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Deux amétrines - français / anglais

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DEUX AMÉTRINES

I.

 

Ô Astre d’Orient,

Ô Oum Kalthoum !

 

Cette voix de profond velours cramoisi,

Cette vie tendue comme une corde émeraude,

Ces notes vertigineuses, étoiles rouges

D’une grenade bien mûre !

 

Toi, un brasier vivant,

Une ferveur tragique,

Une incandescente vivacité !

 

Chanter comme respirer,

Chanter comme vivre !

 

Ô Femme immortelle,

Ô royaume des morts évaporés

Devenus rosée de vies pures !

 

Ô Oum Kalthoum !

II.

Je te chante ce soir, reine du Pays de Dieu,

Maîtresse solaire de la Ville ocre,

Je te glorifie

Appuyé contre l’éclat rose du printemps,

Toi Zaynab Nefzaouia, impératrice de Marrakech,

La cité aimée des anges

Qui s’étale, fière et heureuse, au pied même

Des épaisses neiges de l’Atlas

Qui irriguent d’eau vierge

Sa magnifique plaine généreuse !

 

Toi, Zaynab, étoile du matin, clair de Femme,

Toi, avec ta tenace fidélité et ton flamboyant amour

Pour l’empereur Youssef Ibn Tachfin,

L’invincible conquérant d’Afrique et d’Andalousie,

Toi, superbe dans ta perpétuelle intégrité

Qui a transformé le vide obstiné de la campagne

En une des plus magiques cités de la Terre,

Surgie au milieu de la danse fervente

De la grande chaleur du Sud !

 

Ô Zaynab Nefzaouia, une rivière de beauté

Coulait dans ton sang altier,

Elle coule et brille encore cette blanche rivière

Sur les faces radieuses

Des merveilleux enfants de Marrakech !

Glose :

Amétrine (n.f.) : pierre fine, jaune à violet profond, mélange entre améthyste et citrine.

 

Oum Kalthoum ou Oum Kalsum (1898-1975) de son nom complet Umm Kulthūm Ibrāhīm al-Sayyid al-Biltāgī, surnommée l’«Astre d’Orient », est une chanteuse, musicienne et actrice égyptienne née à Ṭamāy al-Zahāyira (Gouvernorat de Daqahliyya, District de Simballāwayn, Égypte dans une famille pauvre de trois enfants. Sa sœur aînée Sayyida est alors âgée de dix ans et son frère Khalid d'un an. Sa mère, Fatma al-Malījī, est femme au foyer et son père, al-Shaykh Ibrāhīim al-Sayyid al-Baltājī, est imam. Afin d'augmenter les revenus de la famille, il interprète régulièrement des chants religieux (anāshīd) lors de mariages ou de diverses cérémonies dans son village et aux alentours.. La famille vit dans la petite ville d'al-Sinbillawayn, dans le delta du Nil.  

C'est en écoutant son père enseigner le chant à son frère aîné qu'Oum Kalthoum apprit à chanter et retint ces chants savants par cœur. Lorsque son père se rendit compte de la puissance de sa voix, il lui demanda de se joindre aux leçons. Très jeune, la petite fille montra des talents de chanteuse exceptionnels, au point qu'à dix ans, son père la fit entrer, déguisée en garçon, dans la petite troupe de cheikhs (au sens de chanteurs du répertoire religieux musulman) qu'il dirigeait pour y chanter durant les  Mawlid (anniversaire du Prophète et des saints locaux) et d'autres fêtes religieuses. À seize ans, elle fut remarquée par un chanteur alors très célèbre, Cheikh Abou El Ala Mohamed, qui la forma et attira son attention sur la nécessité de comprendre les textes. Elle fut également entendue par le compositeur et interprète Zakaria Ahmed qui, comme Abū l-‘Ilā, incita la famille à s’installer au Caire. Elle finit par répondre à l'invitation et commença à se produire – toujours habillée en garçon – dans de petits théâtres, fuyant soigneusement toute mondanité.

Plusieurs autres rencontres jalonnent sa carrière et orientent le cours de sa vie : outre les intellectuels et les notabilités locales, telle la famille ‘Abd al-Razzāq, celle d'Ahmed Rami tout d'abord, un poète qui lui écrira plus d'une centaine de chansons, formera son goût en poésie arabe classique et l'initiera à la littérature française, qu'il avait étudiée à la Sorbonne. Celle du luthiste virtuose et compositeur Mohamed El Qasabji, qui deviendra le luthiste de son orchestre jusqu’à sa mort. En 1932, sa notoriété est telle qu'elle entame sa première tournée orientale dans le Levant et en Irak. Cette célébrité lui permet également, en 1948, de rencontrer Nasser, qui demeurera son admirateur après son accession au pouvoir. Il illustre l'amour de l'Égypte pour la chanteuse, amour réciproque puisque Oum Kalsoum donnera de nombreuses preuves de son patriotisme.

