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Mahmud Al-Kashgarie - français / anglais

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MAHMUD AL-KASHGARI

Arte et marte

Mon frère en Poésie, toi, le grand érudit,

L’éminent cartographe et lexicographe passionné,

Exaltant avec génie la beauté et la richesse

Des langues turciques, est-ce à moi

De juger ta haine féroce contre les bouddhistes ?


Oh non, non, tu avais des raisons que j’ignore

Et un doux coeur endurci

Par la dureté sauvage de la vie spoliatrice,

Alors que mon coeur est amour et enthousiasme

Envers toute l’humanité,

Mon coeur définitivement ami de l’univers.

J’ai hérité d’une vie paisible, moi, attaché

Ardemment à tous les êtres

À toutes les choses de la Création !


Alors que tu as dû conquérir l’empire de ton existence

En risquant à tout instant de perdre ta savante tête !

Toi, enfant d’un monde vorace

Qui écorçait ta chair,

Proie d’orages enragés de neige

Qui écharpait hommes et bêtes.

Toi qui détestais la fureur panthéiste

Élevant tes magnifiques yeux

Vers les cieux d’Allah et de son Prophète Mohamed,

Admirant la calme rotation sans restriction de la Terre

Et les navires des étoiles

Voguant dans l’eau des lumières nocturnes

De l’infini vers l’infini,

Quand le dur froid des steppes

Et les sons âpres des clairons des tempêtes,

Violents et insistants, sévissaient dans tes veines

Et que l’épaisse chapée des ténèbres

Enveloppait ton corps transi !

 


Toi, le sublime Ouïghour, le brillant savant,

Qui vivait dans l’immense forêts des visions pures

Et les cimes glacées des montagnes

Qui touchaient le ciel,

Sources inépuisables de rêves !

 


Toi, le dormeur la tête posée

Sur le brillant oreiller des astres

Ornée de violette cornues

Et de guirlandes de hautes pensées !


Parfois la pluie remplissait de tendresse tes prunelles

Alors que’il faisait noir à l’entour

Et que les glaives cruels mettaient à feu et sang

L’ensorcelante Asie !


Ah, tous ces dialectes turciques

Qui étaient tes îles de bonheur !

 


Je te chante ce soir, ô Homme de lumière

Avec des larmes qui effacent les arcs-en-ciel,

Avec mes mains traversées de rigoles

Par lesquelles s’écoule ma vie

Pendant les brumeuse lueurs du crépuscule !

 


Je te glorifie, Homme,

Avec un jeune ange taciturne

Qui traverse la cité bruyante

Tendrement accroché à mon bras brûlant d’émotion

Et suavement souriant

Afin  que tout soit plus simple et plus grand !


Athanase Vantchev de Thracy


Paris, le 17 mars 2019

Glose:

Mahmud ibn Hussayn ibn Muhammed al-Kashgari était un érudit qarakhanid (Kara-Khanid) du XIe siècle et célèbre lexicographe des langues turques de Kashgar (aujourd’hui ville de la Région autonome ouïgoure du Xinjiang (ou Turkestan chinois) Son nom signifie « caverne (ghar en arabo-persan) de jade (qash en ouïghour).

 

Son père, Hussayn, était maire de Barsgan, une ville située au sud-est du lac d'Issyk-Koul (aujourd'hui un village de Barskoon dans la région d'Issyk-Koul, au nord du Kirghizistan), et apparenté à la dynastie au pouvoir, Kara-Khanid Khanate.

 

Al-Kashgari étudia les langues turques de son époque. Lors de son séjour à Bagdad (1072-1074), il composa le premier dictionnaire complet des langues turques, en arabe le Dīwān Lughāt al-Turk (Compendium des langues des Turcs). Il était destiné au califat abbasside, les nouveaux alliés arabes des Turcs. Le dictionnaire complet de Mahmud Kashgari, plus tard édité par l'historien turc Ali Amiri, contient des spécimens de poésie turque ancienne sous la forme typique de quatrains représentant tous les genres prosodiques principaux : épique, pastoral, didactique, lyrique et élégiaque. Son livre comprenait également la première carte connue des zones habitées par les peuples turcophones. Cette carte est conservée à la bibliothèque nationale d'Istanbul.

