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Butô - français

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BUTÔ

Cette danse mystique

À la sublime lenteur,

À la clairvoyante languidité

Sème un trouble mauve dans mon âme

Et fait palpiter de stupeur mon cœur !

 

Je veux soudain être

Cet élégant danseur, presque nu,

Presque immobile

Le corps peint de poudre blanche,

Le crâne rasé

Qui sonde, au milieu de la scène vide,

Les abyssales profondeurs de son esprit,

Son amoureuse relation au cosmos

Et la minutieuse insertion de son être

Au cœur cardinal de l’univers.

 

Oui, danser, perpétrer par un délicat sourire

La longévité de la tendresse

Sous les fanions fanés du temps !

 

Ah, il y a trop de peine pour une seule âme

Dans les hauts étages de la nuit, l’été,

Trop de poids des échecs,

Trop d’épines des pensées

Pour pouvoir porter sa vie

Jusqu’en haut des montagnes !

 

Butô,

Ô danse qui me rappelle

La cire des petites bougies

Qu’allument les plus pauvres

Habitants de mon quartier,

Un jour de fête,

Dans une église chargée

De grandes lumières de fleurs !

 

C’est l’image immobile d’une fine pluie,

Le silence liquide d’un pont, le soir,

Les palpitations sourdes d’un cœur

Qui a prêté serment à la nuit

De ne jamais dormir !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 13 mars 2020

Glose :

Le butō est une danse née au Japon dans les années 1960. Cette « danse du corps obscur » s'inscrit en rupture avec les arts vivants traditionnels du et de kabuki qui semblent impuissants à exprimer des problématiques nouvelles. Le butō est né non pour évacuer la souffrance provoquée par les événements tragiques d'Hiroshima et de Nagasaki de 1945, comme on l'a souvent dit, mais des remous sociopolitiques qui secouèrent le Japon à cette époque. Le butō est fondé par Tatsumi Hijikata (1928-1986), avec lequel collabora Kazuo Ôno (1906-2010) Le terme japonais butō (舞踏) est composé de deux idéogrammes ; le premierbu, signifie « danser » et le second, , « taper au sol ».

Le butō est imprégné de bouddhisme et de croyance shintô. Cette danse, proche de la performance, n'est pas spectaculaire au sens où elle relève d'une introspection, d'une disponibilité au monde. Explorant les spécificités du corps japonais, le butō aborde des thématiques universelles. Née dans un contexte sociopolitique d'après-guerre, cette danse se caractérise par sa lenteur, sa poésie et son minimalisme. Elle évoque une imagerie grotesque, des sujets tabous, des environnements extrêmes, absurdes. Le butō est couramment dansé avec le corps presque nu, peint en blanc et le crâne rasé, souvent interprété avec des mouvements extrêmement lents avec ou sans public. Il existe autant de formes de butō qu'il existe de danseuses et de danseurs. Il n'y a pas de style fixé, cela peut être purement conceptuel sans aucun mouvement. Ici, l'artiste sonde les instances de son esprit, sa relation au cosmos et l'inscription de son être au cœur de l'univers.

 

Fanion (n.m.) : de fanillon, diminutif populaire de fanon. Petit drapeau souvent triangulaire employé comme insigne d'une organisation, comme point de repère, etc. : Fanion d'un club sportif.