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ARISTOTE (français / anglais)

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ARISTOTE

A mon Père

« L’Être et le Non-Être se disent d’abord selon les différentes formes des catégories ; ils se
disent ensuite selon la puissance ou l’acte de ces catégories, ou selon leurs contraires ; et
enfin, dans le sens de vrai et de faux, au sens le plus propre de ces termes. »

            Aristote, Métaphysique, IX, 10

Vous me disiez, cher père,
Que la Beauté a par elle-même
Et en elle-même son mouvement éblouissant,
Que la Vérité n’est qu’une pure affection de la pensée !

Vous disiez encore, père, vous disiez qu’être,
C’est être uni, c’est être un
Et que l’essence est l’unité primordiale !

Vous aimiez le grand Aristote,
Ce fleuve exalté de paroles et d’intelligence d’or,
Cette âme insatiable qui voulait pour patrie
Le monde entier, de la Terre immobile
A la Sphère transparente
Où se meuvent et brillent les étoiles fixes !

Adolescent ingénu, je buvais vos rayonnantes paroles,
J’affectionnais votre voix de cuivre sonore
Et de vignes chargées de fruits !

L’été fabuleux penchait sur nous sa splendeur
Faisant crier d’enthousiasme
Le peuple vagabond des rouges-gorges !

Comme vous êtes loin ce soir, père,
Perdu dans la poussière sonore des années !

Je me sens si seul sans vous, si abandonné
Aux milieux des voix anciennes
Qui chantent dans ma chair et structurent mon souffle!

Ô Amour ! Inonde mes yeux de ta céleste sollicitude,
Répands sur mon visage
La vigoureuse fraîcheur des herbes sauvages de juillet !

Et toi, Savoir guérisseur ! Fais-moi boire l’eau
De la pure pureté des livres secrets !

Ô Mystères, ce que le silence scrute en moi,
C’est cette plaie vive que creusent les mots,
C’est cette chose invisible, la plus précieuse de toutes !

Reviens-moi, ce soir, ô enfance smaragdine,
Avance l’heure de la grande nuit du Gnomon
Orné de suaves giroflées et de scarabées de néphrite,
Reviens, les yeux souriants
Et le visage illuminé par cette fluide confiance
Qui fait frémir les sons des flûtistes de Chalcis
Venus célébrer les  mystiques cérémonies dédiées
A l’Immortelle Déesse Mère !

Que sommes-nous sans les Dieux
Et leur  ardente espérance ?

 

            Athanase Vantchev de Thracy

J’ai écrit ce poème en pensant à mon délicieux père Nicolas-Alexandre, décédé le 14 juillet 1983 !

A Paris, ce lundi 18 juillet, Anno Domini MMV.

Glose :

Terre immobile, Sphère transparente : termes appartenant à Aristote. Le philosophe conçoit le monde comme clos, fini et hiérarchisé. La limite du monde est la Sphère des fixes, les fixes étant les étoiles accrochées à la Sphère céleste transparente. Cette sphère tourne, ce qui permet d’expliquer à la fois le mouvement apparent des étoiles et l’existence des constellations. La Terre (air, feu, terre, eau), est au centre, fixe, immobile. Entre la Sphère céleste et la Terre se trouve la Lune. Le monde est incorruptible au-dessus  de l’orbite lunaire (monde supralunaire), corruptible, en proie au devenir en dessous (monde
sublunaire
).

Gnomon (n.m.) : mot d’origine grecque. Ancien instrument astronomique composé d’une tige verticale (style)  faisant ombre sur une surface plane (cadran).

Néphrite (n.f.) : du grec nephros, « rein ». Variété de jade (qui passait pour guérir les reins). Silicate de calcium et de magnésium appartenant au genre amphibole. La néphrite et la jadéite.

