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CALME TRAGIQUE ET NOSTALGIE (français / anglais / espagnol)

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CALME TRAGIQUE ET NOSTALGIE

 « Alors tu viens, tu me prends par la main,
tu m’arraches au trafic de la nuit
et aux vrais amis me ramènes. »

            Dinos Christianopoulos  (1931 - ),

            « Douce vision »

 

Seul maintenant dans cette maison
Qui a vu tant de générations se suivre !

Où s’en sont-ils allés, ô mon âme,
Tous ces hommes, toutes ces femmes
Et leurs enfants ?

Reviendront-ils jamais dans ce jardin
Où fleurissent encore,
Gardiens d’une mémoire maternelle,
Cerisiers, pommiers et sapins, giroflées et iris ?
Veillent-ils leurs tombes, flottent-ils dans l’écume
Des saisons, parlent-ils avec les fleurs, les oiseaux
Et les herbes des champs ?

Toi aussi tu t’en es allé !
Toi aussi, ô mon amour flamboyant,
Amour secret, amour pur, amour sacré de ma vie !

Le cœur palpitant, assis dans la pénombre,
Immobile, triste, silencieux,
J’entends ta voix, ta voix enfiévrée, ta voix embrasée
Venir, par les invisibles sentiers des passions printanières,
Jusqu’à l’immense nuit endormie au fond de mes yeux,
Jusqu’au feu hardi dans mes oreilles,
Jusqu’au ciel empourpré de mon souffle
Et les ravins abrupts de mon sang.

Sur mes lèvres ardentes, violentes de tendresse,
Se posent alors tes paroles.
Tes mains déversent dans mes mains l’air ruisselant de ton âme
Et le dense incendie du désir enflamme
Brusquement nos corps juvéniles.

Et je revis à nouveau les délires mordants des baisers,
Les exaltations vertigineuses  de la chair !
Nos corps qui s’offrent, brûlent, s’entrelacent, se confondent,
S’accrochent à l’imagination voluptueuse, s’abîment
Dans l’espoir puissant d’une vie éternelle, se roulent
Et se déroulent comme les vagues d’un cantique nuptial
Qui ne veut pas connaître de fin !

Ebranlé par cet exaltant souvenir,
Assoiffé encore de la chaleur vibrante de tes étreintes,
Je tressaille, me lève, me hâte à la fenêtre
Tendrement envahie par les caresses des glycines :

Mais dehors, c’est déjà la nuit, ô mon amour,
L’invincible, l’impénétrable, l’insondable nuit,
Le temps calme et assoupi des livres tragiques,
L’espace illimitée de la pure, de la haute nostalgie !

Et moi, ô mon amour,
Infiniment petit
Et incommensurablement grand,
Je me sens mûr, plus que jamais
A aimer !

    Athanase Vantchev de Thracy

A Paris, ce vendredi 17 septembre, Anno Christi MMIV

Glose :

Dinos Christianopoulos (1931 -) : Voici ce que dit de ce grand poète grec son traducteur,
Michel Volkovitch : « Directeur de revue, critique redouté, traducteur, nouvelliste, essayiste,
il règne sur la vie littéraire salonicienne (de Salonique). Sa carrière poétique fut aussi brève
que précoce : sa poésie, d’une violente sincérité, s’est faite sans cesse plus intime et
décharnée, jusqu’au silence. A 35 ans, tout était dit ». 

Dinos Christianopoulos est auteur de six recueils : Le temps des vaches maigres (1950),
Genoux étrangers (1954), Chagrin sans défense (1960), Celui qui louche (1962), Le vers dans
le corps
(1964), Petits poèmes (1975).

ENGLISH :

TRAGIC QUIET AND NOSTALGIA

« So you come, take me by the  hand,
tear me away from the dark dealings of the night
and return me to my true friends. »

          Dinos Christianopoulos (1931 - )

          « Sweet Vision »

Alone now in this house
which has seen generation succeed generation.

Where did they go, O my soul,
all those men, women,
children ?

Will they come back to this garden,
where the keepers of maternal memory,
cherry trees, apple trees and firs, wallflowers and irises,
are still blooming ?
Are they watching over their tombs, are they floating in the foam
of the seasons, are they talking to the flowers, the birds,
the grasses in the fields ?

