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Byôbu - français / anglais

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BYÔBU

« Respirer ?

C’est aspirer toutes les voix

Des cigales du soir »

Kaneko Tôta

 

Une voix de saphir

Résonne doucement derrière le splendide byôbu

À cinq élégants volets peints avec une maîtrise

Éblouissante : quelle finesse ces rehauts d’or cuivré,

Quelle précision ces lignes figurant

Les branches d’arbres festifs,

Quelle grâce ces oiseaux bleus, mauves ou roses

Saisis dans leur vol harmonieux !

 

Ô byôbu, vous qui cachez

Avec un mutisme seigneurial

Derrière votre lumière dormante

Et votre silence surabondamment délicieux

La muette angoisse des petits ennuis quotidiens.

 

Oh toi, voix transparente, délice de la fantaisie,

Il n’est rien qui ne te soit souverain bien !

 

Ah cette suave mélancolie ciselée par les mots,

Est-elle ce mystère, cette épreuve

Si nécessaires à mon vaporeux bonheur ?

 

Et ce paroxysme de raffinement

Qui trahit la main souveraine de l’impérial

Katsushika Hokusai !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 26 mars 2019

Glose :

Les byōbu (屏風?, littéralement « murs de vent ») sont des paravents japonais faits de plusieurs volets articulées et décorés avec des peintures et de la  calligraphie. Ils sont utilisés notamment pour séparer les intérieurs et clore des espaces privés.

Comme beaucoup d'arts et d'artisanats japonais, les paravents trouvent leur origine en Chine, où des exemplaires datant de la dynastie Han (qui régna de 206 av. J.-C. à 220 apr. J.-C. ; deuxième des dynasties chinoises, elle succéda aux Qin (221 av. J.-C – 206 av. J.-C.) et fut suivie de la période des  Trois Royaumes (220-265 apr. J.-C.) ont été découverts.

Les byōbu, comme leur nom l'indique, ont pour but d'empêcher le vent de souffler dans les pièces. Ils sont introduits au Japon au VIIIe siècle, quand des artisans japonais commencent à fabriquer leurs propres byōbu, alors hautement inspirés de leurs modèles chinois. La structure et la conception des byōbu, tout comme leurs techniques et les matériaux utilisés, varient avec les différentes périodes de l'histoire du Japon.

 

Tōta Kaneko (金子 兜太?) – (1919-2018) est considéré au Japon comme l’un des plus grands poètes de haïku (haïjin) du XXe siècle. Kaneko étudie à l’université de Tokyo jusqu'en 1943, puis travaille pour la Banque du Japon. Il commence à écrire de la poésie sous la direction de son père Motoharu (nom de plume Isekiko) Kaneko. En tant que poète de haïku, il est influencé par Shûson Katô, Shizunojo Takeshita et Kusatao Nakamura. Après la guerre, il est l'un des principaux promoteurs du haïku. En 1962, il fonde le groupe Kaitei. Il a publié, en commençant par l'anthologie Shounen, plus de cinquante recueils de poésie. En 2008, il est désigné personne de mérite culturel et, en 2010, lauréat du prix Kan Kikuchi (菊池寛賞?).

Katsushika Hokusai - (葛飾 北斎?) - (1760-1849) ou de son surnom de « Vieux Fou de dessin » (Gakyōjin),  est un peintre et dessinateur japonais de génie.

 

Son œuvre influença de nombreux artistes européens, en particulier Gauguin, Vincent van Gogh, Claude Monet et Alfred Sisley. En 1814, il publie son Manga regroupant croquis et dessins. Les Trente-six vues du mont Fuji (1831-1833) comptant en réalité 46 estampes, et La Grande Vague de Kanagawa (1831) sont ses œuvres les plus connues. La couverture de la partition de La Mer (1905) de Claude Debussy reproduit notamment la Vague de Hokusai.

 

Le peintre japonais laisse derrière lui près de 30 000 dessins.

 

ENGLISH :

 

Byobu*

‘What is breathing

but inhaling all the voices

of the evening cicadas?’

Tota Kaneko

 

A gentle voice of sapphire

still echoes behind the splendid Japanese screen,

its five elegant panels painted with dazzling

mastery; what finesse in its copper gold highlights,

what precision in these lines that represent

the branches of festive trees,

what grace in these birds, blue, mauve or pink,

frozen in harmonious flight!

 

With a stately stillness,

this byobu conceals

the voiceless anguish of small everyday cares

behind its serene light

and an inordinately pleasurable silence.

 

Its transparent voice, its delight in the imagination,

everything about it has a supreme rightness.

 

This sweet melancholy carved in words:

is this the mystery, the test

so necessary to my inconstant happiness?

Such a height of refinement

betrays the masterful hand of the great

Katushika Hokusai!

 

 

Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges

Mis à jour ( Mercredi, 27 Mars 2019 14:14 )