 

Il prônait le monolinguisme et le purisme linguistique des langues turciques et croyait en la supériorité du peuple nomade sur les populations urbaines. La plupart de ses contemporains turcophones étaient bilingues et connaissaient le tadjik (langue persane), qui était alors la langue urbaine et littéraire de l'Asie centrale.

 

Le plus élégant des dialectes appartient selon lui à ceux qui ne connaissent qu'une seule langue, qui ne se mêlent pas aux Persans et qui ne s'installent pas dans d'autres pays. Ceux qui ont deux langues et qui se mêlent à la « populace » des villes ont une certaine confusion dans leurs énoncés.

 

L'un des poèmes les plus importants d'Al-Kashgari raconte la conquête turco-islamique du dernier des plus célèbres royaumes bouddhistes d'Asie centrale, le Royaume de Khotan des Sakas iraniens:

 

Nous sommes descendus sur eux comme une inondation !

Nous sommes arrivés dans leurs villes !

Nous avons démoli les temples idoles,

Nous avons fait tomber la tête du Bouddha !

 

Les royaumes turciques Qarakhanid et Ouïghur Qocho étaient tous deux des États fondés par des envahisseurs. Les populations autochtones de la région étaient composées d’Iraniens, de Tokhariens, de Chinois de Qocho et d’Indiens, mêlés aux envahisseurs turcophones. Les Kashghari occupent une position élevée parmi les Ouïghours.

 

Les Turcs musulmans qarakhanid (kara-khanides) ont pratiqué le djihad contre les Turcs bouddhistes ouïghours au cours de l'islamisation et de la turcisation du Xinjiang. Kashgari affirmait que le Prophète avait assisté à un événement miraculeux au cours duquel 700 000 « infidèles » Yabâqus avaient été vaincus par 40 000 musulmans dirigés par Arslân Tegîn. Les Yabâqus étaient un peuple turc.

 

Arte et marte : locution latine qui signifie : “Par l’art et par la guerre”.

 

ENGLISH :

 

Mahmud al-Kashgari

Arte et marte

(By art and by war)

My brother in Poetry, you, the great scholar,

the eminent cartographer and passionate lexicographer,

exalting with genius the beauty and richness

of Turkic languages, is it up to me

to judge your fierce hatred of Buddhists?

 

Oh no, no, you had reasons of which I know nothing

and a gentle heart hardened

by the savage harshness of life, that despoiler,

while my heart is nothing but love and enthusiasm

towards all humanity,

my heart that will always be a friend of the universe.

 

I inherited a peaceful life, I who am ardently

bound to every being

and everything in Creation!

 

Whereas you had to conquer the empire of your existence

while risking at every moment losing your learned head !

You, the child of a ravenous world

which stripped away your flesh,

prey of rabid snowstorms

which tore men and beasts to shreds.

 

You who hated the pantheistic frenzy,

raising your wonderful  eyes

towards the heavens of Allah and his Prophet Mohammed,

admiring the quiet unrestricted rotation of the Earth

and the ships of the stars

sailing the waters of nocturnal lights

from infinity towards infinity,

when the unremitting cold of the steppes

and the harsh sounds of trumpets from the temples,

violent and insistent, were running rife in your veins

and the dense cape of darkness

enveloped your body numb with cold!

 

You, the sublime Uighur, the brilliant scholar,

who lived in the immense forests of pure visions

and among icy mountain peaks

which touched the sky,

inexhaustible sources of dreams!

 

You, the sleeper with your head laid

on the shining pillow of the stars

adorned with horned violets

and garlands of lofty thoughts!

 

Sometimes rain filled your eyes with tenderness,

when it was dark all around

and cruel swords put bewitching Asia

to blood and fire!

 

Ah, all these Turkic dialects

which were your islands of happiness!

 

I sing you this evening, O Man of Light,

with tears which extinguish rainbows,

with hands crossed by channels

through which my life flows out

during the misty glimmers of dusk!

 

I glorify you as a Man,

with a young taciturn angel

crossing the noisy city

tenderly hanging on my arm burning with emotion

and sweetly smiling

so that all may become simpler and more noble!

 

 

Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges

Mis à jour ( Mercredi, 20 Mars 2019 19:07 )