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uabi - français / anglais

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PUABI

Tu dors, ô reine, tu dors

Entourée d’une profusion

D’objets d’une inestimable valeur !

 

Toi et tes cinquante-deux serviteurs,

Plongés dans la plus pure solitude,

 

Ô solitude, toi qui as su

Forger et refermer

Le cercle d’or de la mort

Autour du cœur froid de la Dame d’Ur !

 

Elle ne connaîtra plus jamais

La chaste douceur d’un baiser,

Aucun suave rayon de la lune

Ne viendra égayer le saphir des ses yeux !

 

Ô reine, ô vierge beauté,

À quoi bon tous ces vertigineux trésors

Qui ornent ta somptueuse tombe :

Coupes et coiffure incrustées

De fines feuilles d’or et de pierres précieuses,

Colliers, bagues, poitrails, ceintures,

Anneaux, plats et ustensiles de cuisine

Artistement ouvragés,

Char orné de têtes de lionnes en argent !

 

Et cette harpe splendide

Où, nostalgiques,

Couraient tes doigts de jaspe.

 

Toutes ces ineffables richesses

Peuvent-elles à présent

Offrir une gorgée de fraîcheur

À ta vie éteinte à jamais ?

 

Ô temps qui t’enfuis,

Léger comme les ombres

Qui courent derrière les pas rapides du soleil !

 

Ô ma jeune reine,

Laisse-moi murmurer des mots immortels

À ta petite oreille blanche, pointue, transparente,

Laisse-moi réchauffer de mes larmes errantes

La peau translucide de ton visage,

Pure image de la vraie beauté céleste !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 8 août 2019

 

Glose :

 

Puabi ou Pû-abi (en akkadien : Parole de mon père), était une personnalité importante de la cité sumérienne d'Ur durant la Première dynastie d’Uruk (entre 2750 et 2550 av. J.-C.).

Appelée communément la Dame d'Ur ou la Reine Puabi, des  sceaux cylindriques trouvés dans sa tombe lui donnent le titre de nin ou eresh, mot sumérien signifiant reine, dame ou prêtresse. Son statut exact est donc incertain. Sa tombe indique en tout cas qu'elle avait un statut important : elle pouvait être une reine, et/ou une grande prêtresse du temple du grand dieu d'Ur, le dieu lune Nanna (fonction qui fut souvent exercée par des princesses aux époques postérieures).

L'archéologue britannique Leonard Woolley fit la découverte de la tombe de Puabi, qui fut dégagée par son équipe parmi près de 1 800 autres tombes dans le Cimetière royal d’Ur entre 1922 et 1934. La tombe de Puabi était clairement unique parmi les autres tombes, non seulement en raison de la quantité des objets et de l'état de leur conservation, mais aussi parce qu’elle fut préservée des pilleurs durant les millénaires.

Puabi fut ensevelie avec 52 serviteurs, supposés s'être empoisonnés eux-mêmes pour servir leur maîtresse dans l'au-delà. Ils tenaient généralement une petite coupe qui a sans doute contenu le poison qu'ils s'étaient administrés. La valeur des objets trouvés dans la tombe de Puabi est stupéfiante : une magnifique coiffure en feuilles d'or et pierres précieuses, des colliers, poitrails, ceintures en or et en pierres précieuses, coupes en or, anneaux, bagues, plats et ustensiles de cuisine, ainsi qu'une superbe harpe ornée d'une tête de taureau incrustée d'or et de lapis-lazuli et un char orné de têtes de lionnes en argent.

Poitrail (n.m.) : du latin pectorale, « cuirasse » le sens ici. Partie du harnais d'un cheval placée sur le poitrail. Poutre formant linteau de grande portée.

 

ENGLISH :

 

Puabi

 

You sleep, O queen, you sleep

amid a profusion

of priceless objects!

 

You and your fifty-two attendants,

plunged into the purest solitude,

O solitude, you who were able

to forge and close

the gold circle of death

around the cold heart of the Lady of Ur!

 

She will never know again

the chaste sweetness of a kiss,

no sweet moonbeam

will come to brighten the sapphire of her eyes!

 

O Queen, O virgin beauty,

what is the use of all these dizzying treasures

gracing your sumptuous tomb:

goblets and headpiece encrusted

with fine gold leaves and precious stones,

necklaces, rings, breastplates, belts,

jewellery, plates and artistically tooled

kitchen utensils,

a chariot adorned with silver lionesses’ heads!

 

And this magnificent lyre,

over which, full of nostalgia,

you ran your jasper fingers.

 

All these extraordinary riches

can they now

offer even one mouthful of freshness

to your life extinguished for ever?

O time that flies,

weightless as the shadows

that run behind the rapid steps of the sun!

 

O my young queen,

let me murmur immortal words

into your small ear, white, pointed and transparent,

let me warm again with my vagabond tears

the translucent skin of your face,

the pure image of true heavenly beauty!

 

 

Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton odges

 

Mis à jour ( Samedi, 10 Août 2019 15:43 )