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BEATRICE DE LA MER (français)

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BEATRICE DE LA MER  



 “ Deep in the man sits fast his fate
To mould his fortunes, mean or great ”


(« Profondément dans l'homme s'installe vite le destin
Pour modeler sa fortune, qu'elle soit moyenne ou grande »)


          Ralph Waldo Emerson

« Elle lui donna les Tablettes du Destin et les fixa à son cou :
" Quant à toi, ton commandement ne changera pas,
la parole de ta bouche demeurera !" »


          Enûma Elish

I.

Si belle et grande est la Nuit, Béatrice,
Quand, sous son voile de myosotis vaporeux,
Elle vient s'asseoir au bord des eaux calmes
Pour écouter les paroles denses et pures de la mer,
Pour faire sienne la langue divinement bleue
Des vagues royales,
Langue, Béatrice, langue immortelle
Dans laquelle se meuvent fluorescents
Les corps transparents des songes,
Les pensées éternelles des dieux,
Les âmes éthérées des archanges !

Langue pleine de ciel, mouvement chaleureux
Du sang illuminé, qui structure le chaos,
Langue plus riche, plus complexe, plus profonde
Dans son fiévreux déploiement poétique !

Suave rudesse des mots dans le tremblement soudain de l'amour,
Dès que le dieu de la musique, Apollon Loxias,
Les touche de ses lèvres flamboyantes !

II.

Comme j'aime, comme m'émeut jusqu'aux larmes
Le chant parfait des eaux opimes,
Eaux révélatrices de mystères,
Eaux qui s'avancent jusqu'à nos âmes
Telles de longues, euphoniques et bien cadencées périodes latines
Suscitatrices de rêves si difficiles à suivre,
Si complexes à saisir, si ardues à imiter.

Comme est inénarrable dans sa haute profondeur
Cette immense heure solennelle
Sise entre les lourdes moissons de juillet
Et les vendanges somptueuses de septembre !

III.

Ô antiques puissances de la Terre
Extrême jouissance des racines ramifères,
Moissonneuses de sèves qui portent
Jusqu'aux grêles nervures des feuilles
La luminosité vitale des abîmes.

Ô vagues de lumière liliale,
Vagues qui inondent de cantiques
Les amphores pleines d'olives et de vins,
Vagues qui embaument et portent nos pensées d'infini à infini !

Vagues transmutatrices d'antiques sonorités immortelles!

IV.

Non, Béatrice des eaux nocturnes,
Nous n'explorerons jamais le vaste,
L'incommensurable pays de nos âmes !

Non, nous ne sommes pas personne, Béatrice,
Les dieux nous aimeraient-ils si nous étions
Néant et rien ?

Il eut un soir
Et il eut un matin :
Premier jour !

Ainsi naquit, chère Béatrice
Le divin calendrier de l'amour!

V.

Mais je t'ai promis de chanter
La suave Nuit marchant sur la mer,
La rieuse Nuit au pied délicat qui sent la violette sauvage,
Nuit dont la générosité primordiale
Imprime sur la face des eaux vives
L'intime mesure de l'éternité !

C'est d'elle, Béatrice, que nous vient
L'abyssale immensité de nos cœurs,
La clarté parfaite de l'heure intérieure
Qui régule les battements de notre tendresse !  

Feuilles et herbes frissonnantes des jardins,
Vous, preuve absolue que tout est vie
Et que la mort, Béatrice, n'est qu'un instant
Où la vie s'arrête avant de devenir une nouvelle vie !

Joie lustrale que soulève en moi  
La silencieuse naissance de chaque poème !

VI.
.
Viens vite, brise modératrice,
Mets un léger frémissement
Dans le livre orphique des clapotis.

Et toi, Lune sumérienne,
Ensemence de ton silence cuivré les plaines de la Terre,
Notre généreuse Genetrix qui respire à l'aise
Dans la chair ardente de chaque être vivant,
Ecarte de ton haleine pénétrante le rideau opaque des mystères
Qui sépare nos cœurs des cœurs des êtres sans nombre !

Lune laurée de rêves, déesse magistrale
Des flamines de Rome,
Comme nous t'admirons, Lune divinatrice,
Toi qui circonscris les limites mouvantes de nos espoirs !

VII.

