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Des brusques sursauts de nostalgie - français

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DES BRUSQUES SURSAUTS DE NOSTALGIE

« Âme toute profonde, écoute et reçois Apollon ! »

Paul Valéry, Amphion

 

Cette après-midi, assis sur la véranda

De la maison ourlée de la lumière jaune ocre du jour,

Dans ma longue robe  de chambre rouge sombre

Je suis comme un buisson ardent

En face du fleuve éminemment safre du ciel.

 

Des mots, ombres tremblantes d’un vert d’eau

Rôdent dans le jardin silencieux.

Des couleurs échappées des parterres fleuris

Courent, en riant, dans les rues de la ville.

 

Derrière moi, toute la profondeur du temps

Frissonne, s’étire et s’efface lentement,

Patiemment, intimement !

 

Allongée sur une chaise-longue à côté de moi,

Ta douce respiration m’aide à penser,

Que dis-je, à aimer passionnément le monde.

 

L’empire de lierre sombre,

Conquis par le chœur trépident des mésanges,

Porte tout le poids de la clarté

Sur l’imperceptible balancement de ses feuilles !

 

Ô vie, toi et moi, devant la face mauve

De la nuit qui nous invite à entrer,,
Nos doigts desserrés,
Dans la grave intimité du silence !

 

Athanase Vantchev de Thracy

Haskovo, le 26 avril 2019

Glose :

 

Amphion : mélodrame du poète, écrivain et philosophe français  Paul Valéry (né à Sète le 30 octobre 1871 et mort à Paris le 20 juillet 1945), musique du compositeur suisse Arthur Honegger (né au Havre le 10 mars 1892 et mort à Paris le 27 novembre 1955), représenté pour la première fois à l’Opéra de Paris le 13 juin 1931 et au Covent-Garden le 13 juillet 1931.

L'œuvre a pour thème le mythe d'Amphion, fils de Zeus et d'Antiope. Si Paul Valéry conserve des éléments du mythe comme la musique qui demeure le personnage principal du récit ou la ville de Thèbes, il introduit des éléments nouveaux comme la Mort personnifiée.

Ni homme ni dieu, barbare et sauvage, Amphion reçoit la lyre d'Apollon et fait naître la musique, et, de la musique, un temple. Les pierres s'assemblent par miracle pour former l'édifice sorti du néant par la grâce des notes. Le mythe relate qu'Amphion tue sa mère et bâtit les murailles de Thèbes avec sa lyre et sa flûte. Valéry conserve la lyre et remplace les remparts par le temple.

La seconde partie voit apparaître les Muses qui figurent les colonnes du temple dominant la ville de Thèbes. Le héros Amphion est loué pour ses talents mais au moment d'approcher du temple, une femme voilée « L'Amour de la Mort » s'empare de la lyre qu'elle jette dans la fontaine et entraîne Amphion avec elle dans le néant.

Safre (n.m.) : du latin sapphirus, « saphir ». Safre désigne une couleur. Soit  un bleu saphir, soit un smalt : dans l’Encyclopédie d’Alembert, le smalt (ou safre) désigne un cobalt transformé par calcination qui est mêlé à du sable et forme après frittage, un verre bleu foncé qui est appelé azur ou émail à quatre feus.