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CAVE NE EAS (français)

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CAVE NE EAS

A Cristina Castello

« Sremd ayi ad iraregh
Ag tmessi ur cemdvegh »

(« On m’a appris comment jouer

Avec le feu sans me brûler. »)

            Andich Chahid

Tu me dis, tu répètes transfigurée :
« Je t’aime » !

Âme, tu ne savais pas
Sur quelle aube ruisselante de joie
Tu ouvrais mon cœur inapaisé !

Cette senteur sereine des résédas
Ce frissonnement des feuilles de taffetas
Sous les doigts exaltés de l’air !

Et nous, enfants, vibrant de transport,
Fermions les yeux incendiés de désir
Comme pour alléger le doux poids
De nos corps
En nous abandonnant à l’ardeur des baisers.

Ô jours mémorables,
Heures indélébiles,
Blancheur immortelle
De l’amour !

Temps ! Temps tissé
De vigoureuse fragilité
Où nous voyions
L’éclat du divin
Dans chaque chose !

            Athanase Vantchev de Thracy

Rueil-Malmaison, ce mardi 9 décembre, Anno Domini 2008

Glose :

Cave ne eas : expression latine qui signifie « ne pars pas ». Cicéron (106-43 av. J.-C.), dans son fameux ouvrage De divinatione (De la divination), raconte que le général et homme d’Etat romain Marcus Licinius Crassus Dives (115-53 av. J.-C.) – dives, c’est-à-dire « riche » –, celui-même qui écrasa la révolte de Spartacus et fit crucifier 6 000 esclaves, embarquant son armée à Brindes pour aller combattre les Parthes, et entendant sur le quai le cri d’un marchand de figues « cauneas », aurait dû comprendre « cave ne eas », « ne pars pas » !

En 53 av. J.-C., sur le conseil du prince d’Osrhoène (Osdrohene en latin), contrée de la Mésopotamie le long de l’Euphrate, Abgar II Ariamnès (68-53 av. J.-C.), Crassus franchit l’Euphrate pour affronter les Parthes, mais fut vaincu à la bataille de Carrhes et son fils, Publius Licinius Crassus, fut tué. Faisant retraite avec des débris de son armée, il fut tué lui aussi au cours d’une entrevue avec le général parthe Suréna. L’historien romain d’expression grecque, Dion Cassius (en latin Lucius Claudius Cassius Dio (155-235 ap. J.-C.) rapporte avec des réserves qu'on disait que ce dernier fit couler de l'or en fusion dans la bouche de Crassus en disant : « Rassasie-toi de ce métal dont tu es si avide ! » Malgré l'incertitude du fait, l'aspect sordide de cet épisode lui assura sa pérennité. La tête de Crassus fut ensuite envoyée au roi des Parthes de la dynastie arsacide, Orodès II (54 – 38 av. J.-C.)

Cristina Castello : poète et journaliste argentine. Elle a publié plus de 3000 articles dans les principaux journaux et magazines de son pays et a enseigné « L’art de l’interview » à l’Université. Cristina Castello a créé à la TV argentine l’émission de culture et poésie «Sin máscara» (« Sans Masque ») et, à la radio, l’émission «Convengamos que…» (« Convenons que »), dédiée également à la poésie.

Poète, elle a publié plusieurs de ses œuvres dans différentes anthologies et sur de nombreux sites web. Ses poèmes ont accompagné ses expositions de photos et de peintures. Plusieurs revues européennes ont commenté son travail d’artiste. Tous ses catalogues sur l’art contiennent des œuvres prosodiques. Cristina Castello a donné des récitals de poésie en Argentine et en Europe.

En octobre 2004, elle a publié, aux Editions de l’Harmattant à Paris, un recueil de poésies bilingue, français - espagnol, intitulé «Soif ».

Son site, http://www.cristinacastello.com, mêle poésie, musique et peinture.

Andich Chahid : jeune poète amazighe (berbère) du Maroc. Je cite le début de son très beau poème On m’a appris, écrit en tamazight, langue des Berbères d’Afrique du Nord.

Tifinaghe ou tifinagh qui se prononce tifinar ou libyco-berbère (n.m.) : alphabet utilisé par les Berbères, essentiellement les Touareg. C’était autrefois un abjad, un alphabet consonantique.

Les Touareg (au singulier un Targui) ou, sous sa forme francisée, les Touaregs (au singulier un Touareg) ou encore Kel Tamasheq sont un peuple de Berbères des tribus des Sanhadja, des Zénètes nomades Luwata et des Banu Iften vivant dans le Sahara central, l’Algérie, la Libye et sur les bordures du Sahel, Niger, Mali et Burkina Faso. Leur langue est tamajag ou tamasheq ou encore tamahaq selon les régions. Ils utilisent l’alphabet tifinagh.

Les Touareg sont parfois appelés les « hommes bleus », d’après la couleur de leur clèche (foulard). Teinte avec de l’indigo, elle décolore sur la peau avec le temps. Aujourd’hui, certains Touareg sont métissés avec les populations noires d’Afrique sub-saharienne. Ces populations sont confrontées à des formes d’assimilation culturelle et linguistique, à une marginalisation économique et politique qui les ont conduits à la lutte armée dans les années 1990. Beaucoup ont abandonné le nomadisme pour se fixer dans les grandes villes en bordure du Sahara comme Tamanrasset en Algérie ou Agadez au Niger.