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APOPHASIS (français)

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APOPHASIS

(Théologie apophatique)

« Christ serait-il né mille fois à Beth Léhem, c’est en vain pour toi s’Il n’est pas né dans ton cœur »

           Angelus Silesius (1624-1677)

Je Te chante, ô mon Seigneur,
Puisque Tu es Rien !
Mais je T’aime précisément pour cela,
Précisément par ce que tous mes sens,
Toute mon intelligence me disent que Tu es Rien.

Maintenant et toujours !

Oui, je ne T’aime que plus pleinement,
Plus précieusement,
Plus entièrement, ô mon Seigneur !
Je T’aime !

Maintenant et toujours !

On Te dit invisible, impénétrable,
Inénarrable, insaisissable, impensable
Inimaginable et intangible,
Ô mon Seigneur !

Maintenant et toujours !

Je T’aime, mon tendre Dieu, parce que
Dans la nuit de ma vie,
Dans les ténèbres de mon esprit,
Dans les abîmes de mon âme je ne Te vois pas.

Maintenant et toujours.

Mais mon cœur éploré, mon cœur blessé,
Mon cœur est plein de Toi : et Tu est Tout pour lui.
Mes sanglots Te connaissent
Ma gorge essoufflée sent Ta main sur mon sang !

Maintenant et toujours !

Ô doux nuage d’inconnaissance !
Devant le regard de mon cœur
Tu apparais dans toute Ta beauté !

Maintenant et toujours !

Ainsi, dans la nuit sombre, l’aube qui naît
Révèle la splendeur de la rose
Et donne à chaque chose
Sa valeur essentielle !

Je T’aime, mon doux Seigneur,
Maintenant et toujours !

Ô mon âme, réveille-toi,
Regarde mon Seigneur verser dans mon cœur
Les océans de sa lumière,
Les mers innombrables de son sourire !

Je T’aime, ô Cœur de mon cœur
Maintenant et toujours !

 

            Athanase Vantchev de Thracy

A Paris, ce vendredi 3 décembre, Anno Domini MMIV

Glose :

Apophasis (n.f.) : mot grec qui signifie 1.négation ; 2. déclaration, explication, réponse,
rapport fait au peuple par l’aréopage.

Apophatique (adj.) : du grec apophatikos, « négatif », opposé à cataphatique, du grec
kataphatikos, « positif ». Selon Pseudo-Denys Aréopagite, une des voies théologiques
possibles dans la connaissance de Dieu. Si la théologie cataphatique procède par affirmation,
la théologie apophatique, elle, procède par négation. La première conduit à une certaine
connaissance de Dieu : c’est une voie imparfaite. La deuxième fait aboutir à l’ignorance
totale : c’est la voie parfaite, la seule qui convienne à l’égard de Dieu, inconnaissable par
nature. La théologie apophatique découle naturellement du néo platonisme, Dieu étant « sur
essentiel » et par définition inconnaissable. Cet « Au-delà de Tout », cet « Un » dont procède
le tout ne peut supporter aucune définition, aucun qualificatif humain. On procèdera  donc par
négations successives afin d’épurer toute idée de la Divinité. On en viendra à dire par
exemple, Dieu n’est pas bon, Il est la bonté absolue, puis, en creusant le concept de bonté et
voyant qu’il dépend lui-même d’une conception dualiste du bien et du mal, on dira que Dieu,
étant au-dessus du bien et du mal, n’est ni bon ni mauvais. L’étape suivante du raisonnement
commence à poser problème : affirmer que Dieu est la source de toute chose, Il devient
automatiquement la source du bien comme du mal. Maître Eckhart (vers 1260-vers 1327)
va au-delà du néo platonisme qui pose des problèmes insolubles. Il définit Dieu comme néant
suressentiel,
ce qui laisse peu de place à l’activité spéculative et ouvre la voie à la mystique
pure.  

La théologie apophatique est une modalité d’entrer en communion avec Dieu qui ne peut
être objectivé ou connu dans son essence transcendante. Son but est l’ascension vers l’union
déifiante.

Angelus Silesius (Breslau 1624 – id. 1677) : théologien et poète allemand. Médecin du duc
de Wurtemberg, lecteur des mystiques allemands (Tauler, Böhme), il abjura le luthérianisme
dans lequel il avait été élevé et entra dans l’ordre des franciscains. Ce sont les accents
mystiques d’une spiritualité proche du Moyen Âge qui le rendirent immortel.  Ecrit en
distique, Le Pèlerin chérubinique (Der cherubinische Wandersmann, 1674) décrit, par une
grande abondance d’images, le cheminement de l’âme du renoncement au monde et à la
personnalité à la connaissance de Dieu.