You too are gone !
You, my flamboyant love,
the pure, secret, sacred love of my life !

My heart beating fast, seated in the half-light,
motionless, sad, silent,
I hear your voice, your fiery, impassioned voice
coming down the invisible paths of springtime passions
into the immense night sleeping in the depths of my eyes,
into the brash fires of my ears,
into the purple sky of my beath,
into the steep ravines of my blood.

On my fervent lips, violent with tenderness,
I feel your words come to rest.
Your hands pour into mine the streaming air of your soul
and the heavy fires of desire suddenly
inflame our youthful bodies.

And I live again the biting frenzy of kesses,
the dizzying exaltations of the flesh !
Our bodies that offer themselves, burn, intertwine, melt together,
hang onto voluptuous imagining, lose themselves
in the powerful hope of eternal life, ebb
and flow like the waves of a wedding hymn
which they never want to come to an end !

Shaken by this ecstatic memory,
thirsty again for the thrilling warmth of your embrace,
I shudder, rise, go quickly to the wondow
tenderly overgrown with the caresses of the wisteria :

but outside it’s already night, O my love,
invincible, impenetrable, unfathomable night,
the quiet, drowsy climate of tragedies,
the limitless space of high, pure nostalgia !

And I, O my love,
infinitely small,
immeasurably large,
I feel more thane ever ready
for love !

Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges

ESPAGNOL :

CALME TRAGIQUE ET NOSTALGIE

" De pronto llegas, tomandome de la mano,
me recoges de la noche
y me entregas a los verdaderos amigos »

       Dinos Christianopoulos
       " Sabrosa visión "

¡ Sólo ahora en esta casa
Qué ha visto tantas generaciones pasar!

¿ Adónde se han ido, oh alma mia,
Todos estos hombres, todas estas mujeres
Y sus hijos?

¿ Jamás volverán a este jardín
En el que florecen todavía,
Guardiánes de una memoria maternal,
Cerezos, manzanos y abetos, alhelíes e iris?
¿ Velan sus tumbas, flotan en el espuma
De las estaciones, hablan con las flores, las aves
Y las hierbas de los campos?

¡ También tú te fuiste!
¡ Tú también, oh amor mio resplandeciente,
Amor secreto, amor puro, amor sagrado de mi vida!

El corazón palpitante, sentado en la penumbra,
inmóvil, triste, silencioso,
Siento tu voz, tu voz inquieta, tu voz abrasada
Acudir, por las invisibles sendas de pasiones primaverales,
Hasta a la noche inmensa adormecida en el fondo de mis ojos,
Hasta el fuego atrevido en mis orejas,
Hasta el cielo enrojecido de mi aliento
Y los barrancos escarpados de mi sangre.

Sobre mis labios ardorosos, violentos de ternura,
Se ponen entonces tus palabras.
Tus manos vierten en mis manos el aire chorreando de tu alma
Y el espeso incendio del anhelo hace arder
Bruscamente nuestros cuerpos juveniles.

¡ Y vivo de nuevo los delirios mordedores de los besos,
Las exaltaciones vertiginosas de la carne!
Nuestros cuerpos que se ofrecen, arden, se entrelazan, se confunden,
Se enganchan a la imaginación voluptuosa, se hunden
En la esperanza poderosa de una vida eterna, se enrollan
Y se desenrollan como las olas de un cántico nupcial
Qué no quiere conocer fin!

Extremecido por este exaltante recuerdo,
Sediento de nuevo del calor vibrante de tus abrazos,
Tiemblo, me levanto, me apresuro a la ventana
Tiernamente invadida por las caricias de las glicinas:

Pero fuera, ya es de noche, ¡oh! amor mio,
La invencible, la impenetrable, la insondable noche,
El tiempo tranquilo y adormecido de libros trágicos,
El espacio ilimitado de la pura, de la alta nostalgia.

Y yo, ¡oh! mi amor,
Infinitamente pequeño
E inconmensurablemente grande
Me siento tocado, más que nunca
A amar!

En París, este viernes, 17 de septiembre, Anno Christi MMIV

Traducido en castellano por : Silvino Castillo

Mis à jour ( Mardi, 09 Février 2010 20:33 )