 

Parallèlement à sa carrière de chanteuse, elle s'essaie au cinéma (Weddad, 1936 ; Le chant de l'espoir, 1937 ; Dananir, 1940 ; Aïda, 1942 ; Sallama, 1945 et Fatma, 1947) mais délaisse assez vite le septième art, ses yeux atteints de glaucome ne supportant l’éclairage des plateaux. En 1953, elle épouse son médecin, Hassen El Hafnaoui, tout en incluant une clause lui permettant de prendre l’initiative du divorce le cas échéant.

 

Sa carrière musicale s'étendant du milieu des années vingt au début des années soixante-dix, illustre la modernisation de la musique arabe dont elle est certainement la représentante la plus importante du XXe siècle.

Zaynab Nefzaouia, la reine de Marrakech « dans ce long espace de lumière, borné d’un côté par les neiges, de l’autre par le feu, tout se transforme en une seconde » - c’est ainsi que Zaynab Nefzaouia, fondatrice et reine de la ville ocre décrivait Marrakech, dont elle a choisi le nom et l’emplacement.

 

Figure emblématique de l’histoire du Maroc, elle naît en 1039 à Aghmat, petit village niché dans la vallée de l’Ourika, aux pieds de l’Atlas. Son père, Ishaq Houari, un riche marchand originaire de Kairouan, lui inculque une éducation plutôt avancée pour l’époque. La jeune Zaynab Nefzaouia manifeste très tôt une intelligence supérieure et un goût prononcé pour les débats politiques. Une personnalité teintée d’audace et de perspicacité qui n’est pas sans déplaire à son premier mari, un chef de tribu, qui n’hésite pas à la répudier sitôt le mariage prononcé. Très vite remariée, elle perd aussitôt son deuxième mari. Elle atterrit finalement dans le harem de Abou Bakr qui la cède à son neveu Youssef Ibn Tachfin, fondateur et premier sultan de la dynastie almoravide XIe - XIIe.

Si Youssef Ibn Tachfin est son quatrième époux, il n’en reste pas moins son premier (et dernier) grand amour, malgré une différence d’âge notable (27 ans). Une histoire d’amour fusionnelle qui, toutefois, n’échappera pas à la raison d’Etat.

Car le sultan rêve avant tout de conquêtes et d’empires. Sur les conseils de sa femme, fin stratège, il étire les frontières de son empire de l’Atlantique à la Kabylie; de la Méditerranée au Sénégal en passant par le voisin andalou. Elle a ainsi accompagné son époux dans l’édification de l’empire.

En 1062, alors que Zaynab Nefzaouia doit composer avec un époux va-t-en-guerre, elle s’attèle à concevoir les plans de la ville de Marrakech, contribuant à son expansion et, plus largement, à celle du Maroc. Youssef Ibn Tachfin décède en 1106, entraînant sa veuve dans un profond chagrin jusqu’à sa mort en 1117.

Le nom de Marrakech vient du tamazight (langue berbère) Amur qui signifie « pays » et Akouch qui veut dire « Dieu », ce qui donne « la terre de Dieu ».

C’est aujourd’hui le nom d’une ville mais auparavant c’est le pays qui était nommé Marrakech.

Important :

Le nom français ancien de la ville de Marrakech était « Maroc » et « la ville de Maroc ». La ville a été fondée en 1071 par Youssef Ibn Tachfin, à la tête de l'Empire berbère des Almoravides.  Jusqu'au XXe siècle, le Maroc était connu en Orient sous le nom de Marrakech (appellation toujours d'actualité en Iran) ; le nom Maroc provient lui-même de la déformation de la prononciation portugaise de Marrakech : Marrocos.

 

ENGLISH :

Two Ametrines

 

1.

O Star of the East!

O Oum Kalthoum!

 

The voice of deep crimson velvet,

the life stretched out like an emerald cord,

these dizzying notes, red stars

of a well ripened pomegranate!

 

You are living fire,

tragic fervour,

incandescent vivacity!

 

Singing as breathing,

singing as living!

 

O immortal Woman,

O kingdom of the evaporated dead

become the dew of pure lives!

 

O Oum Kalthoum!

 

2.

I sing you this evening, Queen of God’s Country,

sunlit mistress of the ochre City,

I glorify you

as you stand  before the rose pink radiance of spring,

You, Zaynab an-Nafzawiyyah, Empress of Marrakesh,

the city beloved of the angels,

arrayed, proud and happy, at the very foot

of the deep snows of the Atlas mountains

which irrigate with green waters

its magnificent bountiful plain!

 

You, Zaynab, star of the morning, Woman of light,

You, with your tenacious loyalty and your fiery love

for the Emperor Yusuf ibn Tashfin,

the invincible conqueror of African and Andalusia,

You, magnificent in your boundless integrity

which transformed the stubborn emptiness of the countryside

into one of the magical cities on earth,

emerging within the fervent dance

of the South’s great heat!

 

O Zaynab an-Nafzawiyyah, a river of beauty

ran into your noble blood,

it still flows and shines, this white river,

on the radiant faces

of the marvellous children of Marrakesh!

 

 

Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges

Mis à jour ( Lundi, 15 Avril 2019 21:22 )