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Les Deipnosophistes - français

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LES DEIPNOSOPHISTES

Ave, amis deipnosophistes ! Ave !

Vous, mes convives de hautes lignées,

Fleurs de la divine société romaine,

Cimes du haut savoir,

Hommes libres d’inestimable valeur !

 

Moi, le symposiarque,

Je vous invite à vous allonger

Sur les divans.

Appuyez vos coudes

Sur les coussins moelleux

Et, d’une main libre,

Piochez dans les plats abondants.

Servez-vous de céréales bouillies,

Prenez des galettes de blé et d’orge,

Pas trop de viande…

Et que par ces mets commence notre fête.

Je déciderai en personne

Du rythme de circulation des coupes de vin,

Savamment mélangé avec de l’eau

Dans des cratères d’or.

 

Avancez-vous, hâtez-vous, esclaves,

Apportez les plats au fumet alléchant,

Et les vases en grès où bouillonne

Le fruit de la vigne.

 

Amis convives, levez-vous à présent,

Lavez vos mains, parfumez vos corps,

Ornez de guirlandes de fleurs fraîchement coupées

Vos honorables fronts.

 

Buvez, mes amis, déclamez des poèmes,

Que de jeunes esclaves,

Musiciennes et danseuses réjouissent vos oreilles

Et vos yeux brillants.

Discutez de tout.

 

Jouer du cottabe

Sous les enivrantes mélodies

Des habiles joueuses d’aulos.

 

Ô Rome, ô ces rituels de stricte obédience,

Cet arôme de jacinthes,

Cette fraîcheur de source

Dans les étendues maritimes

De nos mémoires !

 

Soit limpide, soit net mon poème,

Liquide et d’un goût de fleurs des montagnes,

Du raisin de la dernière vendange

Qui chasse les solitudes embrumées !

 

Illuminez-vous, visages aristocratiques,

Résonnez, luxueuses litanies des âmes,

Chaleur équinoxiale du désir !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 26 février 2019

Glose :

 

Les Deipnosophistes - Le Banquet des sophistesLe Banquet des sages ou Les Deipnosophistes (en grec ancien Δειπνοσοφισταί, soit en forme latinisée Deipnosophistae) est un ouvrage de l’Antiquité écrit à Rome au IIIe siècle, vers 228, par l'érudit et grammairien grec Athénée de Naucratis.

Les Deipnosophistes d'Athénée appartiennent à la tradition littéraire inspirée par l'usage du banquet grec. Les banqueteurs jouaient au cottabe pendant que les musiciennes jouaient de l’aulos. Un cratère en cloche du Peintre de Nicias, vers 420 av. J.-C., illustre ces banquets.

Les Deipnosophistes sont une série de conversations tenues lors d'un dîner que l'ouvrage place à Rome, avant la mort d'un personnage décrit comme Galien (soit en  199 selon l'ancienne date pour le Galien historique) et après la mort du juriste Ulpien. L'ouvrage comprend quinze livres au cours desquels Athénée, le narrateur, raconte à un interlocuteur nommé Timocrate les conversations du fameux dîner. Timocrate lui-même ne s'exprime qu'une seule fois, au début du livre I, mais Athénée s'adresse à lui au début et à la fin de la plupart des quinze livres.

L’ouvrage est essentiellement une collection d'anecdotes et de citations, faites au banquet donné par le riche patricien P. Livius Larensis, où les nombreux convives, fins lettrés, discutent de sujets variés. Ces convives sont aussi bien des auteurs contemporains que d'illustres disparus : ainsi Platon, dans son Théétète avait ressuscité Protagoras pour les besoins de l'œuvre. Sont nommés Galien, Ulpien, Masurius Sabinus (l'un des auteurs du Digeste), Zoïle (critique d'Homère), Plutarque, etc. Les auteurs ainsi cités sont parfois à demi déguisés par Athénée, par précaution : ainsi, Zoïle ne se préoccupe jamais dans l'œuvre de questions homériques, pourtant son seul titre de gloire ; Plutarque est présenté comme un simple grammairien ; Démocrite n'est pas mentionné comme natif d'Abdère mais de Nicomédie. Réunis autour d'une même table, ces auteurs discutent à coups de citations d'auteurs anciens sur un très grand nombre de sujets :

  • Livre I : la littérature gastronomique, le vin et la nourriture dans l'œuvre d'Homère
  • Livres II et III : les hors-d'œuvre et le pain
  • Livre IV : l'organisation des repas et la musique
  • Livre V : luxe et ostentation
  • Livre VI : parasites et flatterie
  • Livres VII et VIII : le poisson
  • Livre IX : la viande et la volaille
  • Livre X : la gloutonnerie, le vin
  • Livre XI : les coupes
  • Livre XII : les conventions sociales
  • Livre XIII : l'amour
  • Livre XIV : la musique, les desserts
  • Livre XV : couronnes et parfums

La compilation d'Athénée est précieuse, car on estime à 1 500 le nombre d'ouvrages cités, dont la grande majorité sont aujourd'hui perdus, pour environ 700 auteurs représentés. La plupart des citations est attribuée à un auteur et référencées. Les citations longues ont probablement été relevées par Athénée directement, au cours de ses lectures : on ne connaît en effet aucune compilation de citations de ce type ; en revanche, les citations plus courtes, plus particulièrement celles qui touchent à la lexicographie et à la grammaire, sont probablement issues de sources de seconde main.

