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DEVOTION AMAZIGHE (français)

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                                                     Kif le Rif (Maroc)

 

DEVOTION AMAZIGHE

       (’ευσέβεια)

A Cadi Kaddour

« Il n’est pas d’homme plus pauvre que celui

 qui ne laisse aucune trace de sa vie »

            Sagesse antique

 

Je pense à toi, Ami immortel,

Pieds nus dans l’herbe frissonnant

Sous l’aimable fraîcheur du soir rifain.

 

Ce soir ensorcelant

Resté si longtemps clair

A la demande d’une âme innocente,

A l’invocation d’un cœur pur

Qui veut que la lumière de l’amour

Se prolonge à l’infini !

 

Je pense à toi, Kaddour,

A toi, frère des oiseaux libres,

A toi, ami du Verbe, mort par dévotion

Pour la langue superbe de tes ancêtres.

 

Les fleurs n’osent plus déranger

Ton ombre qui dort dans les soyeux replis

Du temps solennel !

 

Un petit froid parcourt les calices des jasmins,

Non celui que souffle la bouche glacée de l’hiver

Qu’ils connaissent si bien,

Mais un froid dense, profond, intérieur qui les fait

Se figer d’effroi !

 

Endormi dans les bras de l’éternité,

Tu occupes tant de place à présent

Dans le cœur probe de ton peuple,

Tant d’espace dans les paysages enchanteurs de ton pays

Si chers à tes yeux d’adolescent !

 

Depuis ton soudain départ

Le temps s’est arrêté

Sur les cimes aériennes des montagnes,

Sur les odorants sentiers rifains fuyant

Vers les vallées ondoyantes,

Sur le seuil de ton humble,

De ta chaste demeure !  

 

Imperceptiblement, délicatement l’or

Amoureux du savoir,

Travaillé par les mains dévotieuses de ton âme,

S’est transformé en statue de déesse !

 

Kaddour, mon vénérable Ami,  tu as prouvé

Aux hommes de la Terre que

 

De n’importe où on peut s’élancer vers le ciel !

 

Toi qui as partagé ton cœur en deux

Et l’as élevé vers le firmament vêtu d’une neuve lumière.

 

Toi, seul, debout, doux, souriant

Face à toute la transparence de l’avenir !

 

Oui, tout est divin, mon Ami,

Pour ceux qui sont faits de clarté,

Cela l’est,

Cela l’a toujours été !

 

 

            Athanase Vantchev de Thracy

Paris, le 12 décembre 2008

Glose :

Cadi Kaddour (mort en 1995) : éminent linguiste amazighe (Maroc). En 1990, il soutint, à Paris, sa thèse de doctorat d’Etat Transitivité et diathèse en tarifit, analyse de quelques relations de dépendances lexicale et syntaxique. Kaddour périt lors d’un accident de la route, le mardi 12 septembre 1995, laissant derrière lui plusieurs ouvrages consacrés à sa langue maternelle, la tamazight. Il est un des premiers à croire que cette langue vieille de plusieurs siècles et la culture qu’elle véhicule finira par trouver une place digne parmi les langues du monde. Il lui consacra toute sa vie, tout son amour, tout son enthousiasme. Les jeunes générations amazighes (berbères) lui vouent un véritable culte.

Diathèse (n.f.) : du grec diathesis / διάθεσις, « action de placer çà et là, de disposer, d’arranger ce qui a des parties ». Le terme de diathèse s'utilise en linguistique pour désigner ce que l'on entend plus communément par « voix »  verbale. C'est un trait grammatical décrivant comment s'organisent les rôles sémantiques dévolus aux actants par rapport au procès verbal. Changer la diathèse d'un verbe quand l'opération est possible ne doit pas modifier profondément le sens de l'énoncé. Le terme de voix est réservé à la morphologie verbale : il décrit la forme que prend le verbe pour signifier une diathèse.

Certains verbes sont intrinsèquement dénués de toute notion de diathèse : ce sont principalement les verbes d'état comme être, paraître, sembler, demeurer, rester, etc. Ceux-ci sont en effet extérieurs à la notion d'actance. Ils se conjuguent cependant à la voix active (qui est la voix non marquée en français).  On considère qu'il existe deux diathèses principales que l'on peut permuter, la voix active et la voix passive. Ce ne sont cependant pas les seules. 

Tarifit ou rifain (n.m.) : c’est la langue parlée par les Rifains (Berbères) habitant le Rif, au Nord-Est du Maroc et parlée également dans quelques villes algériennes.  Le rifain appartient à la même famille tamazight  que le tachelhit du sud du Maroc, le zayane dans le Moyen Atlas, ou encore le tumzabt dans le Sahara septentrional algérien. Cette langue fait partie de la sous-famille des langues berbères appelée zénète. Le rifain, le tumzabt et la langue chaoui appartiennent toutes les trois à cette sous-famille zénète. C'est la raison pour laquelle elles sont si proches.

Signalisation routière en rifain :

Le 29 avril 2003, la municipalité de Nador décida d'introduire une signalisation locale écrite en berbère rifain, utilisant l'alphabet tifinaghe. Cette politique ne resta en vigueur que durant quelques heures, après quoi le ministre de l'intérieur El Mostapha Sahel annula la décision du conseil municipal et donna l'ordre de retirer tous les panneaux berbères visibles dans la cité.  

De n’importe où on peut s’élancer vers le ciel : citation du philosophe stoïcien latin Sénèque (Lucius Annaeus Seneca – né en l’an 4 av. J.-C. – mort le 12 avril 65 ap. J.-C.).