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Introspection amoureuse - français

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INTROSPECTION AMOUREUSE

Merci, mon Dieu, pour cette fine tristesse

Noyée dans l’or du crépuscule,

Merci pour ces champs où fleurit le genêt,

Où margote la caille bleue

Et roucoule la tourterelle à poitrine rose.

 

Merci, Seigneur, pour cette première étoile

Qui brille sur le velours mauve du ciel somptueux

Comme une immense pierre précieuse !

 

Merci, mon Dieu, pour cette saignante solitude,

Et pour l’étrange joie

Qui se lève dans mon âme

Telle une aube nouvelle.

 

Merci pour cette mélodie dépouillée

De la passacaille

D’Anton Webern !

 

Merci pour l’outrance

Et pour l’exactitude des mots

Que tes anges me dictent !

 

Merci pour l’élégante simplicité

Des alouettes,

Pour la spiritualité, affaire

De verbe et de chair

Au regard du droit canon !

 

Merci, mon Seigneur,

Pour chaque vers,

Cardiogramme fidèle

Des battements de mon sang.

 

Merci

Pour les yeux verts et violets

De l’ange que j’aime,

Pour ces rires évaporés

Et son regard édifié !

 

Merci pour les débordements de ta grâce,

Pour la douleur inéluctable

Et pour cette petite musique de la vie

Sublimement ordinaire

Et d’une allégresse native !

 

Je te remercie, mon Dieu,

Moi, les fils des églises, des vergers,

Des plaines de blé et des lacs !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 11 avril 2019

 

Glose :

Anton Webern (1883-1945) est un compositeur et chef d’orchestre autrichien. Un des premiers élèves d’Arnold Schönberg (1874-1951), il appartient au premier cercle de la Seconde école de Vienne. Son nom à la naissance est Anton Friedrich Wilhelm von Webern, mais il abandonne la particule von en application de la loi autrichienne de 1919.

Né dans une vieille famille noble de Vienne, Anton Webern étudie la musicologie avec Guido Adler (1855-1941) à l'université de Vienne, puis entre 1904 et 1908 il étudie la composition avec  Arnold Schönberg qui eut une grande influence sur sa musique, et se lie d'amitié avec Alban Berg (1885-1935).

En 1906, il obtient son doctorat en musicologie sur le Choralis Constantinus d’Heinrich Isaac (vers 1450 - Florence, 26 mars 1517). Le Choralis Constantinus est une collection de plus de 375 motets polyphoniques à base de chant grégorien destinés à la messe. Il compose un nombre important d'œuvres de jeunesse, puis quelques pièces sous l'influence de Schönberg, mais son catalogue « officiel » débute avec sa Passacaille pour orchestre opus 1 (1908). Il délaisse rapidement la tonalité pour s'engager dans un style de musique atonale libre, en même temps que Schönberg et que Berg.

Le 31 mars 1913, une de ses œuvres (les Six pièces pour un grand orchestre) fait partie du programme d'un mémorable concert qui fut un des scandales les plus retentissants de l'époque. Un an après, la guerre éclate, il est mobilisé. Réformé à cause de sa mauvaise vue, il se met à composer un nombre important de pièces vocales (de opus 12 à opus 19) sur des textes du Knaben wunderhorn (Le cor enchanté du garçon) ou mystiques. Parallèlement, il mène une carrière de chef d'orchestre d'opérettes qui lui causera nombre de déboires tant professionnels que de santé. En 1924, il compose sa première œuvre dodécaphonique - un Kinderstück (Jeux pour enfants) pour piano, qui dès lors deviendra son unique technique d'écriture.

 

En 1926, il fait connaissance à Vienne de la poétesse Hildegard Jone (1891-1963), qui écrira les textes de toutes ses œuvres vocales ultérieures (Lieder opus 23 et 25, Das Augenlicht (La vue) opus 26, Première et seconde cantates opus 29 et 31, ainsi qu'un fragment d'une troisième qui ne verra jamais le jour). Sa carrière de chef d'orchestre prendra une importance grandissante pendant la période sociale-démocrate (austro-marxisme) grâce à l'appui d'un ami de Schönberg, David Josef Bac (1874–1947), devenant malgré lui une des vitrines culturelles de l'austro-marxisme. En février 1934 une série d'émeutes et d'affrontements entre des miliciens nazis et communistes embrase Vienne et Linz. Le chancelier Dollfuss (assassiné six mois plus tard par les nazis) décrète le couvre-feu et instaure l'état d'urgence : tous les élus socio-démocrates voient leur mandat annulé, les syndicats et associations ouvrières sont dissous. Webern perd alors son poste de chef d'orchestre à la RAVAG (la radio autrichienne), ce qui le privera d'une partie de ses modestes revenus. En 1935, Alban Berg meurt d'une septicémie. En 1936, Webern est pressenti pour diriger la création du Concerto à la mémoire d’un ange de Berg à Barcelone, mais après quelques répétitions, Webern se sent incapable de continuer. De fait, cette œuvre sera créée par Hermanna Scherchen. Cet événement mettra une fin définitive à la carrière de chef de Webern.

 

Les circonstances de sa mort ne sont pas connues dans tous les détails, mais ce qui suit serait proche de la vérité. Le 15 septembre 1945 au soir, Webern sort sur la terrasse de sa maison d'accueil pour fumer un cigare, oubliant le couvre-feu. Il est tué par méprise par une sentinelle américaine, Raymond Norwood Bell.

Passacaille (n.f.) : on trouve aussi le nom italien passacaglia ou passagaglia. La passacaille  est un genre musical pratiqué aux XVIIe et XVIIIe siècles. De l'espagnol pasacalle, composé de pasar, « passer » et de calle, « rue ».

Initialement, la passacaille est une danse (lente et à trois temps) populaire d'origine espagnole qui remonte à la Renaissance. Transplantée dans d'autres pays d’Europe, elle y devient une danse prisée par la noblesse. C'est alors une pièce stylisée, à trois temps, au rythme plus lent, parfois un peu plus solennel, et qui peut atteindre des proportions plus importantes. Cette forme de passacaille développe des variations à partir d'un thème couplé à une basse obstinée (basse constituée de quelques notes répétées jusqu'à la fin de la pièce).

À ce stade de son évolution, elle devient indiscernable de la chaconne,  car les noms semblent interchangeables selon les compositeurs : Louis Couperin intitule une de ses pièces « chaconne ou passacaille » ; François Couperin, dit le Grand, fait de même dans sa première suite pour viole (passacaille ou chaconne) et semble éviter le problème en nommant une de ses compositions pour clavecin L'amphibie ; selon le compositeur allemand Johann Mattheson (1681-1764), la chaconne est plus lente que la passacaille mais d’Alembert dit le contraire.

Mis à jour ( Jeudi, 11 Avril 2019 21:14 )