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Jean-Auguste-Dominique Ingres Le martyre de saint Symphorien français / anglais

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JEAN-AUGUSTE- DOMINIQUE INGRES
LE MARTYRE DE SAINT SYMPHORIEN

Le saint, debout, devant cet océan

D’étouffante solitude,

Et la foule déchaînée

En proie à une haine sauvage !

 

Saisi de miséricorde, je me tiens silencieux

Devant ce splendide tableau,

Fruit mélancolique du lumineux génie

De Jean-Auguste-Dominique Ingres !

 

Mon immense tristesse grandit, ô mon âme,

Et je ne sais plus, oui, je ne sais pas

Où se termine la clarté de ma divine pitié

Et où commence celle, impalpable,

Des gens au cœur doux

Comme un jour de printemps

Qui se pressent autour de la jeune victime !

 

Ô Symphorien, Symphorien,

Je sais que dans cet abyssal abandon,

Tu penses aux yeux bleus azur de ta mère

Qui réchauffent de leur lumière ton coeur

Comme les joyeux flammes d’un bon foyer

Réchauffent l’hiver les mains gelées des enfants !

 

Ta mère qui du haut des remparts,

Soutient de sa voix divinement inspirée

Ton choix de jeune chrétien !

Tes yeux de saphir, tes yeux

Où brille la céleste bonté de ton être,

Sont tournés vers le ciel

Où, invisibles, les anges de l’amour

Assistent à ton martyr,

Prêts à accueillir ton âme,

La serrer tendrement contre leurs cœurs de lumière

Et monter en chantant

Vers l’éternité éthérée,

Ta future patrie à jamais !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 10 décembre 2019

 

Glose :

Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867) est un illustre peintre français. Après un premier apprentissage à Montauban, sa ville natale, il devient à Paris élève de Jacques-Louis David (1748-1825).

 

Prix de Rome en 1801, il ne se rend en Italie qu'en 1806, et y reste jusqu'en 1824

Il est l’auteur de ce magnifique tableau appelé « Le martyre de saint Symphorien ».

Saint Symphorien : saint patron de l’église Saint-Symphorien de Versailles.

C’est en l’an 180, à Autun, en Bourgogne, qu’a eu lieu le martyre de ce jeune saint. Né vers 159 dans une noble famille chrétienne, Symphorien est un jeune homme instruit. Autun, à l’époque, pratique encore le culte des dieux gaulois, et en particulier celui de la déesse Cybèle. Un jour, alors que la statue de la déesse est promenée dans les rues de la ville pour être vénérée, Symphorien refuse de l’honorer et se moque même du cortège. Aussitôt arrêté, il est conduit auprès d’Héraclius, gouverneur de la province. Interrogé sur son comportement, Symphorien répond qu’en tant que chrétien, il n’adore que le vrai Dieu.

Comme on le conduit hors de la ville pour être décapité, sa mère du haut des remparts l’exhorte à rester fidèle jusqu’au bout : « Mon fils, mon cher Symphorien, souvenez-vous du Dieu vivant et soyez courageux jusqu’à la fin : élevez votre cœur vers le Ciel et considérez Celui qui y règne. Ne craignez pas la mort, elle vous conduira à la vie éternelle. »

Fêté le 22 août, saint Symphorien donne son nom en l’an 560 au sanctuaire de Montreuil.

Le Martyre de saint Symphorien est un tableau à thème religieux, peint par Ingres en 1834. Le tableau fut commandé dix ans plus tôt, en 1824, par Roch-Étienne de Vichy, évêque d'Autun, qui fit sienne une supplique des habitants d’Autun exigeant la réalisation, aux frais de l'État, d'une œuvre de grande ampleur en dédommagement du départ, en 1800, de deux tableaux de grande valeur qui se trouvaient dans la ville et dont le Directoire décida le transfert à Paris : La Vierge du chancelier Rolin de Jan van Eyck (1390-1441) et le Le Mariage mystique de sainte Catherine de Sienne de Fra Bartolomeo (1472 – 1517).

Fruit d'un travail laborieux qui commença l'année même de sa commande et préparé par un nombre important d'études (dont près de 200 dessins), l'œuvre représente  Symphorien d’Autun premier martyr chrétien gaulois. Œuvre maîtresse du peintre, aboutissement de ses longues recherches formelles, le tableau qui devait être le clou du Salon de 1834, fut un échec retentissant, soulevant de nombreuses réactions hostiles. À la suite de cet échec, Ingres décida de ne plus participer au Salon de peinture, et de refuser les commandes publiques. Il s'expatria à Rome en acceptant le poste de directeur de l'Académie de France.

Le tableau, remis à la ville d'Autun le 30 juin 1834, est accroché dans l'une des chapelles latérales de la cathédrale Saint-Lazare d’Autun, après avoir été longtemps exposé dans une salle de l'évêché.

 

ENGLISH :

 

Ingres: The Martyrdom of St Symphorian

 

The saint, standing, before an ocean

of stifling loneliness,

and the rampant crowd

prey to a wild hatred!

 

Seized with pity, I keep silent

before this magnificent painting,

the melancholy fruit of the luminous genius

of Jean-Auguste-Dominique Ingres!

 

My immense sadness grows, O my soul,

and I no longer know, yes, I do not know

where the light of my divine pity ends

and where the intangible pity begins

of the people with hearts soft

as a spring day

who are thronging round the young victim!

 

O Symphorian, Symphorian,

I know that in this abysmal abandonment,

you are thinking of the azure of your mother’s eyes

which warm your heart with their light

just as the joyful flames of a good hearth

warm the frozen hands of children in winter!

 

Your mother, who, from high up on the ramparts,

upholds with her divinely inspired voice

your choice as a young Christian!

 

Your eyes of sapphire, your eyes

where the celestial beauty of your being shines,

are turned towards the heavens

where, invisible, the angels of love

attend your martyrdom,

ready to welcome your soul,

clutch it tenderly to their hearts of light

and rise singing

towards ethereal eternity,

your future homeland forever!

 

 

Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy

Mis à jour ( Mercredi, 11 Décembre 2019 16:07 )