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Ivre de rêverie - français / anglais

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IVRE DE RÊVERIE

« Lampe d’argent au ciel pendue,
De qui le pâle feu nous luit »

Martial de Brives

Ivre de rêverie s’écoule la haute nuit,

La joie subite d’un envol,

Des gestes devenus pure hésitation,

La discrétion des secrets !

 

Âme, ne t’attarde pas dans les champs,

Fuis les draps mortuaires de la peur

Reviens à l’ordonnance impeccable des songes,

Peut-être n’était-ce pas le lieu idéal !

 

L’écoulement des heures,

Les mystères de nos paroles

Et les lèvres qui ne se lassent pas de répéter

La musique des vieux silences !

 

Vagues pérégrinations,  ultime équilibre,

Le petit vent qui effeuille

Le livre des prières des arbres !

 

Quelque part, les cris de la vigie,

Les oiseaux qui se promènent dans les rêves,

Quelque chose d’imprécis comme l’amour

Et nul ne sait à quoi servent ces poèmes !

 

Viens, ô toi jour, fleur du soleil,

Ferme les pages des étoiles plénières !

 

Derrière les auvents,

Ivre de rêverie s’écoule la haute nuit !

 

Athanase Vantchev de THracy

 

Haskovo, le 9 juin 2019

 

Glose :

Martial de Brives (1600 ? – 1653) : prédicateur, capucin, poète baroque français. Du père Martial de Brives, on ne sait pratiquement rien, si ce n'est qu'il devint capucin après avoir fait des études brillantes à Toulouse, et que sa santé fragile le fit se tenir à l'écart du monde. Il consacra l'essentiel de son temps à la méditation et à la poésie, et ses œuvres, toutes d'inspiration spirituelle, d'abord publiées de façon incomplète en 1653, furent rassemblées en 1660 après sa mort dans un recueil, Le Parnasse séraphique. L'essentiel en est constitué par des paraphrases de psaumes. Mais la façon dont Martial de Brives procède tient moins de la forme habituelle de la paraphrase, que d'une manière toute personnelle de broder librement, en laissant proliférer les images, qui prennent une sorte de vie autonome et semblent perdre de vue le texte originel pour vivre de leur vie propre. La méditation sur le texte sacré suscite ainsi une profusion ornementale, où l'on a vu longtemps complications gratuites et afféteries poussant la recherche à l'excès, mais dont la clef est à chercher dans la finalité même de l'écriture : émerveillé par la grandeur de Dieu et par la beauté de l'univers, le poète tente par les images d'en saisir et d'en traduire l'essence. La création poétique — et c'est ce qui la justifie — se veut glorification de la Création divine.

 

Vigie (n.f.) : de vigia, de vigiar, « veiller ». À bord d'un navire, homme de veille dans une hune ou le nid-de-pie, qui était chargé de surveiller tout l'horizon.

Homme qui était chargé à terre de surveiller le large et de faire des signaux.

Auvent (n.m.) : antien provençal amban, retranchement, peut-être du gaulois [andebanno, corne. Petit toit en saillie, servant à garantir de la pluie. Avancée de toile destinée à protéger l'entrée d'une tente.          Abri en paillasson ou en bois, placé en haut d'un mur d'espalier pour le garantir du vent.

ENGLISH :

Drunk on Reverie

‘Silver lamp hanging from the ceiling

Whose pale flame shines upon us’

Martial de Brives

 

Drunk on reverie, the lofty night flows away!

 

The sudden joy of a flight,

gestures become pure hesitancy,

the discretion of secrets!

 

Soul, don’t linger in the fields,

flee the winding sheets of fear,

return to the impeccable order of dreams,

perhaps this wasn’t the ideal place!

 

The hours flowing by,

the mystery of our words

and these lips which never tire of repeating

the music of old silences!

 

Vague peregrinations, ultimate balance,

the slight breeze which blows the leaves

from the prayer book of the trees!

 

Somewhere, the cries of the watchman,

the birds walking in dreams,

something imprecise like love

and no one knows what poems are for!

 

Come, O day, you, flower of the sun,

close the pages of the plenary stars!

 

Behind the porch roof,

drunk on reverie the lofty night flows away!

 

 

Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges

Mis à jour ( Mardi, 11 Juin 2019 20:11 )