit preuve, dès son plus jeune âge, d'un courage et d'un sang-froid remarquables : Héraclès qui était venu se reposer à la cour de Pitthée, jeta négligemment à terre la peau du lion de Némée dont il se vêtait ; aussitôt, tous les serviteurs et les familiers du roi s'enfuirent affolés ; seul Thésée resta à sa place, et, tirant son épée, il s'apprêta à pourfendre le lion.


Lorsqu'il eut seize ans, Aethra le conduisit près du rocher, le jeune héros le souleva et découvrit les deux trophées cachés là par Égée. Il décida de rejoindre aussitôt son père. Mais comme la région qu'il devait parcourir était infestée de monstres et de bandits, sa mère et son grand-père lui recommandèrent de prendre la route de la mer. Thésée passa outre à ces conseils de prudence et prit le chemin d'Athènes par la voie de la terre, décidé à prouver à tous les habitants de l'Attique qu'il était véritablement le fils d'un roi. Il tua successivement Périphétès (Périphétès ou Corynétès, fils de Poséidon ou d'Héphaïstos et d'Anticlée, est un brigand), Sciron (dans la mythologie grecque, Sciron, fils de Poséidon, de Pélops ou de Pylas selon les auteurs, est roi de Mégare. Il s'était installé en un endroit appelé Roches Scironiennes où passait la route longeant la côte. Il contraignait les voyageurs à lui laver les pieds puis il les précipitait dans la mer où une tortue venait les dévorer. Thésée, sur le chemin d'Athènes, le tua),  Sinis (dans la mythologie grecque, Sinis, fils de Procuste et Sillée, est un brigand de l'isthme de Corinthe. Surnommé le « courbeur de pins », il rançonnait et torturait les voyageurs en les écartelant entre deux arbres. Thésée mit fin à ses forfaits en lui faisant subir le même sort. Selon Plutarque, cela pourrait être en l'honneur de Sinis, pour expier son crime, que Thésée créa les Jeux Isthmiques), une truie énorme qui désolait la contrée, Procuste (il passait pour le fils de Poséidon. Marié à Sillée, il en eut un fils, Sinis. Il résidait à Corydalle  selon Diodore de Sicile (Ier siècle av. J.-C.) où il capturait les voyageurs et les torturait ainsi : il les allongeait sur un lit de fer, où ils devaient tenir exactement ; s'ils étaient trop grands, il coupait les membres qui dépassaient le lit; s'ils étaient trop petits, il les étirait jusqu'à ce qu'ils atteignissent la taille requise (d'où son surnom). Procuste fut tué par Thésée, qui lui fit subir le même sort), Cercyon (dans la mythologie grecque, Cercyon était un brigand d'Éleusis, originaire d'Arcadie selon Plutarque), et, avant d'entrer dans Athènes, il se purifia de toutes les souillures de ces meurtres dans les eaux du Céphise (Céphise est le nom de deux fleuves de Grèce. L'un en Phocide puis en Béotie, qualifié de divin, dont les sources se trouvent à Paléokastro (anciennement Lilée en Béotie). L'autre se trouve en Attique, passe à l'ouest d'Athènes et se jette dans le Golfe Saronique).  

Rhyton (n.m.) : mot grec. Coupe en corne, ou en forme de corne ou de tête d’animal, à laquelle on buvait en laissant couler le liquide vers le bas.

Odryses : une  des quatre grandes et puissantes tribus formant le peuple le plus nombreux de l’Antiquité, les Thraces. Les autres tribus sont celles des Gètes, des Triballes et des  Besses. Sur la carte politique de l’Ancienne Thrace, le royaume le plus puissant est celui des Odryses, fondé vers la fin du VIe siècle av. J.-C. L’historien grec Thucydide (Ve siècle av. J.-C.) indique que c’est le plus grand royaume d’Europe entre la mer Adriatique et la mer Noire. Présents dans la péninsule Balkanique, entre le Danube et la mer Egée, sur un immense territoire aujourd’hui largement bulgare, les Thraces ont développé une brillante civilisation depuis le IIe millénaire avant J.-C. Orphée, le plus grand poète-devin que l’histoire connaît, disciple de Dionysos, était thrace Odryse. L’auteur du présent poème est aussi un Odryse.

Eriope : bacchante thrace représentée sur un rhyton qui se trouve dans le musée archéologique de la ville de Plovdiv (Bulgarie). Le nom d’Eriope n’apparaît sur aucun autre monument ni dan les légendes de Dionysos. Bacchante (n.f.) : parmi les cultes de l'antiquité thrace et grecque, celui de Dionysos est le rare exemple du culte ouvert aux femmes pour un dieu masculin. Fondé sur l'extase mystique et la transe, il avait valu au dieu le surnom de Bacchos, le bruyant, d'où le nom latinisé de Bacchus, et le terme de Bacchantes pour désigner les femmes qui, vêtues de peaux d'animaux sauvages, couronnées de lierre et le thyrse à la main, se livraient à des courses folles et réalisaient des actes exigeant une sauvagerie et une force dont elles auraient été incapables dans leur état normal. La médecine contemporaine a recensé des cas d'hystérie où des patients faisaient preuve de forces surhumaines. Euripide (Ve siècle av. J.-C.), dans sa tragédie Les Bacchantes, nous montre comment le roi Penthée, défenseur de la loi et de l'ordre, avait vu arriver dans sa ville d'un mauvais œil le culte de Dionysos, et comment, ayant en cachette suivi dans la montagne le cortège échevelé des Bacchantes, parmi lesquelles se trouvait sa propre mère, il fut découvert et tué d'une horrible manière.

Hiérogamie (n.f.) : terme qui vient du grec et qui signifie : « mariage sacrée ». Il s'agit de l'union de deux divinités. Pour les Thraces, mariage sacré entre un roi et la Grande Déesse mère.