Les Deipnosophistes sont un outil précieux pour ce qui touche à la littérature et à la vie en Grèce dans l'Antiquité. Cet ouvrage est également une bonne source concernant les banquets grecs (symposiums), les plats qui y étaient servis et les spectacles qui y étaient proposés. C'est donc aussi un véritable traité de gastronomie qui contient des informations sur les coutumes de table, les aliments, les menus, la vaisselle, le vin. Les digressions auxquelles se livrent les convives font passer sous nos yeux toute la société antique.

Ce repas pris en commun est considéré, entre autre, par Platon et son Banquet ou Aristote, comme une base de la société grecque, une pratique politique (polis = cité), une véritable définition de la citoyenneté : femmes, enfants et bien sûr étrangers et esclaves en sont exclus, le banquet est une « affaire d’hommes libres ». Ne pas confondre avec le syssition à Sparte, un repas en commun obligatoire pour tous les citoyens qui apportent ou paient la nourriture qu’ils consomment. Il existe différentes formes de banquets, depuis le repas entre amis pris dans la maison (dans l’andon, pièce réservée aux hommes comme sont nom l’indique) ou entre notables (magistrats d’Athènes) jusqu’aux grands banquets organisés par la cité lors d’événements importants et qui pouvaient rassembler toute la population, y compris les étrangers. Cas le plus fréquent : à l’issue d’une cérémonie religieuse, on faisait brûler les os des animaux sacrifiés (la fumée était considérée comme la nourriture « immortelle » réservée aux dieux) et rôtir la viande, simple nourriture pour mortels …

 

Syssition (n.m.) : les syssities (en grec ancien τὰ συσσίτια / ta sussitia) sont, en Grèce antique, des repas pris en commun par les hommes et les jeunes gens d'un même groupe social ou religieux. Les banquets évoqués par Homère se rattachent à cette tradition, que l'on retrouve en Crète et à Sparte, mais aussi dans l'Athènes antique, à Mégare. On trouve des traces de semblables repas à Carthage et dans la Rome antique. À l'époque archaïque - par exemple chez le poète Alcman - le rituel porte également le nom d'ὰνδρεῖα / andreia, littéralement « qui appartient au mâle ».

 

Cottabe (n.m.) : le cottabe (en grec ancien κότταϐος / kóttabos étymologie obscure), ou kottabos, est, en Grèce antique et en Étrurie, un jeu d'adresse pratiqué lors des banquets ou encore dans les établissements de bains. Très populaire aux Ve et IVe siècles av. J.-C., il passe ensuite de mode. Il est principalement décrit dans des ouvrages de l'époque hellénistique ou romaine, alors qu'il était déjà tombé en désuétude, ce qui explique des descriptions particulièrement obscures ou contradictoires. Le terme désigne aussi la cible à atteindre durant le jeu.

 

Réputé venir de Sicile, il consiste en un détournement ludique de la libation effectuée au début de chaque banquet : dans une libation, on verse quelques gouttes de vin sur le sol en invoquant le nom d'une divinité, principalement Dionysos. À l'origine, pour le cottabe, on verse le reste de sa coupe de vin en invoquant la personne aimée. Par la suite, la pratique se transforme en jeu : l'objectif est alors de jeter le reste de vin (λάταξ / látax) dans un bassin, posé par terre ou sur une table, toujours en prononçant le nom d'une personne aimée. Si les gouttes de liquide atteignent effectivement la coupe, c'est un heureux présage. Outre le présage, le gagnant au cottabe remporte souvent un petit lot : œuf, pomme, gâteau, coupe, voire un baiser.

 

La peinture sur vase montre que le jeu se pratique en tenant une anse du kylix (coupe plate) par un ou deux doigts, les autres doigts étant arrondis « à la manière des joueurs de flûte ». Le poignet est plié ; le lancer se fait par rotation de ce dernier plutôt que par mouvement du bras entier, comme pour le lancer du javelot. L'adresse ne suffit pas : il est important de réussir un lancer souple, de bonne tenue, pour tout dire beau.