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BERCEUSE D'OR (français)

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BERCEUSE  D’OR

A Thimothée

« Chante une bribe, en chante une autre,

Bientôt chante la bribe tierce :

Il efface les mots sacrés

Il rengorge ses mageries. »

 

            Kalevala, Chant III, vers473-476

 

Dors, dors, mon petit,

Sur les reins des vagues

La pie, lame de dague,

A gagné son lit !

 

Dors, dors, mon fils, dors

Les bluettes des champs,

Les fées et le vent

S’entrelacent dehors !

 

Nani, nani, nani, na

Mon printemps, ma joie !

 

Ha ! Le temps imberbe,

N’a plus sa cavale,

Dorment les étoiles

Sous les tiges des herbes !

 

Gosier d’argent,

Le coq enchanteur,

Respire le bonheur

Des chansons d’antan !

 

Nani,  nani, nani, na

Flamme légère, ma voix !

 

Chut ! Les grains de l’orge

Dans la terre enceinte

Sans pousser une plainte

Ont fermé leurs gorges !

 

Dors, dors, mon fils, dors

Ne fais pas ta lippe,

Sont si blanches tes nippes,

Si câlin mon corps !

 

Nani, nani, nani, na

Doux berceau, mes bras !

 

Clos tes yeux de feu,

Tes pupilles brillantes,

Dort la glèbe savante

Dans les bras des cieux !

 

Dors, dors, mon chéri,

L’heure est fatiguée,

Même la brise ailée

Ne dit mot la nuit !

 

Nani, nani, nani, na,

Mon aurore, mon roi !           

            Athanase Vantchev de Thracy

Glose :

Timothée : « Enfant bien-aimé » de saint Paul (2 Tm 1 :2). Il accompagna l’Apôtre dans ses voyages missionnaires. Le grand écrivain chrétien, le Grec Eusèbe de Césarée  (Palestine vers 260 – id. 340) qui travailla dans la bibliothèque laissée parle grand Origène (Alexandrie vers 185 – Tyr vers 254), le mentionne comme évêque d’Ephèse. Saint Paul lui adressa deux lettres, qui figurent parmi les écrits canoniques. Selon une légende très ancienne, Timothée fut lapidé à mort pour avoir dénoncé le culte païen de Dionysos.

Tiers, tierce (adj. et n.m.) : du latin tertius, « troisième ».

Magerie (n.m.) : mot ancien. Actes ou paroles d’un mage.

Kalevala : Le Kalevala est un immense poème de 22 795 vers, composé à partir de chants populaires finlandais de tous âges et de tous genres par Elias Lönnrot, au milieu du XIXe siècle. Oeuvre grandiose, elle exprime avec un rare bonheur l’âme du peuple de Finlande. Le Kalevala compte parmi les grands textes mythiques de l’humanité. Le poème est écrit dans un mètre presque invariable, un octosyllabe qui provoque dans sa souveraine beauté une sorte d’envoûtement. Le chanteur, ou runo (ce mot ne signifiera « chant » que plus tard), accompagné d’une sorte de cithare à cinq cordes, le kantele ou kannel, a tout psalmodié : récits épiques, fables, contes, légendes, incantations magiques, gestes antiques, liesses populaires, chants de travail, de chasse, de jeu, et même berceuses, élégies plaintives, joutes sacrées, sans parler de la fête de l’ours, des proverbes, charades et devinettes. D’où viennent ces chants ? Peut-être du vieux fonds finno-ougrien, de ces peuplades mal connues qui, parties de l’Oural, auraient repoussé les Lapons, premiers occupants de la Finlande. La plupart de ces textes remontent au Moyen Âge (XIe - XVe siècle).

Elias Lönnrot (1802-1884) : fils de tailleur, Elias hésita longtemps entre des études de lettres et de médecine. Il finit par opter pour cette seconde voie et soutint sa thèse sur l’ancienne médecine magique de Finlande. Devenu médecin de campagne, il fut obligé de parcourir son district en tous sens, guidé par une curiosité inlassable. Il quêta, rassembla, consigna par écrit, dès 1832, tous les chants populaires en sa possession.  En 1835, le 28 février exactement, devenu depuis jour de fête nationale en Finlande sous le nom de « jour du Kalevala », Elias publia un premier recueil où il avait réparti en trente-deux chants un total de 12 078 vers. Une seconde édition, en 1849, porta ce chiffre à 22 795 vers, organisés en cinquante chants. C’est le Kalevala que nous connaissons aujourd’hui.