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BLANC, TOUT ETAIT BLANC (français /anglais)

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BLANC, TOUT ETAIT BLANC

 

A Valentine Kortchakoff

« Soudain, le bruit d'une robe que je découvre,
Celui d'un pas léger, à peine s'élèvent... »

            Mihai Eminescu

 

Nous nous rencontrions parfois,

Enfants pleins de pureté matinale,

Âmes à la blancheur de muguets

Sur la colline d’Ak Bounar !

 

Valentine venait rayonnante,

Dans des robes simples et fraîches

Comme les fleurs des pruniers

Aux mois d’avril.

 

Ses cheveux lumineux,

Ses longues nattes d’or blond

Flottaient sous les vagues sereines

Des voix joyeuses des oiseaux

Et les doux frissons de l’air étincelant.

 

Bleus, bleus étaient ses yeux tendres

En ces jours de bonheur indicible

Où fleurs et feuilles vertes

S’engouffraient dans nos cœurs

Avec les brises transparentes

Descendues, pieds nus

Des montagnes.

 

Comme tout en ces aubes radieuses était blanc

Autour de nos bouches souriantes,

Comme tout était perfection

Et divine innocence !

 

II.

 

Âme, plus vite qu’on ne voit

Se disperser sous la musique

Des sources du Rhodope

Les heureuse envolée des hirondelles

Et les essaims dorés des abeilles,

Passe, court, fuit, se dissipe,

Ephémère et légère

Notre vie !

 

Ce soir, assis devant la fenêtre,

J’écoute le chant de la fine pluie

Qui tombe dehors !

 

Ô musique fluide des gouttes adamantines,

Es-tu venue jusqu’à mes lèvres muettes

Pour effacer de la page fatiguée

De mes prunelles

Les derniers scintillements

D’une vie ruisselante d’images pures

Que je veux

A jamais immortelles ?

     Athanase Vantchev de Thracy

 

Valentine Korchakoff fut mon deuxième grand amour secret. Elle ne l’a jamais su. Nous fîmes nos études secondaires dans la même classe. Grande, fine, très belle, cette admirable fille d’origine russe, au caractère d’ange, était aimée par tous. Nous nous voyions souvent, en amis. Elle avait pour moi des tendresses de sœur. Après l’école, nos destins se séparèrent. Je la revis des années plus tard à Haskovo, notre ville natale. Elle était devenue professeur de russe dans un lycée. Valentine mourut de cancer. Elle était restée célibataire. Son frère Anatole vit toujours. Il est musicien et travaille à Sofia.

Ce soir, en Normandie, je revois son visage lumineux, ses cheveux très blonds, ses yeux bleus. Une soudaine immense douleur fend mon cœur. Comme tant d’être aimés, elle a quitté le monde visible.

Glose :

Eminescu Mihai (Michel) – (Ipatesti, près de Botuchani 1948 – Bucarest 1889) : le plus grand poète lyrique de Roumanie d’origine arménienne. Eminescu fit ses études universitaires en Autriche et en Allemagne. Revenu en Roumanie, il fut quelque temps professeur d’allemand, puis inspecteur des écoles (1874-1876) et bibliothécaire dans la ville de Jassy (Iasi). Il fut rédacteur au journal le Temps de Bucarest, quand il fut, soudainement, frappé d’un accès de folie. Il mourut peu de temps après. Eminescu publia ses premiers essais en vers dans la Famille d’Oradia-Mare (ville appartenant à l’époque à la Hongrie, aujourd’hui Oradea en Roumanie) : on était bien loin de prédire à cette époque son génie poétique. Devenu membre de la société littéraire la Jeunesse à Jassy, il commença la publication de ses plus beaux morceaux lyriques dans les Causeries littéraires, organe du groupe : Vénus et Madone, puis Empereur et Prolétaire, poésies qui contribuèrent immédiatement à la réputation à leur auteur. Son talent ne fit que s'accroître. C'est alors qu'il publia, outre un assez grand nombre de petites poésies lyriques, ses admirables Sonnets, sa Venise, restée classique, son Calin, fragment épique dans le genre des contes populaires, et surtout ses Satires. Les Hirondelles et Kamadeva, de beaucoup inférieurs à ses morceaux de maître, furent composés pendant sa maladie. Il écrivit aussi en prose : Le Fat-Frumos, Le Pauvre Denis, etc. On le compare au grand poète romantique allemand, Hölderlin.

Ak Bounar : littéralement « le puits blanc (du turc ak, « blanc » et bounar, « puits), l’ancienne appellation de la colline qui domine la ville de Haskovo portant aujourd’hui le nom de La colline de la jeunesse, où se dresse de nos jours la colossale statue de la Vierge. J’avais suggéré l’idée de l’élévation de cette statue au premier maire de l’ère post-communiste, Guéorgui Jékov. L’idée a plu et finit par mûrir et prendre forme.

Rhodope (n.m.) : montagne chantée par tous les grands poètes de l’Antiquité, et qui se dresse au sud de la Bulgarie. La légende antique raconte que deux jeune et beaux mortels, le héros Hem et la belle Rhodopé, eurent l’imprudence de se comparer à Zeus et Héra. Pour les pinire de leur audace, Zeus les transforma en montages : Hem en Hemus (auj. le Balkan) et Rhodopé donna la naissance de la montagne éponyme, le Rhodope, éternellement séparées par l’une des plus belle plaine d’Europe, la Thrace. Le Rhodope est une longue chaîne au relief assez doux, couverte de forêts de sapins et d’alpages, aux magnifiques petits villages qui gardent tout le charme de l’ancienne architecture bulgare. Le Balkan montre un structure plus accidentée. Il culmine à 2 400 m.

 

ENGLISH (My translation into English) :

 

WHITE, EVERYTHING WAS WHITE

 

 To Valentine Kortchakoff

" Suddenly, the murmuring of a dress which I discover,

That of a light step, gently rise... "

           Mihai Eminescu

 

We sometimes met,

Children full of morning purity,

Souls in whiteness of lilies of the valley,

On the hill of Ak Bounar!

 

Valentine came always radiant,

In simple and fresh dresses

As the flowers of plum trees

In April.

 

Her  brilliant hair,

Her long plaits of blond gold

Floated under the serene waves

Of the joyful voices of birds

And the sweet quivers of the glistening air.

 

Blue, blue were her soft eyes

In these days of unspeakable happiness

Where flowers and green leaves

Rushed into our hearts

With the transparent breezes,

Gone down barefoot

Of the mountains.

 

As everything in these radiant dawns

Was white, so white

Around our smiling mouths!

As everything was perfection

And divine innocence!

 

II.

 

O my soul, faster than we can see

Sctatter, under the music

Of Rhodope springs,

The happy flights of swallows

And gold-coloured swarms of bees,

Pass, run away, flee, dissipate,

Ephemeral and light

Our life!

 

This evening, sat in front of the window,

I listen to the song of the fine rain

Falling outside!

 

O fluid music of diamond drops,

Did you come up to my dumb lips

To erase of the tired pages

Of my pupils

The last sparklings

Of the flowing life

Of these pure images

I want for ever immortal?

 

Notes:

Valentine: a girl I loved deeply when I was 15. She never really  knew about my passion.

 

Ak Bounar: a hill in my home town Haskovo in Bulgaria.

 

Rhodope: montain of Bulgaria.