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EVERGETE (français)

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EVERGETE

« La Beauté comme la Poésie est un présent de Dieu »

            Albertino Mussato 

I.

La rue est si triste, si vide aujourd’hui!

Si inhospitaliers sont aujourd’hui

Les yeux déserts des passants!

 

Et soudain, au milieu de l’avenue brûlante,

Ce visage de splendeur inconnu,

L’éblouissement exalté,

La vaste et étincelante vague de bonheur !...

 

II.

 

Dimanche après-midi,

Cette soudaine odeur de violettes des bois,

Ces chuchotis de sources dans la gorge !

 

Et je vois brusquement les fleurs

De la leste lumière

Envahir les vieux canaux endormis de mon sang,

Des couronnes d’aubépines voguer dans l’air

Subitement transfiguré,

Des guirlandes de camélias blancs et rouges

Tournoyer dans leurs habits de flammes,

Des libellules d’or  

Pleuvoir, telles une jeune pluie souriante,

Dans mes prunelles.

 

III.

 

Et il n’y a plus, ô visage de la Beauté vive,

De confusion entre le temps éternel

Et le bleu glossaire des signes qui chantent en moi.

 

IV.

 

Au battement des tempes,

Tu deviens rythme, parole, poésie et vertige,

Une mauve intensification du langage,

Une transsubstantiation de la chair

En anaphore rayonnante !

 

V.

 

Je peux encore être,

Je peux encore vivre, courir, respirer,

Brûler et ressusciter 

Sur les bûchers des mots

Incompréhensibles

Et doublement virginaux !

 

 

VI.

 

Que faire de ce visage séraphique !

Ce visage jailli du calice d’une légende !

Comme il écarte, d’un sourire plein de ciel,

Le flottant tissu de crêpe sombre

De la face de cette journée ordinaire !

 

VII.

 

Toi, Beauté flamboyante,

Âme inconnue, âme frôlant

La flamme du cilice qui entoure toute nudité !

Âme divine,

Mon évergète inespéré,

Mon oaristys qui sait

Qu’il n’est de clarté

Que dans ce qui aime et s’élève !

 

            Athanase Vantchev de Thracy

Paris, ce dimanche 28 mai 2006

Glose :

Evergète (n.m.) et adj.) : du grec euergetês (εύεργέτης), « bienfaiteur » et « bienfaisant ». Titre décerné dans l’Antiquité par les villes grecques. Ptolémée III Evergète d’Egypte (Ptolémée III le Bienfaiteur d’Egypte).

Albertino Mussato (Padoue 1261 – Chioggia, République de Venise 1329) : notaire, homme d’Etat, traducteur, écrivain et poète italien. Au début du XIVe siècle, Padoue vit la naissance d’une petite école littéraire autour des notaires Zambono di Andrea, Albertino Mossato, et Rolandino da Piazzola, tous brillants disciples de l’humanisme italien qui naquit dans la seconde moitié du XIIIe siècle avec Lovato Lovati (1241-1309), Geremia da Montagnone (1255-1321) et Benvenuto Campesani (1255-1323). Mais ce fut Pétrarque, au siècle suivant, qui introduisit un profond bouleversement dans l'Europe lettrée tant par son travail d'humaniste que par son oeuvre de poète. Pétrarque et son disciple Boccace (1313-1375), furent suivis à Florence par Coluccio Salutati (1331-1406) et Leonardo Bruni (1370-1440), défenseurs d'un humanisme politique qui milite pour le modèle romain de la république et des libertés. Commença alors une quête effrénée de textes du monde antique dans laquelle Poggio Bracciolini, dit le Pogge (1380-1459), s'imposa comme l'un des grands découvreurs de manuscrits. De Cluny et de Saint-Gall, il exhuma des textes de Cicéron, Quintilien, Lucrèce, Ammien, Pétrone. Mais c'est Lorenzo Valla (1407-1457), puis Ange Politien (1454-1494), qui allaient renouveler la philologie latine et imposer la critique historique et textuelle. L’œuvre principale d’Albertino Mussato est la tragédie intitulée Ecerinis (1313), la première oeuvre « théâtrale » de sujet contemporain sur le fameux tyran de Vérone Ezzelino da Romano. Elle lui valut la couronne poétique.

Anaphore (n.m.) : du grec anaphora (’αναφορά ) qui signifie « action de s’élever », « ascension ». L’Anaphore ou la Liturgie Eucharistique est la partie centrale de l’Office Divin. En grammaire : répétition d’un mot en tête de plusieurs membres de phrases pour obtenir un effet de renforcement ou de symétrie. Reprise d’un segment de discours antécédent par un mot anaphorique.

Cilice (n.m.) : du latin ecclésiastique cilicium, « étoffe en poil de chèvre de Cilicie ». Chemise, ceinture de crin ou d’étoffe rude et piquante, portée par pénitence, par mortification : haire (du francique °hârja, « vêtement grossier fait de poil. Cilicie (n.f.) : ancienne région de l’Asie Mineure limitée au Nord par la chaîne du Taurus, au Sud par la Méditerranée, à l’Ouest par la Pamphylie et à l’Est par la Syrie. Occupée par les Français en 1919, elle fut intégrée à la Turquie en 1921.

Oaristys (le « s » final se fait entendre) (n. f.) : mot grec όαριστυς, « entretien tendre et amoureux », « compagne, épouse ». Idylle, ébats amoureux. À partir du XVIIIe siècle, genre de poésie bucolique illustré notamment par André Chénier. « Ah ! les oaristys ! les premières maîtresses ! » (Verlaine).