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DE CE PEU DE TEMPS... (français)

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Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face (Thérèse de Lisieux)

 

DE CE PEU DE TEMPS …

 

« Foy moy boire aux creux de tes mains
Si l’eau n’en dissout point la neige »

          Tristan L’Hermite 

I. 

Mon Ange,
(Mais ce mot est-il encore bien vu
Aujourd’hui ?)
Je t’écris…

Tu ne réponds jamais,
Pas une parole pour rendre,
Par un parfum d’aube,
Par une scintillation de neige,
Plus diaphane, plus respirable
L’effondrement du jour.

Pas un signe
Pour élargir les limites
De l’espace du cœur
Par un frémissement heureux.

II.

Pas une voix amicale, ou presque,
Pas une étincelle de joie, de chaleur oubliée,
Ni la musique précieuse d’un poème
Pour m’élever, par l’échelle bleue et rose, de l’aurore
Vers la respiration du vaste Univers !

Pas un murmure pour dire à l’ouïe
L’éminence du printemps.

Comment dire tout cela sans le dire ?

III.

 Bientôt la nuit,
Tout s’éteint lentement, délicatement :
Ciel, feuillage, fleurs, sentiers, oiseaux,
Livres ouverts et jamais lus,
Rideaux décorés de ramures grecques !

Et voici l’Ange de l’Hiver
Qui se penche à nouveau
Sur l’oreiller blanc. 

IV.

Une frayeur étrange,
Ni celle faite de la crainte de mourir,
Ni celle qui dit la stupeur de vivre, se saisit
Des meubles fatigués par les jours
De la chambre, des draps, des membres
Devenus fatigués et fragiles ! 

V.

Mais il y a,
Dans cette froideur qui monte,
Il y a
Sur la très vétuste table de nuit,
Cette naïve image
De sainte Thérèse
Qui luit dans la grandissante obscurité
Comme une voie ouverte
Sur une lumière infiniment tendre,
Comme des mains
Pleines de jacinthes
D’une beauté suffocante,
Prêtes à m’accueillir
Dans le secret royaume
De l’Amour !  

            Athanase Vantchev de Thracy

Paris, le 22 juillet 2008

Glose :

Tristan L’Hermite (1601-1655) : François l’Hermite, sieur du Soliers dit Tristan l’Hermite est un poète et dramaturge français. Poète lyrique à l’inspiration bien personnelle et au souffle large et parfois superbe, polygraphe intéressant dans ses Plaidoyers historiques et ses Lettres mêlées, conteur à la fois aimable et amusant dans sa curieuse autobiographie du Page disgracié (1643), si instructive, en outre, sous le rapport des événements comme des mœurs de la période qu’elle embrasse, Tristan L’Hermite a emprunté son prénom à un de ses ancêtres, grand prévôt de France sous Louis XI.

Descendant probablement de Pierre l’Hermite, le prédicateur de la première croisade, sa famille était quasiment ruinée à l’époque de sa naissance. Il fut malgré tout placé comme page chez Henri de Bourbon-Verneuil, fils illégitime d’Henri IV et de la marquise de Verneuil, en 1604. Il passa ensuite chez  Scévole de Sainte-Marthe, trésorier de France avant de devenir secrétaire du marquis de Villars-Montpezat. Descendant d’une race dont vingt-six membres avaient passé par les mains des bourreaux, il en avait hérité le sang bouillant et la violence primesautière. Ayant blessé successivement à coups d’épée un cuisinier qui avait eu le tort de lui jouer une mauvaise farce puis, à Fontainebleau, un promeneur qui l’avait heurté par mégarde, il fut obligé, en 1614, de s’exiler en Angleterre après avoir tué un opposant en duel, épisode qu’il a relaté de façon romancée sur le mode burlesque dans le roman Le Page disgracié.

En 1620, il participa aux campagnes de Louis XIII contre les huguenots dans le Sud-Ouest. En  1621, il entra au service de Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII  et participa à la création de plusieurs ballets de cour.  

Il fut élu à l’Académie française en 1649. La vie de débauche qu’il menait dans l’entourage de Gaston d’Orléans et son goût immodéré pour le vin et le jeu finirent par avoir raison du peu de santé que lui laissait sa tuberculose. Rapidement oublié à sa mort, il a bénéficié de la redécouverte de la littérature baroque et des auteurs libertins dont il diffère pourtant.

Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face (1873-1897) : il s’agit de sainte Thérèse de Lisieux, sœur carmélite, dite la Petite Thérèse pour la distinguer de sainte Thérèse d’Avila, la Grande Thérèse. Morte à 24 ans, elle laissa une relation littéraire de ses expériences mystiques. Thérèse de Lisieux fut canonisée en 1925, puis proclamée sainte patronne secondaire de la France et Docteur de l’Eglise.