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PAIX - mon article pour Haipam Gabriel

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LA MAGIE ÉTERNELLE DE LA PAIX

« La paix est une création continue »

Marc-Aurèle

 

 

« La paix n’est pas l’absence de guerre, c’est une vertu, un état d’esprit, une volonté de bienveillance, de confiance, de justice. »

Spinoza

« Pour faire la paix avec un ennemi, on doit travailler avec cet ennemi, et cet ennemi devient votre associé. »

Nelson Mandela

 

« Que pouvez-vous faire pour promouvoir la paix dans le monde ? Rentrer chez vous et aimer votre famille. »

 

Mère Teresa

 

 

 

 

Paix, paz, pax, pace, mir, eirene, salam… un mot qui se décline dans les 7000 langues et dialectes du monde, et qui semble par là être une aspiration universelle, commune à l’humanité toute entière.

 

Est-il, en effet, mot plus beau que celui-ci, mot simple, bref, aux sonorités apaisantes. Parler de paix, dire simplement le mot, c’est se sentir en harmonie avec les autres hommes, se sentir bien. Mais pourquoi faut-il que ce mot, aspiration de tous, ne soit justement si souvent rien qu’un mot ? C’est que seuls ceux qui perçoivent toute sa beauté, sa profondeur, sa force agissent pour le rendre concret, efficient. De même que le mot chien ne mord pas, le mot paix n’apporte pas forcément celle-ci. Le mot paix n’est qu’un mot sans une volonté agissante et un vrai désir.

 

Qu’est-ce que la paix ? Le mot a tant de définition. Et si la vouloir est inhérent au coeur de l’homme, par quel étrange paradoxe n’est-elle bien souvent qu’un plus ou moins long moment entre deux conflits intenses. Une trêve, est-ce bien la paix, ou seulement son apparence ? Et qu’en est-il de cette paix quand elle n’est que l’issue d’un conflit où l’une des parties est détruite ou humiliée ?

Paix des tombes ou humiliation qui ne crée que du ressentiment des vaincus et peur d’un choc en retour le jour où le vaincu aura repris des forces. Telle était la Pax romana, et en général toutes les paix qui suivent une conquête : Là où ils ont créé un désert, ils parlent de paix. Non, ce n’est pas là la paix. Ce n’est qu’un enfermement, la compression d’un ressort qui finit toujours par se détendre. La paix ne peut exister que sur la base d’un consensus entre égaux.

 

L’histoire de cette paix est longue, et c’est un chemin qui n’a pas de fin. Un chemin ardu, escarpé, trop souvent étroit et bordé de précipices. Au départ, l’idée de paix n’a été qu’une trêve, la trêve de Dieu, sans un véritable esprit de paix, puisqu’il s’agissait souvent pour ceux qui la concluaient de se donner le temps de reprendre des forces et de laisser s’accomplir les travaux des champs sans lesquels on ne peut se nourrir. Mais l’idée étaient généreuse au départ, et certains se sont rendus compte que la paix favorisait parfois plus leurs intérêts que le conflit. La paix permettait une vie plus heureuse, diminuait le danger, favorisait le travail et le commerce. Une nation en paix était plus prospère, un roi pacifique était plus aimé de ses sujets. Certes, cette paix était plus basée sur des intérêts bien compris, et toujours fragile, puisqu’un voisin jaloux ou envieux pouvait la rompre à tout instant. C’est à ce moment qu’est née l’idée que celui qui veut la paix prépare la guerre. Un petit chemin vers la paix, puisqu’à la merci du sentiment qu’il fallait parfois prendre les devants, mais l’idée de paix avait avancé.

 

Très vite, l’idée que le bonheur, fils de la paix, était préférable à une vaine gloire fit son chemin, et on commença à théoriser ce qui n’était qu’une constatation d’une évidence. C’est à ce moment que naquit dans l’esprit de certains philosophes l’idée d’une paix perpétuelle, d’un accord entre nations qui résoudraient leurs différents plus par des arrangements raisonnables que par des conflits armés.

Cette idée de paix sous-entendait la fin de la violence, le refus de l’oppression, l’égalité, la justice et la démocratie. Elle se basait sur l’idée que toutes ces conditions amenaient au bonheur et à la prospérité. Et, en fait, toutes les périodes de paix sont en même temps des périodes de progrès et de coopération entre les peuples. Certes, la paix n’exclut pas la compétition, mais pousse au contraire chacun à mieux faire, à exalter ce qu’il y a de meilleur en lui.

 

Cette paix, qui commence aussi par le refus de la violence, a été génératrice d’avancées énormes que la violence n’aurait pas obtenues. Regardons l’exemple de Gandhi, et plus encore ceux de Martin Luther King ou Nelson Mandela. Nul ne put dire qu’ils n’ont pas lutté, mais ce fut une lutte pacifique. La paix n’a jamais, pour eux, été un chemin de soumission, mais d’affirmation et d’accomplissement. Leur choix de paix a amené ceux qui les combattaient à venir sur leurs positions, à préférer la négociation au conflit.

 

Non, la paix comme moyen n’a pas été la voie la plus rapide, mais, de plus en plus, elle s’avère la plus sûre. La paix favorise la coopération, l’amitié entre les peuples. J’entends par là la vraie paix, non le gel des conflits, pour qui on avait trouvé le mot génial de guerre froide. La paix, c’est aller l’un vers l’autre. C’est passer du conflit, puis de la méfiance, à l’amitié et à la solidarité. Et pas besoin pour cela d’être un puissant. Combien de gens humbles parmi les prix Nobel de la paix, combien de simples militants et militantes pour un monde meilleur, de médecins, d’écologistes, de défenseurs de la terre.

 

Tous nous prouvent que la paix se gagne aussi au jour le jour, qu’elle naît spontanément dans le coeur des hommes. Même au coeur des pires conflits, il peut y avoir des moments de paix, des soldats qui fraternisent dans l’esprit de Noël. Trêve trop brève, certes, mais qui peut parler à l’esprit de tous et montrer que la paix est peut-être l’aspiration ultime de l’homme, celle où il se réalise et devient un meilleur humain, plus fraternel, qui bénéficie de l’expérience de tous et fait bénéficier les autres de la sienne.

 

La paix, au fond, est la voie qui entraîne vers la réalisation d’un homme nouveau et meilleur.

 

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

 

Paris, mars 2019