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Bijin-ga- français

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BIJIN-GA

 

Vous, élégantes femmes,

Vous, tendres fleurs

De l’Empire du soleil levant !

 

Ô merveilleux peintres

Mains d’aurore, esprit de cristal,

Vous qui étonnez mon âme

Jusqu’à l’écrasement,

Une fois rompu le silence soyeux des mots,

Vous qui possédez l’art sublime

De signifier le monde par la beauté !

 

Cet insoutenable éclat des lignes,

L’orgueil souverain des poses,

L’échange intime et perpétuel

Entre la finesse des éblouissantes estampes,

Les fastes déploiements du monde

Et les choses transitoires !

 

Ô tentatives extrêmes de l’esprit,

Dessins accumulateurs du savoir,

Images saisissantes des figures humaines !

 

Que faire de toute cette splendeur ruisselante

Des gracieuses jeunes filles de vos dessins,

De leurs attitudes toutes vierges,

De l’épaisseur limpide de leurs gestes,

De la puissance suréminente de leurs sourires ?

 

Ô Utamaro, comment préserver nos cœurs

Et notre intelligence devant tant de nouveaux

Éblouissements de ton envoûtant pinceau

Si pur, si éthéré, si remarquablement précis ?

 

Ô douleur que la poésie abolit,

Temps qui passe, identité qui demeure !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 24 juin 2019

 

Glose :

Les bijin-ga (japonais :美人画, « peintures de belles personnes », le terme bijin (美人) d'étymologie chinoise, signifiant morphologiquement « belle personne », mais s'appliquant principalement aux femmes), constituent l'un des grands genres de la peinture et de l’estampe japonaises ukiyo-e.

 

Il s'agit bien souvent de la représentation de courtisanes, parfois de courtisanes célèbres nommément identifiées et célébrées pour leur beauté.

Avec les portraits d'acteurs de kabuki, les bijin-ga constituent l'un des sujets majeurs de l’ukiyo-e. Dans le cas des portraits d'acteurs de kabuki (yakusha-e), il s'agissait, un peu, comme les « programmes » de théâtre ou d'opéra que l'on rencontre aujourd'hui, de commémorer non seulement un acteur donné dans une pièce, mais aussi parfois une représentation précise de cette pièce.

Dans le cas des portraits de courtisanes ou de jolies femmes célèbres, il s'agissait de permettre à la classe moyenne qui se développait alors au Japon d'avoir une image de l'une de ces beautés qu'il avait bien peu de chances de pouvoir jamais côtoyer. À l'époque d'Utamaro, il était fréquent que toutes les belles femmes soient nommément désignées sur les estampes qui les représentaient. Mais les édits de censure allèrent, à partir de 1793, jusqu'à interdire de faire figurer leur nom, à la seule exception des courtisanes du Yoshiwara. Ce qui donna lieu à un nouveau jeu intellectuel pour des artistes tels qu'Utamaro, qui continua à faire figurer le nom de l'intéressée… sous forme de rébus. Mais la censure réagit dès le 8e mois de 1796, en interdisant de tels rébus.

Certaines des modèles préférées d'Utamaro sont restées des bijin célèbres.

En effet, Utamuro s'enorgueillissait de saisir mieux que tout autre peintre japonais la vérité psychologique de ses modèles, que l'on retrouve de façon récurrente dans son œuvre.

C'est le cas notamment de Naniwaya Okita, de la courtisane Hanaôgi, appartenant à la maison Ōgiya, ou encore de Tomimoto Toyohina ou de Takashima Ohisa.

Kitagawa Utamaro (v. 1753 - 31 octobre 1806) est un peintre japonais, spécialiste de l'Ukiyo-e. Il est particulièrement connu pour ses représentations de jolies femmes, mais son œuvre comprend également de nombreuses scènes de nature et d'animaux

L'ukiyo-e (浮世絵?, terme japonais signifiant « image du monde flottant ») est un mouvement artistique japonais de l'époque d’Edo (1603-1868) comprenant non seulement une peinture populaire et narrative originale, mais aussi et surtout des estampes japonaises gravées sur bois.  .

Après des siècles de déliquescence du pouvoir central suivis de guerres civiles, le Japon connaît à cette époque, avec l'autorité désormais incontestée du shoguat Tokugawa, une ère de paix et de prospérité qui se traduit par la perte d'influence de l'aristocratie militaire des daimyos et l'émergence d'une bourgeoisie urbaine et marchande. Cette évolution sociale et économique s'accompagne d'un changement des formes artistiques, avec la naissance de l’ukiyo-e et les techniques d'estampe permettant une reproduction sur papier peu coûteuse, bien loin des peintures telles que celles de l'aristocratique Kanô.

Les thèmes de l’ukiyo-e sont également tout à fait nouveaux, car ils correspondent aux centres d'intérêt de la bourgeoisie : les jolies femmes et les oiran (courtisanes) célèbres, les shunga, le théâtre kabuki et les lutteurs de sumo, les yôkai (créatures fantastiques), les egoyomi (calendriers) et les surimono (cartes de vœux), le spectacle de la nature et des meisho-e (lieux célèbres).