Chanson :

Voici que Béatrice, appelée
Par le murmure des flux et des reflux,
Se lève de la chaude blancheur de son lit,
Ivre de l'odeur des pinèdes,
Cheveux de narcisses éparpillés dans le vent joyeux,
L'esprit couronné de fruits mûrs,
Les bras nacrés tendus vers le large,
Toute entière égale à un poème fait de muguets,
Tissé de blé virginal,
Orné de campanules tendres,
Court vers l'or liquide de la baie !

Elle met son pied de soie
Sur les feuilles fraîches du cresson bleu,
Au-dessus d'elle se déploie, exubérante,
Se meut et chante la dense canopée des chênes verts !
 
Autour de son corps de libellule transparente
Flottent les navires de l'air élégiaque !
Le souffle nocturne des fleurs
Fait frémir les abeilles de son sang,
Porte son émotion vers les cimes,
Modèle les contours mélodieux de sa face.

Elle veut saisir de ses mains exquises
Les dentelles diaprées de l'écume,
La vertigineuse rumeur des abysses !
Non, non, aimable Amie,
Leur toucher n'est pas létal !


VIII.

Fleurs chastes endormies
Sous les stridents sonnets des cigales,
Voix charnelles des branches protectrices,
Vous, fleurs, songes éphémères,
Jardins virginaux retenant sur vos fermes poitrines
Le corps multiforme du temps capricieux.
 
Viens, approche,  âme humaine,
Âme immortelle, éternelle et incorruptible,
Souple, agile, glorieuse,
Âme voyageuse,  
Livre impérissable de toute existence !

IX.

Ô flexions harmonieuses, ô limpide magnificence
Des chants solennels des divines néréides,
Odes soutenues par l'exquis ramage
Des ondes vert amande !

Ô toutes ces choses éternelles
En lisière de nous-mêmes,
Choses qui ignorent l'empire de la mort,
Choses qui remontent à rebours, telles des ressacs,
La poussière scintillante des siècles,
Et luttent contre l'exil en dedans.

Choses où se lit toute la mystique du sang royal
Là où les mots se retournent furieusement contre
La périlleuse sécheresse de la pensée !

X.

Si belle est la Nuit, ô ma Béatrice,
Glissant sur le velours des voies d'eau !
Si expansibles les rameurs nocturnes
Qui déploient la viride souplesse de leurs corps,
Jeunes dieux qui n'auront de cesse que nous aillions
Rejoindre leur avancée vers le bonheur. !

XI.

Καί'έστω δια χωρίζον'ανά μέσον ‘ ύδατος καί ‘ ύδατος !
 
(Qu'il y ait un firmament au milieu des eaux)
Et qu'il sépare les eaux d'avec les eaux !


Ô cette viriles facondes des puissantes houles,
Cette élégance des discrètes arapèdes
Qui broutent les algues recouvrant les abrupts rochers !

Les pulsations du sang,
L'écume duveteuse de crêtes,
Le lapement des vaguelettes,
Les flots nubiles,
Ces étendues liquides inapaisables !

Et la splendeur pudique,
Et le chaud parfum de la chair d'une jeune fille,
Signe heureux d'une féminité intacte et aimable,
L'humble éveil matinal
Et le docile assoupissement de ses transparentes paupières !

XII.

Les poèmes éternels, Béatrice, les poèmes divins,
Ce sont les hommes frappés du sceau céleste qui les créent,
Les élus des dieux marchant sur les routes de la terre,
Dormant sous les temples des hautes étoiles, à découvert !
Des chantres qui viennent de l'éternité
Et s'en vont vers l'éternité !

Dans leurs sourires résonnent l'allégresse des matins,
Le chant des nixes charmant les humains !

En eux sont inscrits les ensorcelantes mélodies,
Les pépiements de la brise,
Les hiéroglyphes des nuits mystiques,
Le feu viril du soleil, les chansons amoureuses
Et toutes les visions jaillissantes qu'elles cachent
Dans les replis de leur tendresse,
Les notes de bonheur qui s'élèvent,
La tristesse des yeux qui retombe,
Les larmes mûres qui coulent dans la lumière diffuse des allées,
Les astres qui régissent le temps et le calendrier !

Toutes les impulsions de la bonté,
L'ardeur, la volonté des amants,
Les desseins, les intentions, les aspirations
Des hommes et des femmes unis
Dans une étreinte pure et féconde,
Tout cela, Béatrice, préexiste
Dans l'âme des poètes à la parole prophétique !

XIII.