La Grade Déesse Mère : Cybèle qui était la Grande Déesse de la Phrygie. Elle est souvent appelée la Mère des Dieux ou la Grande Mère. Sa puissance s’étend à la Nature entière, dont elle personnifie la puissance de végétation. Elle est honorée sur les montagnes de l’Asie Mineure, et, de là, son culte se répand dans tout le monde grec, puis, dans le monde romain, lorsqu’en 204 av. J.-C., le Sénat de Rome se décide à faire venir de Pessinonte la « pierre noire », symbole de la déesse, et à lui construire un temple sur le Palatin.

Aristote (384-322 av. J.-C.) : philosophe grec, né à Stagire (actuelle Stavros) en Macédoine, d’où son surnom de « Stagirite ». Il mourut à Chalcis, en Eubée. Fils de Nicomaque, médecin d’Amyntas III de Macédoine, il vient suivre les cours de Platon (428-348 av. J.-C.). Il y demeure jusqu’en 348, puis devient le précepteur d’Alexandre le Grand. Il fonde ensuite le Lycée, également appelé Ecole péripatéticienne, à Athènes en 335. Menacé par le parti anti macédonien à la mort d’Alexandre le Grand, il fuit Athènes et meurt à Chalcis. Son œuvre nous est parvenue sous forme de notes de cours, ce qui explique le caractère parfois
inintelligible de certains de ses écrits. Sa philosophie se divise en trois parties ; cette division est remarquable, car elle diffère de la division habituellement reçue (logique, physique, éthique) :

 

  1. la philosophie théorique : elle se divise en physique, mathématique et théologie
  2. la philosophie pratique  se divise en économie, éthique et politique
  3. la philosophie poétique comprend toutes les activités qui produisent une œuvre.

Les ouvrages principaux d’Aristote sont :

1. La Physique

2. La Métaphysique

3. La Politique

4. Ethique à Nicomaque

5. Rhétorique

6. La Logique (Organon) qui contient les six livres suivants :

  • De L’interprétation
  • Des Catégories
  • Analytiques Premiers
  • Analytique Seconds
  • Topiques
  • Réfutations sophistiques

ENGLISH:

Aristotle

for my father

'The terms "being" and "non-being" are employed firstly with reference to the
categories, and secondly with reference to the potency or actuality of these or their
non-potency or non-actuality, and thirdly in the sense of true and false.'

Aristotle, Metaphysics, 9, 10

You used to tell me, dear father,
that Beauty has its own dazzling motion
through itself and in itself
and that Truth is merely an attribution of thought! 

You also said this, father you said that to be
is to be unified, to be as one
and that essence is primordial unity!

You loved great Aristotle,
that impassioned river of words and rare intelligence,
that insatiable soul who wanted for his home country
the whole world, from the motionless Earth
to the transparent Sphere
where the fixed stars move and shine!

Naive and adolescent, I drank in your sparkling words,
loving your sonorous copper voice,
like a vine loaded down with fruit.

The fabulous magnificent summer bent over us
making the robins, that vagabond people,
cry out with passion!

How far away you are tonight, father,
lost in the sonorous dust of the years!

I feel so alone without you, lost
among the ancient voices
that sing in my flesh and shape my breath!

O Love! Flood my eyes with your heavenly compassion,
unfold across my face
the invigorated freshness of July's wild greenery!

And you, my Saviour, my Healer! Let me drink the pure waters
of pure and secret books!

O Mysteries, what silence spies in me
is this living wound that words gouge,
this invisible something, the most precious of all things!

Come back, tonight, O child of emerald green,
bring forward the hour of the great night of the Gnomon
embellished with sweet wallflowers and scarabs of nephrite,
come back with eyes smiling
and your face illuminated by that flowing confidence
that makes the notes of the flautists of Khalkis shiver
when they arrive to celebrate the mystic rites dedicated
to the Immortal Mother Goddess!

What are we without the Gods
and their burning hopes?

translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy

 

Mis à jour ( Vendredi, 05 Février 2010 19:54 )