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LI QINGZHAO - français / anglais

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LI QINGZHAO


Vous, voix secrètes des choses

Qui prolongez leur existence

Jusqu’aux frontières de l’éternité !

 

Neige pure des mots, neige couchée

Sous les branches accueillantes

Des antiques sapins

Où dorment les vents

Dans leur ultime pauvreté !

 

Maisons où le rire est absent,

Regard qui se noie dans le regard !

 

Li Qingzhao, toi, âme amoureuse de l’âme,

Tu poses ta face sur les épigraphies

De Zhao Mingcheng

Pour entendre battre le cœur de ton époux.

 

J’écoute, penché sur les siècles,

Tes chants arborescents : ci, shi et fu,

Palais somptueux de ta parole.

Qui mieux que la poésie

Peut glorifier la grasse chaleur de l’amour

Et pleurer la sueur froide  de la mort ?

 

Ô mutation permanente

Des vies et des fleuves,

Pages calligraphiées des nuits,

Respiration profonde des astres

Qui content la grande histoire

Sacrificielle du monde !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Haskovo, le 24 avril 2019

Glose :

Li Qingzhao (chinois 李清照), née en 1084, morte vers 1151, est une poétesse chinoise de l’époque de la dynastie Song (960 1279). Elle est considérée comme l'un des maîtres du poème chanté (ci).

Li Qingzhao reçoit une éducation qui lui donne des connaissances érudites, en histoire, en poésie, en calligraphie, en musique, en chant. Elle commence à écrire des poèmes très jeune. Dès l'âge de dix-sept ans, son talent poétique est admiré dans l'entourage de son père, haut fonctionnaire de l’empire.

En 1099 Li Qiangzhao épouse Zhao Mingcheng. Ce dernier laissera un nom dans l'histoire en tant qu'épigraphiste, connu pour son Recueil d'épigraphie sur métal et sur pierre en trente volumes. Ce recueil est accompagné d'une postface de Li Qingzhao, l'une des sources les plus importantes sur la vie de la poétesse.

À l'occasion de la première absence de son mari, en voyage, Li Qingzhao lui révèle son talent poétique : elle lui envoie en effet un poème qui provoque son admiration. Elle participe aussi aux travaux d'érudition de son époux. Cette activité et la composition de poèmes se poursuivent jusqu'en 1128. Le couple est uni, en dépit de difficultés matérielles qui perdurent, malgré la nomination en 1101 de Zhao Tingzhi, son beau-père, au poste de Premier ministre.

Même si le couple vit en harmonie, leurs deux familles n'en sont pas moins divisées. Zhao Tingzhi, Premier ministre, appartient en effet au clan réformateur, tandis que Li Gefei, le père de la poétesse, appartient à celui des conservateurs, ce qui lui vaut une disgrâce en 1102.  En 1106, Li Gefei est de retour à Kaifeng, la capitale de la dynastie. La période qui suit est la plus heureuse de la vie Li Qingzhao.

L'installation de la dynastie des Jin (1115-1234) dans le nord de la Chine marque le début des malheurs de la poétesse. La prise de la capital Kaifeng en 1126 par les Jurchen provoque un exode vers le Sud dans lequel est entraînée Li Qingzhao, qui rejoint son époux à Nankin.

Li Qingzhao réside de 1129 à 1131 dans une dizaine de villes, avant de s'installer à Hangzhou, la nouvelle capitale, où elle reste jusqu'en 1134. Elle rejoint ensuite son frère à Jinhua (Zhejiang). La fin de sa vie est mal connue et la date de sa mort peu sûre. Elle se serait remariée à un dénommé Zhang Ruzhou durant cette période, et aurait divorcé par la suite.

Li Qingzhao est l'auteur de soixante poèmes chantés (ci), de dix-neuf poèmes classiques (shi) et de deux fu.

Au travers de son œuvre poétique, toute consacrée à son mari, et notamment à son souvenir après la mort de celui-ci, Li Qingzhao est l'image même du personnage de la veuve inconsolable. Son désespoir a fait de Li Qingzhao l'un des plus grands poètes des Song.

 

Arborescent, arborescente (adj.) : du latin arborescens, du verbe arborescere, « devenir arbre »..Qui prend la taille, l'apparence d'un arbre. Fougères arborescentes.Dont la forme rappelle un arbre.

 


ENGLISH :

Li Qingzhao

You, secret voices of things

prolonging your existence

to the very edge of eternity!

 

Pure snowfall of words, snow lying

beneath the welcoming branches

of ancient firs

where the winds sleep

in their ultimate poverty!

 

Houses where there is no laughter,

eyes that drown in anothers’ eyes!

 

Li Qingzhao, you, soul who loved the soul,

you lay your face upon the Epigraphies

of Zhao Mingcheng

to hear your husband’s beating heart.

 

Poised above the centuries, I listen

to your poems like branching trees: ci, shi and fu,

the richly appointed palace of the word.

 

Who better than Poetry

to glorify the fleshly warmth of love

and mourn the cold sweat of death?

 

O permanent transmutation

of lives and rivers,

calligraphy upon the pages of the night,

deep breath of the stars

recounting the grand sacrificial

story of the world!

 

Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges

Mis à jour ( Jeudi, 25 Avril 2019 18:33 )