Quel importance si mon corps meurt,
Mes tendres paroles vogueront encore plus libres et vraies
Libérées du poids de l'obscurité !

Ô Amie, le chagrin, les larmes, les cris,
C'est nous-mêmes contre nous-mêmes !
La beauté rayonnante des dieux est inséparable de nous,
Que nous soyons victorieux ou vaincus !

La beauté, Béatrice,
Est en attente au cœur de chaque chose !

Regardez, écoutez
Les eaux d'en bas,
Les eaux d'en haut,
Les eaux douces,
Les eaux salées !

XIV.

Vous le savez, Béatrice,
J'ai deux noms,
L'un pour tous les jours,
L'autre, l'initial, le secret,
Pour les jours où je converse avec
Le peuple immortel du Ciel !

Ainsi les dieux d'Egypte et d'Assyrie,
Les dieux de Rome et les dieux des Livres sacrés
Possèdent des noms cachés,
Des noms qu'on ne doit jamais prononcer !

Mon nom est ma chair, mon nom est moi-même !
Qui pourrait trouver la porte décumane vers
Mon mystère ?

XV.

N'hésite pas, Béatrice des eaux réséda,
Demande un baiser immaculé à chacun des éléments,
Une caresse absolue, un souffle tendre à chaque être !

Et toi, Poésie, blanche divinité des jardins,
Donnes-en une à chaque élévation de l'eau de la mer.
C'est par l'amour des émotions partagées
Que toute vie devient éternité !

Ô merveille quotidienne !
Les pétales diront mes poèmes,
Ma chère Béatrice,
Les pétales, les plus pures et les plus éthérées des lèvres !

Mes poèmes !
Ils naissent dans la semi-clarté de l'âme,
Grandissent, courent, s'enflent et s'étendent
A tout l'univers !

XVI.

Ô toi, force intérieure, force visible des mots,
Langue française par laquelle
Je vois, je palpe, je fais mien le monde lumineux!
 
Ô Beatrice de la mer,
Que mon souvenir et mon éloge de toi
Te soient à jamais acquis.

Personne, ni les dieux omnipotents,
Ni les aigles qui fendent le mince voile du zéphyr,
Ni les amènes coccinelles, ni les fleurs des cerisiers,
Encore moins les hommes
Peuvent vivre un minime battement de seconde sans amour !

XVII.

Ô mes Amis,
Ce que l'oubli des siècles enlève à votre splendeur
Mes vers le fixeront dans la plus délicieuse musique
Accordée à une bouche par les Muses !

Vous, vivant à jamais, vous voguerez dans mes vers :
Ils sont, dans leur élan vers la perfection, votre salut, le mien !
Le salut de chaque herbe, de chaque fleur, de chaque mot
Dans lequel j'ai insufflé toute la beauté
De mon âme nuptiale !


XVIII.

Si belle est la mer le matin, Béatrice !
Alors, assis sur la falaise qui veille les marées,
Ecoutons, mêlé aux chants des eaux,
Le chant immortel
De Lucrèce fâché avec les hommes :

sed nihil dulcius est bene quam munita tenere
edita doctrina sapientum templa serena,
despicere unde queas alios passimque videre
errare atque viam palantes quaerere vitae,             10
certare ingenio, contendere nobilitate,
noctes atque dies niti praestante labore
ad summas emergere opes rerumque potiri
miseras hominum mentes, o pectora caeca!


(Mais rien n'est plus doux que d'occuper
Les hauteurs bien protégées par le savoir des sages,
Temples tranquilles d'où l'on peut plonger ses regards vers les autres,
Les voir errer de-ci de-là, chercher le chemin d'une vie hasardeuse,
Rivaliser de talent, lutter pour leur rang,
S'efforcer nuit et jour, en une énergie exceptionnelle,
D'atteindre les sommets de l'opulence et du pouvoir.
Ô misérables pensées, ô coeurs aveugles des hommes)
 

Ces hommes que toi et moi, Béatrice,
Nous aimons d'un amour
Chaste et indéfectible !

