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DEPRECATION (français / italien / polonais)

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           Paul Verlaine et Arthur Rimbaud

 

DEPRECATION

(Hommage à Paul-Marie Verlaine)

« Je devine, à travers un murmure,
Le contour subtil des voix anciennes
Et dans les lueurs musiciennes,
Amour pâle, une aurore future ! »

            Paul-Marie Verlaine

 

Douceur… et lance au coeur, des fleurs dans la voix,

Des ors, de l’espérance, sans connaissance des heures,

Saveur neigeuse des mots, le dos de l’ange qui pleure

Contre le mât du soir qui a perdu sa voie !

 

L’été est tellement beau ! Soie et jade, soie,

Le branle des mésanges, les livres qui se meurent

Le pressoir de l’air, les sicles en vigueur

Au royaume des morts où seul Charon est roi !

 

Pourquoi cet émoi ? La légion cupide

Reprend dans ses statères la rime ondoyante,

Chausse-trappes où s’engloutit la lyre du corybante !

 

Le jour est si sauvage, ô bronzes, caryatides,

Gardez pour la nuit Athènes, Délos, Cyrène,

La vérité des urnes, le nombre d’or, Verlaine !

 

            Athanase Vantchev de Thracy

Paris, 9 mai 2006

Déprécation (n.f.) : du latin deprecatio. Prière faite avec soumission, pour détourner un malheur, pour obtenir le pardon d’une faute.

Paul Verlaine (Metz 1844 – Paris 1896) : un des plus grands poètes français de tous les temps. Les parents de Verlaine, longtemps restés sans enfants, adoptèrent une nièce, Élisa. Elle fut pour Paul-Marie une grande sœur douce, tendre et pleine d'indulgence.  En 1855, Verlaine entra au lycée Condorcet. Passionné de dessin et de littérature, il écrivit des vers et des nouvelles à la manière d'Edgar Poe. Ayant réussi le baccalauréat, Verlaine entra comme employé à l’Hôtel de Ville de Paris. A l’âge de 19 ans, il tomba éperdument amoureux de sa sœur adoptive, Élisa, qui était mariée et mère de famille. Elle repoussa énergiquement ses avances. En 1865, il fut chargé de la critique littéraire dans la revue L’Art où il publia des articles élogieux sur Baudelaire et Victor Hugo. Il se lia d’amitié avec les poètes parnassiens  François Coppée, Théodore de Banville, José-Maria de Heredia et Leconte de Lisle. Verlaine perdit son père en 1866. Publication des Poèmes saturniens. Il vécut difficilement la disparition de sa sœur Elisa, morte en 1867. Profondément affecté, il sombra dans l'alcoolisme. Publication des Fêtes galantes. Verlaine s'éprit de la sœur d'un ami, Mathilde Mauté, âgée seulement de seize ans. Pendant ses fiançailles, il mena une vie sobre et régulière. Les poèmes qu'il dédia à Mathilde furent regroupés dans le recueil La Bonne Chanson qui parut en 1872. Il se maria en 1870. Poussé par Mathilde, le poète s'engagea dans la Garde nationale. Pendant la Commune de Paris (1871), Verlaine qui avait des sympathies socialistes se mit au service des insurgés comme attaché de presse. Naissance de Georges Verlaine, le fils du poète (octobre 1871). Lettres de Rimbaud, alors âgé de seize ans, qui ne connaissait Verlaine que par ses livres. Verlaine accepta d'accueillir chez lui l'adolescent en révolte contre sa famille. Naissance d'une relation homosexuelle entre eux. Sur un coup de tête, Verlaine et Rimbaud partirent ensemble en Belgique, puis en Angleterre. Après une tentative pour ramener son mari à la raison, Mathilde demanda le divorce. En juillet 1873, au cours d'une violente dispute, Verlaine tira un coup de revolver sur Rimbaud. Celui-ci ne fut que légèrement blessé, mais Verlaine fut condamné à deux ans de prison pour tentative de meurtre. Il purgea sa peine à Mons en Belgique. Publication de Romances sans paroles (1874). En prison, brusque conversion religieuse de Verlaine. II se rapprocha du courant monarchiste et traditionaliste. Fin de la détention. Vaine tentative pour convertir Rimbaud au christianisme. De 1875 à 1877, Verlaine travailla comme professeur de français et de dessin dans un pensionnat anglais. Là, il se prit d'une affection toute paternelle pour un de ses élèves, Lucien Létinois, alors âgé de dix-huit ans ; il  recommença à boire. La mère de Verlaine consacra ses dernières économies à l'achat d'une ferme dans les Ardennes. Verlaine et Lucien travaillèrent ensemble la terre. Publication de Sagesse (1881). Il s'offrit à Dieu et à la Vierge, et reproduisit en une suite d'admirables sonnets le dialogue de l'Homme avec son Dieu. Faillite de l'exploitation agricole. Verlaine, ne trouva pas d'emploi à cause de son casier judiciaire. Il se consacra entièrement aux travaux littéraires. Mort de Lucien. Désespéré, Verlaine sombra dans l'ivrognerie et la pédérastie. Publication de Jadis et Naguère (1884). A la suite d'une bagarre de rue, Verlaine fut condamné à un mois de prison. Abandonné de tous, il s'installa à Paris dans un taudis, Cour Saint-François. Sa mère mourut près de lui en janvier 1886. Verlaine fut alors réduit à la mendicité. Fréquents séjours à l'hôpital. Rencontre d'écrivains qui deviendront tous célèbres : Huysmans, Bloy, Barrès, Gide. Publication du recueil de poésies Amour. Les amis de Verlaine se cotisèrent pour lui assurer une rente mensuelle. Publication de Parallèlement. Ses dernières œuvres révèlent ses oscillations entre la vertu et le péché, entre la chair et l'esprit. Publication de Dédicaces (1890). Publication de Mes hôpitaux, un essai, et de Bonheur. Verlaine vécut un certain temps aux crochets de deux prostituées qui se jalousaient. Il eu l’audace de poser sa candidature à l'Académie française où il ne recueillit aucune voix. Mais un référendum du quotidien Le Journal le sacra Prince des Poètes. Verlaine mourut dans une misère indescriptible le 8 janvier 1896.

