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CHRISTOS ANESTI ! ALETHOS ANESTI ! (français)

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CHRISTOS ANESTI ! ALETHOS ANESTI !

           

  (Χριστός ανέστη ! Αληθος ανέστη !)

 

« Q’attendais-je, que tenais-je de toi ?

 

            Tàkis Sinòpoulos

 

Mais je veux t’aimer

Je veux t’aimer, âme,

            simplement,

                        nûment,

                                   uniment !

 

T’ouvrir, âme, comme on ouvre des paupières

Fermées sur un très vieux songe,

Cette maison vaporeuse aux solives bleues,

Emplie, ô âme, à fleur d’eau des faîtes,

De grains de rosée et de mots sans rivages,

De murmures très en abysse,

Tamisés par les  tumultueux regards des siècles,

Solennels et hiératiques comme le langage

Des phylactères d’or qui désignent

L’en-avant des cieux !

 

Ces formes précises qui appellent à la vie

Les hésitations délicates de la substance,

Les élans flamboyants de la matière pure,

Cette lumière qui révèle le toucher élégant

D’une main qui sait, qui veut et qui ose !

 

Que sont-elles, toutes ces choses, âme,

Sans les incisions incandescentes de notre cœur étoilé

Qui, les saisissant dans leur pureté absolue,

Les élève à la noblesse de nos origines ?

 

Là dorment nos ancêtres, peuples connus,

Présence vivante, silencieuse, intense,

Tribus aimées,  caravanes anonymes,

Ombres de neige en habit de flammes!

Leur sommeil est plein de souffle igné,

De vérité intangible pour nos bouches,

De beauté qui jamais ne vieillit ni ne se fane.

 

Je veux écouter, ô âme,

Roucoulements de jeunes tourterelles,

Les battements de ton sang,

Le sens continuellement neuf de tes veines

Qui, vague transparente, bat en toi, vibre,

Monte, exulte, se déploie!

 

En guise de voile d’aubépine, de robe de roses blanches,

D’anneau de rubis,

Je t’offre la pivoine augurale de l’aurore,

L’air prairial du jardin, les grains de la brise

Qui lissent le vol des rouges-gorges

Et font trembler la verte certitude des pierres.

 

Moi, je veux t’aimer, âme,

Simplement,

            nûment,

                         uniment,

Comme ces mots, sources radieuses,

Qui se lèvent et qui résonnent

En cette Nuit des nuits

Sur toutes les lèvres scellées

Au sceau de la grâce :

 

Christos anèsti !

Alethôs anèsti !

 

Christus Resurrexit!

Vere resurrexit!

 

Christ est ressuscité !

Il est vraiment ressuscité !

 

            Athanase Vantchev de Thracy

 

Lundi de Pâques, le 24 avril 2006

Glose :

Tákis Sinòpoulos (1917-1981) : poète grec. « Marqué par Pound, Eliot et Sefèris – écrit son traducteur Michel Volkovitch – meurtri à jamais par les horreurs de la Guerre civile, hanté par la solitude et la mort, il a dialogué sans fin avec elles, alternant cri et chuchotement ».

Solive (n.f.) : du latin populaire sola, « sole ». Pièce de charpente qui s’appuie sur les poutres et qui sert à fixer en dessus les planches du plancher, en dessous, les lattes du plafond. Soliveau (n.m.) : petite solive. Sole (n.f.) : pièce de bois posée à plat et servant d’appui pour les charpentes. Sapine (n.f.) : de sapin, lui-même provenant du croisement  du mot gaulois °sappus et du mot latin pinus. Planche, solive de sapin. Pièce de bois qui servait aux échafaudages.

Phylactère (n.m.) : du grec phulaktêrion,  traduction grecque du mot hébreu tephîlîn. Banderole à extrémités enroulées portant le texte de paroles prononcées par les personnages d’une œuvre d’art du Moyen Âge et de la Renaissance. Amulette, talisman. Petite boîte carrée, renfermant les bandes de parchemin ou de vélin sur lesquelles sont inscrits des versets de la Bible, que les juifs orthodoxes portent au bras gauche et sur la tête pendant la prière du matin. Aujourd’hui : bulle dans les bandes dessinées.

Christos anèsti ! Alethos anèsti ! - Le Samedi Saint, à minuit, le prêtre annonce la Résurrection du Christ dans l'avant-cour de l'église et chante le « Christos Anesti ! » sous le son joyeux des cloches, puis les fidèles allument leurs cierges de la flamme sacrée du cierge de l’officiant. A partir  de cet instant, on salue amis et parents en leur disant « Christos Anesti ! » (« Christ est ressuscité ») et ils nous répondent « Alithos anesti ! » (« Il est vraiment ressuscité ! »). En rentrant à la maison, le père trace en haut de l'embrasure de la porte d’entrée le signe de la crois avec la fumée de son cierge. Par la suite, les cierges de tous les membres de la famille sont gardés toute l’année à côté des icônes. Ce rite ancestral accompli, on se met à table, on casse les œufs rouges et on mange la fameuse soupe traditionnelle, la maghiritsa. Les Slaves se saluent par « Hristos voskrese !»  (« Χристос воскресе ») et « Voistina voskrese » (« Воистина воскресе »). Chez les orthodoxes du monde entier, cette salutation remplace toutes les autres pendant 40 jours, de Pâques à l’Ascension.

Voici la même formule en slavon, en anglais, en allemand, en espagnol et en italien :

Hristos voskrese !

Voistina Voskrese !

 

Christ is Risen!

He is truly Risen!

 

Christus ist wiederbelebt!

Er ist wirklich wiederbelebt!

 

¡ Cristo es resucitado!

¡ Es verdaderamente resucitado!

 

Cristo è risuscitato!

È risuscitato veramente!