Paris, juillet 2007

          Athanase Vantchev de Thracy

Glose :

Ralph Waldo Emerson (Boston 1803 – Concorde 1882) : philosophe et poète américain. Issu d'une famille de pasteurs, il fit ses études à Harvard, puis devint pasteur en 1829. A la mort de sa femme, Emerson abandonna son ministère, se consacrant dorénavant à une paisible retraite. En 1831, il se rendit en Europe et rencontra Thomas Carlyle et Samuel Taylor Coleridge. A son retour en Amérique, Emerson s'installa dans le Massachusetts et devint dès lors la figure emblématique du transcendantalisme. Remettant en cause le dogme du christianisme, il prôna un anticonformisme religieux se basant sur l'expérience personnelle et un retour à la Nature à contre-courant dans une Amérique récemment industrialisée. Il fut emporté par une pneumonie. Emerson reste un personnage-clé de la culture américaine.

Enûma Elish :
cosmogonie mésopotamienne. Enûma Elish signifie « lorsque là-haut » ou « lorsque en haut », ce sont les mots qui ouvrent le récit (c'est ainsi que sont titrées la plupart des œuvres littéraires mésopotamiennes) de cette épopée de la création du monde. Il s'agit d'un long poème en sept tablettes, rédigé à Babylone sous le règne de Nabuchodonosor Ier (1124-1103 av. J.-C.), mais dont il ne reste que des exemplaires datant du premier millénaire. Le texte fut découvert au XIXe siècle sous forme de fragments dans les ruines de la bibliothèque d'Asurbanipal à Ninive (proche de l'actuelle Mossoul en Irak). L'épopée décrit l'élévation de Mardouk, dieu tutélaire de Babylone, au-dessus des autres divinités mésopotamiennes, ainsi que la création du monde et de l'homme. Il existe diverses versions de Enûma Elish. L'épopée débute avec le récit de la conception par Apsû (dieu de l'eau douce) et Tiamat (déesse de l'eau salée) des premières divinités. Trois générations de dieux vont ainsi se succéder. Cependant, les derniers nés, bruyants et perturbateurs, attirent la colère d'Apsû. Celui-ci, avec l'aide de son conseiller Mummu, décide de les détruire. Ea (Enki), l'un d'entre eux, apprend le complot et décide de le déjouer. Il plonge Apsû dans un profond sommeil, le tue et enchaîne Mummu. Enfin débarrassé de ses ennemis, le dieu Ea engendre un fils, Mardouk qui, dès sa naissance, est supérieur aux autres dieux. De nouvelles perturbations provoquées par la naissance de Mardouk attisent la colère de certains dieux. Ces derniers parviennent à persuader Tiamat de venger la mort de son époux Apsû en les aidant à détruire les fauteurs de troubles. Tiamat crée alors une armée de monstres et en donne le commandement à Kingu. Dans l'autre camp Mardouk accepte finalement de combattre Tiamat en échange de la place la plus élevée dans la hiérarchie des dieux. Mardouk parvient à tuer Tiamat et, avec sa dépouille, il crée le monde. Après le passage manquant, qui figurait sur la cinquième tablette, Mardouk décide de créer l'homme pour qu'il serve les dieux. Ea tue Kingu et avec son sang crée l'humanité. Le texte se termine par cinquante noms donnés à Mardouk et par un appel aux hommes à le vénérer.


Léthal, e ou létal, e (adj.) : du latin letalis, lui-même de letum, leti, « la mort ». Mortel, qui cause la mort.


Opime (adj.) : Ops est la déesse romaine de l'Abondance. Ses fêtes, les Opalia, le 19 décembre, et les Opiconsivia, le 25 août, étaient proches des fêtes de Consus, le dieu de l'engrangement des récoltes. Comme sa fête de décembre était aussi proche des Saturnalia, elle était couramment associée à Saturne et, comme celui-ci était identifié au Cronos grec, elle fut identifiée à Rhéa, la compagne de Cronos. Son lieu de culte le plus ancien était une chapelle dans la Domus Régia, ou ancien palais royal, où n'étaient admis à célébrer son culte que le pontifex maximus accompagné des Vestales. On y célébrait la fête des Opiconsivia en août. La déesse possédait également sur le forum une area avec un autel sur lequel on sacrifiait lors des Opalia en décembre. Un temple lui fut dédié sur le Capitole au milieu du IIe siècle av J.-C. et, à l'époque d'Auguste, un nouvel autel lui fut dédié sur le forum. On y sacrifiait lors des Volcanalia, le 23 août, sans doute pour sauvegarder les récoltes des incendies.