Sicle (n.m.) : du latin ecclésiastique siclus, lui-même de l’hébreu shegel. Poids de 6 grammes et monnaie d’argent chez les Hébreux. Mais comme les Juifs ne frappèrent jamais de monnaie, et qu’ils se servirent de la monnaie des autres peuples, toute monnaie d’or qui pesait environ une guinée (ancienne monnaie anglaise en or de Guinée, valant 21 shillings) et toute monnaie d’argent pesant un petit écu de France, était appelé sicle.

Charon : fils de l'Erèbe (les Ténèbres) et de Nyx (la Nuit), il faisait traverser le fleuve Styx aux Morts, pour rejoindre leur dernière demeure dans le royaume d'Hadès, dieu des Enfers, un des trois maîtres de l’univers. Les Grecs enterraient les défunts avec une pièce de monnaie dans la bouche pour la donner à ce vieillard, misérable et sale, à titre d'obole.

Statère (n.m.) : du bas latin stater, lui-même du grec stater (στατήρ). Poids, mesure. Monnaie d’argent valant de deux à quatre drachmes. Poids.

Chausse-trappe ou chausse-trappe (n.m.) : de l’ancien français chauchier, « fouler » et treper, « trépiner ». Engin de guerre, à quatre pointes (en ancien français « chardon »). Trou recouvert, cachant un piège : piège. Prendre des bêtes sauvages dans des chausse-trapes. Piège, embûche tendue à quelqu’un. Dictée pleine de chausse-trapes.

Corybante (n.m.) : du grec korubas, korubantos. Dans l’Antiquité, prêtre de la déesse Cybèle.

Caryatide (n.f.) : du grec karuatides, « femme de Karyes, ville de Péloponnèse ». Mon savant ami et génial poète Théo Crassas me signale « que la ville de Karuai, près de Sparte, emprunta son nom au noyer (karua), dont les Caryatides étaient les nymphes et que leur attitude sous les travées évoque l’image du noyer ». Statue de femme soutenant une corniche, un entablement, une architrave sur sa tête. Pour l'architecte romain Vitruve, ce terme dériverait du nom d'un peuple habitant une région d'Asie Mineure, la Carie, dont les femmes furent réduites en esclavage par les Grecs.

