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Göbekli Tepe - français

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GÖBEKLI TEPE

À Bâkî

 

Âme, j’ai vécu ici dans cette cité antique,

Je fus modeste berger adorant nos dieux,

Une fille très douce et gente au cœur silencieux

Rendait mes jours heureux, candides et poétiques.

 

Ma vie était une source, un livre de murmures

Ecrit par le babil des oiseaux chanteurs,

La douce nuit venue, je contemplais les chœurs

Des étoiles pensives, mes sœurs célestes si pures !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 20 mars 2019

 

Glose :

Göbekli Tepe est un site préhistorique du Mésolitique, situé au sud-est de l’Anatolie, en Turquie. près de la frontière avec la Syrie. Le toponyme turc Göbekli Tepe signifie « Colline en forme de ventre », en référence à sa forme. Le site archéologique a été inscrit sur la liste du patrimoine de l’UNESCO en juillet 2018.

Le site cumule plusieurs caractéristiques inédites à son époque et faisant l’objet de diverses interprétations :

  • le substrat est un tell (une butte artificielle) haut de 15 mètres et ayant un diamètre de 300 mètres ; il est situé à une vingtaine de kilomètres au nord-est de la ville turque de Sanliurfa (ou Urfa), l'ancienne Édesse (ou Orhay ou Erekh). Cette butte est située sur le point culminant d’une colline allongée. Le sommet de la colline est un point de vue qui permet d’observer un vaste territoire : on peut y voir les monts Taurus et Karacadağ au nord et à l’est, et, au sud, la vallée de Harran, qui s’étend jusqu’en Syrie. Seule la vue ouest est restreinte par les montagnes avoisinantes. La zone aménagée par l’homme serait de 300 à 500 m2 ;
  • les plus anciennes parties documentées dateraient du milieu du Xe millénaire av. J.-C.  ce qui en ferait le plus ancien ensemble d’architecture monumentale en pierre jamais découvert ;
  • ceux qui l’ont bâti étaient des chasseurs-cueilleurs, les animaux, le chien mis à part, n’étant pas encore domestiqués (toutes les représentations animales se réfèrent à des bêtes sauvages). Il a probablement fallu plusieurs centaines d’hommes pour le construire et les travaux auraient duré de trois à cinq siècles ;
  • les archéologues suggèrent que, sans nécessairement être sacré, le site a pu être un lieu de rencontre et de palabres entre clans, peut-être pour se répartir les territoires de cueillette et chasse, et qu’il contribua à l’émergence de l’art totémique, les représentants de chaque clan siégeant dans des enceintes circulaires autour d’un monolithe représentant leur animal-fétiche. Selon Klaus Schmidt, l’archéologue qui a fouillé le site de 1994 à 2014, les enceintes « symbolisent des assemblées humaines, et les pierres levées, disposées en cercle, représentent des personnages stylisés » ;
  • enfin, même si la domestication n’aura lieu que mille cinq cents ans plus tard (au Néolithique précéramique B) et si les graminées récoltées sont encore de type sauvage, le site a dû, selon Klaus Schmidt, jouer un rôle important dans le passage d’une société nomade à une société sédentaire et aussi être le lieu d'une « révolution religieuse ».

 

Bâkî (باقى) est le nom de plume du poète Mahmud Abdülbâkî (محمود عبدالباقى), né en 1526 et mort en 1600. Considéré comme l'un des plus grands contributeurs de la littérature turque, Bâkî est également connu comme Sultânüş-şuarâ (سلطان الشعرا), ou « Sultan des poètes2 ».

Bâkî naît dans une famille pauvre de Constantinople, son père étant muezzin à la mosquée Fatih. Il est mis en apprentissage par sa famille pour devenir sellier. Il fréquente également des cours dans une école coranique. Repéré par des lettrés et avec l'aval de sa famille, il intègre cette école de façon formelle.

Bien que ces études soient destinées à former des docteurs de l'Islam, elles ne portaient pas exclusivement sur la religion, mais également sur l'arabe et le persan, ainsi que sur la littérature classique, en particulier sur la poésie savante. C'est ainsi qu'en plus de sa formation théologique et juridique, il peut s'adonner à sa vocation grâce à une culture poétique très riche. Bâkî est un bon élève, et il suit les cours de plusieurs célèbres maîtres de l'époque. C'est lors de sa scolarité que son intérêt pour la poésie commence à prendre forme, bien aidé par le poète Zâtî (ذاتی) (1471–1546).

Grâce à ce dernier, l'ambitieux Bâkî devient le compagnon et le poète favori de Soliman le Magnifique et müderris (professeur de haut rang) à la mosquée de Mourad pacha. Le souverain, également poète, lui commande plusieurs poèmes. C'est ainsi qu'il devient le « sultan des poètes ». Soliman lui-même l'appelle « premier poète des Ottomans ». L'amour de Dieu, du Prophète, des éphèbes, l'ivresse mystique, celle du vin : autant de thèmes classiques de la poésie de cour qu'il maîtrisait avec brio.

Sa réputation de poète va grandissant, et on lui offre de nombreux postes, comme cadi (ﻗﺎضی) ou juge islamique. Il deviendra même vizir. En 1566, Soliman le Magnifique meurt ; cet événement le marquera et lui donnera l'occasion de composer son chef-d'œuvre : Oraison funèbre du sultan Soliman.

Mais cette mort mène aussi à sa disgrâce, les descendants du souverain goûtant nettement moins la poésie. Selim II, à qui Bâkî avait pourtant rédigé une élégie pour son avènement, cherche à éloigner le poète de la cour, mais Sokollu Mehmed Pacha, grand vizir et véritable détenteur du pouvoir, le protège et le nomme müderris à la grande mosquée Suleymâniyeh.  En 1574, Mourad III monte sur le trône. Bâkî est de plus en plus éloigné du palais en redevenant professeur à Andrinople, puis cadi à La Mecque.

Finalement, le poète revient à Constantinople en tant que cadi de la ville ; très ambitieux, il gravit les échelons de la hiérarchie, mais alors qu'il espérait devenir cheikh ul-islam, le rang de magistrat le plus élevé, Mourad III lui préfère un rival.

Bâkî très touché par ce revers, meurt peu après dans cette ville en 1600.