La déesse Ops a donné les adjectifs opulent, c'est-à-dire ce qui possède en abondance les biens de la terre, et également opime dans les expressions victimes opimes (celles qui sont les plus grasses), choses opimes (celles qui sont magnifiques et considérables), ou encore dépouilles opimes (le nom donné aux dépouilles qu'un général en chef du peuple romain a enlevées à un général en chef des ennemis, fait extrêmement rare puisque ce cas n'est arrivé que trois fois en cinq cent trente ans : les premières dépouilles opimes furent enlevés par Romulus (il écrasa les soldats de Caenina et tua leur chef Acron), les secondes par le consul Cossus Cornelius (il apporta, en 317 av. J.-C., les dépouilles du Roi de Véies, Tolumnius), et les troisièmes par M. Claudius Marcellus (il offrit à Rome celles de Viridomar, roi des Gaulois Gésates) ; elles furent toutes suspendues dans le temple de Jupiter Férétrien. Feretrius est l'un des épithètes du dieu romain Jupiter. Dès l'Antiquité, plusieurs explications furent avancées sur la signification de l'épithète Feretrius : il dériverait de fero, feretrum, le cadre sur lequel les dépouilles opimes étaient fixées, ou de ferre pacem, ou encore de ferire, deux termes utilisés dans le sens de porter des coups dans la bataille, ou frapper un ennemi. A rapprocher du rituel foedus ferire qui consistait en l'immolation d'un ennemi pour conclure un traité. Jupiter Férétrien fut assimilé à Jupiter Lapis (de lapis, « pierre »). En effet, dans le temple de Jupiter Férétrius était conservé le silex qui servait à préparer les dépouilles opimes.

Genitrix ou Genetrix : terme latin qui signifie « mère », Cybèle. Genetrix frugum, mère des moissons (Cérès) – Ovide, Métamorphoses, 5, 490.

Canopée (n.m.) : la canopée désigne l'étage supérieur de la forêt en contact direct avec l'atmosphère libre. Le mot est une traduction de l'anglais canopy, lui-même emprunté au vocabulaire de l'ameublement : c'est le ciel de lit ou baldaquin. D'invention récente, le mot canopée s'est imposé dans le cadre de l'étude écologique des forêts tropicales humides lorsque les chercheurs ont engagé des moyens spécifiques pour les explorer.

Nixe (n.f.) : de l'allemand Nix. La Nixe est un génie ou nymphe des eaux dans la mythologie germanique, parent en France de l'ondine. Charmant les humains à l'aide de musique lors des bals de nuit, la Nixe les attirait dans l'eau, où ils se noyaient. On l'appelle aussi La Dame des eaux.

On reconnaît les Nixes à l'ourlet du bas de leur robe qui demeure mouillé. Cependant, grâce au pouvoir bénéfique de leurs larmes, un bain dans l'étang d'une Nixe à l'équinoxe de printemps apporte beauté et éternelle jeunesse.

Décumane (adj) : pour connaître le sens de ce mot, il faut avoir une idée de la construction d'un camp militaire romain :

On creusait d'abord un fossé en forme de rectangle. Avec la terre retirée du fossé, on montait un remblai. Sur ce remblai, on dressait une palissade de pieux. Dans la palissade, on pratiquait quatre ouvertures :

la porte prétorienne, orientée vers l'ennemi ou vers l'est
la porte décumane, à l'opposé de la porte prétorienne
la porte principale de droite
la porte principale de gauche

Chacune de ces ouvertures était gardée jour et nuit. Au centre du camp, on dressait la tente du général : le prétoire.  En face du prétoire, l'autel des sacrifices. À gauche du prétoire, la questure où se ravitaillent les soldats. Dans la questure, l'augurale qui abritait les poulets sacrés. À droite du prétoire, le forum où se rassemblaient les soldats. Dans le forum, le tertre d'où le chef haranguait ses troupes. De la porte prétorienne au prétoire s'étendait la voie prétorienne. Du prétoire à la porte décumane s'étendait la voie décumane. Entre les deux portes principales s'étendait la voie principale. L'état-major logeait le long de la voie principale. Les dix cohortes de fantassins logeaient le long de la voie décumane, tandis que les cavaliers logeaient le long de l'intervalle. Le reste des tentes était occupé par les alliés.
La composition de l'armée :

La légion : elle était composée de citoyens romains et, plus tard, de mercenaires. Elle comprenait :

l'infanterie lourde :


4200 à 6000 hommes divisés en 10 cohortes
chaque cohorte comprend 3 manipules
chaque manipule comprend 2 centuries
 
les troupes légères : commandos volants
 
la cavalerie :

divisée en ailes de 300 à 500 hommes
chaque aile comprend 10 turmes
chaque turme comprend 3 à 5 décuries
une décurie = une dizaine d'hommes

Les soldats juniors (17 à 45 ans) étaient envoyés au front. Les soldats seniors (45 à 60 ans) gardaient la ville. La mobilisation se faisait par tirage au sort.