Délos : petite île grecque de la mer Égée faisant partie des Cyclades. Centre religieux dès le XIVe siècle av. J.-C., et surtout après sa colonisation par les Ioniens d’Attique (IXe siècle av. J.-C.) qui introduisirent le culte d’Apollon, d’Artémis et de leur mère Léto, elle prit une place importante dans l’histoire grecque. L’amphictyonie délienne des Ioniens insulaires (VIIe siècle av. J.-C.) attira l’intérêt d’Athènes qui lui imposa son hégémonie (VIe siècle av. J.-C.). Amphictyonie (n.f.) : du grec amphiktuonia. Association des cités grecques à caractère religieux, placé sous le patronage d’un dieu. Dans le cas présent, Apollon. Amphictyon (n.m.) : député à une amphictyonie.

Cyrène (n.f.) : ville antique, ancienne capitale de la Pentapole libyque en Cyrénaïque (aujourd’hui en Libye). Elle fut fondée probablement par des colons doriens (631 av. J.-C.). Cyrène était gouvernée par une dynastie royale, les Battiades, qui descendait du fondateur Battos. L'une des princesses battiade aurait épousé l’avant-dernier pharaon de la XXVIe dynastie saïte (vers 568 av. J.-C. – 526 av. J.-C.) Amasis. Cyrène était favorisée par un climat qui permettait jusqu'à trois récoltes l'an. De vastes prairies permettaient l'élevage du gros bétail et des chevaux. Par sa situation privilégiée aux portes de l'Afrique, Cyrène s'enrichit rapidement, au point de devenir un important centre de commerce et d'essaimer dans toute la région. Patrie du philosophe Aristippe, du poète Callimaque, du géographe Eratosthène, du géomètre Théodoros, auprès duquel Platon lui-même vint prendre des leçons, fameuse pour ses athlètes, ses chevaux et la beauté de ses temples, Cyrène justifiait sans peine sa très grande réputation dans le monde méditerranéen. Equipée de trois théâtres, fait unique pour l'époque, de thermes et d'un gymnase colossal où s'entraînait là jeunesse de la cité, elle put à bon droit se considérer comme l'égale des plus grandes métropoles de l'Antiquité. La ville passa en 96 av. J.-C. sous domination romaine.

 

ITALIEN :

 

DEPRECAZIONE

 

«Riesco a cogliere, attraverso un mormorio,

Il flebile fruscio di antiche voci,

E nei melodici chiarori vedo,

O pallido amore, una futura aurora! »

 

           Paul-Marie Verlaine

 

 

Dolcezza…e lancia al cuore. Nella voce fiori,

Ori, speranza priva della nozione del tempo,

Sapore nevoso delle parole, la schiena dell’angelo che piange

contro l’albero maestro della sera che ha perso la sua rotta !

 

L’estate è così bella! Seta e giada, seta,

Il dondolio delle cince, i libri que muoiono,

Il torchio dell’aria, i sicli vigenti

Nel regno dei morti ove solo Caronte regna!

 

Perché questo turbamento? La cupida legione

Riprende nei suoi stateri la rima ondeggiante,

Trabocchetti ove s’inabissa la lira di Coribante! 

 

Il giorno è così selvaggio. O bronzi, cariatidi,

custodite - questa notte - Atene, Delo, Cirene,

La verità delle urne, il numero d’oro, Verlaine!

 

            Athanase Vantchev de Thracy

Parigi, 9 maggio 2006

Traduit en Italien par Anna Piutti

Translated from French into Italian by Anna Piutti

 

POLONAIS:

DEPRECIACIA

(W hołdzie Paul-Marie Verlaine)

« Dostrzegam poprzez szmery,
Subtelny kontur dawnych głosów
I w ich światełkach muzykujących
Miłość pobladłą, przyszłą aurorę!! »

          Paul-Marie Verlaine

Słodyczy... rzućże sercu, kwiaty w głosie,
Złocistości, nadzieję, nie znając godzin
Śnieżny smak słów, plecy płaczącego anioła
Oparte o wieczorny maszt, co się chwieje!

Jakże piękne lato! Jedwab, jaspis i jedwab,
Skoczne sikorki, książki,co umierają
Nacierające powietrze, wieki  pełne wigoru
W królestwie umarłych gdzie władcą Charon!

Skąd takie wzruszenie?Legion chciwy
Chwyta drachmy falistych rymów
We wnyki schwytana lira cybeliowa!

Dzień tak dziki, figury w bronzie i kariatydy,
Strzeżcie nocą Aten,Delos i Cyreny,
Prawdy urn, liczebności złota,Verlaine!



          Athanase Vantchev de Thracy

Paryż, 9 maja 2006
z francuskiego przełożyła Marta Cywinska
traduit en polonais par Marta Cywinska