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EN SOPH OU L’ILLIMITABLE (français)

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                                 La Création (Genèse)

 

EN SOPH OU L’ILLIMITABLE

A Jonathan Zaguedoun

« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Or la terre était vide et vague, les ténèbres couvraient l’abîme et un vent de Dieu agitait la surface des eaux."

            Genèse, I, 1-2

 

Oui, je sais, mon cher Jonathan, mon doux ami,

Que vraiment la meilleure provision de l’âme

Est la haute piété ! Mais, je t’avoue, aujourd’hui,

Que la Cabale m’a toujours fait frémir d’effroi !

Moi, l’homme simple des champs qui aime

Le braiment délicieux d’un âne enjoué,

L’ardent beuglement des taureaux,

L’innocent blatèrement des brebis !

Mais la Cabale ? C’est comme une trace

De cautérisation dans mon cœur !

 

A tant de savoir orgueilleux et obscur, je préfère le suave miel

De la douce foi en notre Dieu bienveillant.

Aux mots du Sepher Yetzirah, Livre de la Création,

Et de Sepher Haz-Zohar, Livre de la Lumière,

Qui brûlent comme une lave ardente et libre ma gorge desséchée,

Je préfère le tendre chuchotis de la belle tunique d’une femme

Qui aime les parfums capiteux, les aromates, l’ambre, le musc,

Et envoûte son aimé de parfum noirs : œillet, camphre,

Collyre et encens. J’aime, mon ami, la poussière

Des grands voyages, les bleues bandières des étoiles,

Les tambourineurs exaltés, les cymbaliers, amis des cigales.

 

Mais pourquoi, malgré tout ce que je viens de dire,

L’âme désire toujours savoir plus :

« L’Etre suprême, En Soph, l’Illimitable,

Qui est en dehors et au-dessus de tout ce que nous pouvons concevoir.

Il est tout et dans tout, chaque chose est en lui et par lui.

La chaîne des dix intelligences, les Sephirot,

Les flèches des lettres de l’alphabet,

Les âmes humaines qui ont  existé avant

Le commencement de leur vie terrestre !

Ces âmes qui seront jugées avant leur admission

Dans le paradis des origines. »

 

Mais quand le cœur est désolé, navré, perdu,

Mon doux Ami, quand son sang est  abîmé et précipité,

Pas un brin de cette science ne peut consoler son désespoir.

Et il faut, pour sécher les larmes de nos yeux,

L’amabilité enchanteresse d’une accorte parole amicale,

Le silence viride d’une main qui se pose sur notre joue,

Le babil fortuné d’un passereau, le spasme léger d’un corps

Qui nous entoure de sa tendresse pour ouvrir, délicatement,

Précautionneusement la porte fermée en dedans!

 

Ah, cher Ami, il est si doux à l’être tristement solitaire

Qui a perdu tout espérance

De s’endormir dans le calice de la satinée résignation !

Pareillement l’infortunée coccinelle

A laquelle une insidieuse tempête

A arraché une elle,

Se blottit contre la racine nourricière

D’une jeune capucine

En attendant son ultime dormition !

 

                        Athanase Vantchev de Thracy

Paris, le 7 janvier 2004

Glose :

Cabale (n.f.) : de l’hébreux kabbalah, « tradition, réception », du verbe kabbal, «  recevoir ».

I. La Cabale est un système de théosophie  juive. Parmi les livres les plus importants de cette théosophie figurent :

  1. Le Sepher Yetzirah, « Livre de la Création », attribué au rabbin Akiba (vers 120 av. J.-C.), mais écrit probablement six siècles plus tard.
  2. Le Sepher haz-Zohar, « Livre de la Lumière », attribué à Simon ben Yohai, contemporain d’Akiba, mais généralement considéré comme l’œuvre d’Abraham Aboulafia, rabbin espagnol du XIIIe siècle.

Les idées fondamentales développées dans ces livres sont les suivantes :

L’Être suprême, En Soph, « l’Illimitable », dépasse tout ce que nous pouvons concevoir. De l’En Soph émana une Séphirah ou intelligence ; de celle-ci émana une autre intelligence, et ainsi de suite jusqu’à la dixième. Ces Sephiroth (intelligences) sont les créateurs et les ordinateurs de toute chose. La dixième intelligence est la Shekhinah, divinité révélée des Hébreux.Ces émanations d’En Soph se sont incarnées dans les patriarches et David est l’incarnation de la dixième. Toutes les âmes ont existé avant leur venue au monde. Toutes doivent s’attendre à être jugées avant leur admission au paradis. De nombreux corps sont habités par des âmes que les jugements précédents n’ont pas déclarées suffisamment pures. La dernière des âmes sera celle du Messie. Après son épreuve terrestre, la pleroma (plénitude) de tous les siècles sera complète et toutes les âmes seront assez purifiées pour entrer au ciel.

II. Plus tard, le mot Cabale fut appliqué à différentes manières de tirer des sens cachés des Ecritures hébraïques. L’une de ces manières est la gematria (la géométrie). D’après elle, chaque lettre est un numéral ; aleph, la première, représente le chiffre 1. Lorsqu’elle est surmontée d’une ligne, elle signifie 1 000. Ainsi la valeur numérique de bereshit (« dans le commencement, au commencement »), premier mot de la Genèse, est 913, tout comme celle de battorah yatzar (par la Loi il forma <le monde>). Ceci démontre, d’après ce système de Cabale, que la Loi existait avant la création et que ce fut elle qui accomplit la création.

III. Science prétendue, art chimérique d’avoir commerce avec les êtres élémentaires, tels que les gnomes, les sylphes, etc.