Les armes et l'équipement

Les armes défensives étaient :


le cassis ou le galea, casque de métal ou de cuir
la lorica, sorte de cuirasse en métal
le scutum, long bouclier rectangulaire
les ocreae, les jambières

Les armes offensives étaient :

le gladius, le glaive
le pilum, le javelot
la hasta, la lance
la sagitta, la flèche
L'équipement comprenait :
la subarnale, une tunique
le sagum, le manteau
les caligae, sandales à courroies

Apollon Loxias : le matin du jour où elle allait prophétiser, la Pythie se rendait dès l'aurore à la source de Castalie pour s'y purifier. Elle buvait à l'autre source sacrée, la source Cassotis, et mâchait des feuilles de lauriers. Un prophète et plusieurs hosioi ou prêtres (du grec ancien ‘όςιος –singulier –« prêtre » ;‘όςιοι- pluriel, « prêtres »), après s'être purifiés à la source de Castalie, conduisaient la Pythie en procession jusqu'à l'adyton ou sanctuaire (du grec άδυτον – « tout lieu dont l'accès était interdit aux profanes ») du temple d'Apollon. C'est là que se trouvait le trépied sacré qui était censé être le trône du dieu. La Pythie s'asseyait dessus, prenant ainsi la place d'Apollon. Le trépied surmontait l'ouverture de la faille (chasma gês, χάσμα γής, littéralement « le gouffre de la terre ») sur laquelle se trouvait aussi l'omphalos ('όμφαλος, littéralement « le nombril », « le centre du l'univers), le tombeau de Dionysos et la statue d'or d'Apollon. Le consultant, à son tour, était amené en procession à l'adyton et placé à un endroit d'où il ne voyait pas la Pythie, qui était séparée de lui par une tenture. Entre-temps, les prêtres avaient préparé la victime et allumé le feu sur le grand autel, offrande de la cité de l'île de Chios (île séparée de la Turquie de nos jours d'un détroit de 7 km), devant le temple d'Apollon. Les délégués des cités grecques et les particuliers se réunissaient, dans une atmosphère de recueillement et de vénération, à l'extérieur du temple, autour de l'autel, et attendaient leur tour. Les Delphiens passaient les premiers. Suivaient les représentants des cités, qui avaient le droit de promantie (du grec pro- πρό, « devant » et mantie – μαντεία, « divination, prédiction, oracle), c'est-à-dire ceux qui avaient le droit de passer en premier lors de la divination, et enfin les autres dans l'ordre déterminé par le tirage au sort.

Les consultants formulaient leur demande oralement ou par écrit à l'un des prophètes, qui en donnait lecture à la Pythie. Celle-ci, invisible de tous, hypnotisée par la mastication des feuilles de lauriers, l'encens et les effluves de soufre de la faille, répondait à l'aide de mots inarticulés et de cris incompréhensibles. L'interprétation des paroles de la Pythie était inscrite en vers par le prophète et c'est cette réponse écrite que le consultant emportait avec lui. C'était une réponse obscure et ambiguë, que les fidèles interprétaient à leur convenance. Et c'est seulement lorsque le sort venait les contredire qu'ils comprenaient le vrai sens de la prophétie.
Ainsi s'explique l'épithète d'Apollon Loxias, littéralement l'Oblique, l'Ambigu).

Arapèdes ou patelles (n.f.) : gastéropodes de quelques centimètres qui broutent la couche algale recouvrant les rochers. Les arapèdes retournent toujours vers leur lieu de départ, où leur coquille a usé une rainure circulaire dans la roche. Lorsqu'elles se fixent à la pierre à l'aide de leur pied musclé, leur coquille s'encastre dans cette rainure, ce qui leur évite de se dessécher. Par ailleurs, aucune vague ne peut réussir à les déloger.


Sed nihil dulcius est bene quam munita tenere… : Lucrèce, Rerum naturae, Livre VII, 7-15