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Prius mori quam fidem fallere - français

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PRIUS MORI QUAM FIDEM FALLERE

 

« К Тебе, о Матерь Пресвятая!
Дерзаю вознести мой глас,
Лице слезами омывая:
Услышь меня в сей скорбный час »

(« Vers toi, ô très Sainte Mère,

J'ose élever la voix

Inondant ma face de larmes :

Prête-moi l’oreille en cette heure de tristesse »)

Nikolaï Gogol

 

Une fleur blanche d’acacia

Sur tes lèvres d’un rouge éclatant,

Et notre douce mère

Qui réveille la maison

En faisant chanter

Les marches de l’escalier.

 

Et c’est la même vie heureuse

Toujours recommencée,

Ce sont les mêmes broderies d’or du soleil

Qui magnifient nos matinées !

 

Ô sommeil ami,

Toi qui as fait fondre, la nuit,

Nos tristesses enfantines !

 

Tes bras aux veines de diamant bleu

Sous ta peau étincelante

Et ferme comme le marbre de Carrare

Et cette brise rose, compagne de nos destins,

Ces ombres mauves sans consistance

Qui font songer, en nous faisant frissonner,

Aux luxuriances du printemps !

 

Au loin, dans la plaine,

Paissent les bêtes placides –

Vaches, buffles, taureaux,

Ornements vivants de la Nature !

 

Ah, cette jouissance animale

Qui coule dans les corps des êtres vivants !

Ah cette évidente cohérence émotive,

Ce frais bruit qui caresse nos cœurs !

 

Et si heureux je suis, moi plus que moi,

Puisque, illuminée, tu poses ta tête rayonnante

Sur ma poitrine essoufflée !

 

Ô mon ange,

Prius mori quam fidem fallere !

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 9 mars 2019

Glose :

Prius mori quam fidem fallere : locution latine qui signifie « Plutôt mourir que violer la foi »

Nikolaï Vassiliévitch Gogol (en russe : Николай Васильевич Гоголь) – (1809-1852) est un poète, romancier, nouvelliste, dramaturge et critique littéraire russe d’origine ukrainienne Il est considéré comme l'un des écrivains classiques de la littérature russe.

À partir de 1842, Gogol entame une véritable dérive mystique. Il se persuade ainsi que sa mission est de sauver moralement la Russie en la guidant vers le paradis. Ce cheminement vers le bien, Gogol entend le décrire dans deux nouveaux tomes des Âmes mortes. Il voit désormais cette œuvre comme une Divine Comédie russe. La première partie du roman était en fait une représentation de l'enfer sur terre. La seconde et la troisième partie des Âmes mortes décriront la graduelle rédemption des héros, leur passage au purgatoire, puis au paradis. Mais, pour cette œuvre, Gogol estime qu'il doit lui-même se perfectionner moralement.

L'écrivain s'absorbe dès lors dans la lecture de livres saints, tels que L’Imitation de Jésus-Christ (en latin : De imitatione Christi, œuvre anonyme de piété chrétienne, écrite en latin à la fin du XIVe siècle ou au début du XVe). ou le Ménologe (un ménologe, du grec ancien  : μήνολoγιον, mênologion, de μήν, « mois » et λόγος, « discours » : « tableau des mois », est un ouvrage contenant la liste mensuelle des fêtes à célébrer. Les ménologes trouvent leur origine dans les Églises orthodoxes de l’Orient). Hélas, ni son perfectionnement, ni l'écriture n'avancent comme il le voudrait. Rongé par le doute, déprimé, toujours plus hypocondriaque, il brûle à plusieurs reprises la suite des Âmes mortes.

Il s'oriente simultanément vers un conservatisme politique extrême (défense de l'autocratie et de l'orthodoxie). C'est ainsi que sa dernière œuvre, les  Passages choisis d’une correspondance avec des amis, cause un véritable scandale lors de sa parution en 1846. Il s'agit d'un ouvrage réactionnaire où Gogol dévoile une vision si obscurantiste du monde qu'elle en est comique.

En janvier 1848, Gogol quitte l'Europe pour l'Orient. Il visite les lieux saints sans y trouver de remède à sa dépression. En mai 1848, il rentre définitivement en Russie où il partage son temps entre Moscou et le sud de l'Empire, Odessa notamment. Il y est libéré de tout souci matériel, trouvant refuge chez ses riches admirateurs, mais se sent toujours plus malade et désemparé. En ultime recours, Gogol cherche l'assistance de moines fanatiques (tels que le père Matthieu) ou même de « fols en Christ » Il visite le célèbre monastère d’Optina.

Dans la nuit du 11 au 12 février 1852, Gogol brûle une dernière fois le manuscrit de la deuxième partie des Âmes mortes. Au matin, il accuse le diable de l'avoir trompé. Il se laisse ensuite mourir, refusant nourriture et soins. Gogol décède le 21 février 1852.

D'abord enterrée au monastère Saint-Daniel, sa dépouille est transférée en 1931 au cimetière Novodevichi de Moscou

Gogol a eu une grande influence dans la littérature russe de la seconde moitié du XIXe siècle, par exemple sur Dostoïevski. Selon le Roman russe (1886) d’Eugène-Melchior de Vogüé, Dostoïevski aurait dit : « Nous sommes tous sortis du Manteau de Gogol ». Son aura s'est sans doute encore accrue au XXe siècle. Mikhaïl Boulgakov s'en inspira pour son chef-d'œuvre, Le Maître et Marguerite.