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Bonsoir, mon amie, bonsoir - français

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BONSOIR, MON AMIE, BONSOIR

 

« Car il n'est rien de perdu qui ne se puisse retrouver,

pour qui le cherche »

Edmund Spenser

Bonsoir, mon amie, bonsoir,

Bonsoir, ma petite fleur des champs,

J’embrasse l’air qui porte ton nom sonore

De corolle en corolle,

De brindille en brindille,

De bouche en bouche.

 

Grande est la nuit, mon amie,

Noire et pleine de rumeurs.

Les ombres bergères, pieds nus,

Gardent les troupeaux de nuages.

 

Les bras pleins de souvenirs

Et de dahlias

J’effleure les vagues de ma mémoire,

Qui ploie sous le poids bleu des souvenirs.

 

Oh le temps qui roule

Comme des pommes rouges

Sous les arbres, en automne !

 

Ah la vie, cette forêt de signes,

Forte, âpre, dense et farouche !

 

Oh proues des barques des heures

Qui bravent les tempêtes et le sel

Qui avancent dans la chaux des matins

Et le ciel chardon du soir.

 

Les branchies des océans, mon amie,

Les filets laborieux de pure lumière,

Le rythme ensorcelant des rames des pécheurs !

 

Les calleuses mains chantantes

Des ouvriers

Et la splendeur entière de la mer

Dans ta voix !

 

Toi qui rêves à un pays où l’angoisse

Est un champ infini de violettes blanches

Au parfum captieux !

 

Bonsoir, mon amie, bonsoir !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 31 janvier 2019

Glose :

Edmund Spenser est un des plus grands poètes anglais de la période élisabéthaine, né à Londres vers 1552 et mort en 1599.

Fils d'un artisan tailleur issu d'une famille pauvre de Londres, Edmund Spenser fait ses études dans une grammar school (école publique), puis à Cambridge, où il entre grâce à une bourse : il est alors à la fois étudiant et homme à tout faire. Ses études terminées, il obtient ses grades de bachelier ès arts en 1573 et s'attache à plusieurs grands seigneurs comme l'évêque de Rochester John Young en 1578, dont il est le secrétaire dès sa nomination. La carrière d'homme de lettres est à l'époque impossible, et il est nécessaire aux écrivains de travailler comme fonctionnaire, secrétaire, précepteur, etc. Spenser travaille d'abord en 1579 pour le comte de Leichester, Robert Dudley (1532-1588), favori de la reine Élisabeth, chez qui il rencontre Philip Sidney (1554-1586), neveu du comte, poète qui aura une grande influence sur lui, et de Edward Dyer (1543-1607), courtisan et poète à ses heures. Puis en août 1580 pour le lord-deputy d'Irlande Arthur Gray (1536-1593), lord Gray de Wilton. Il passe sa vie en Irlande.

Il épouse en juin 1594 Elisabeth Boyle qui lui donne un fils, Peregrine.


En 1598, il voit son manoir de Kilcoman détruit par un incendie lors des hostilités entre Anglais et Irlandais, ce qui l'oblige à se réfugier à Cork.

Il est enterré dans le transept sud de l'abbaye de Westminster.

Après des traductions de Pétrarque et de Du Bellay, il commença sa carrière en 1579 par un poème pastoral, The Shepheardes Calender, aussitôt salué comme un chef-d'œuvre.

Il enrichit la poésie anglaise, notamment par quatre recueils de poèmes dont les plus célèbres sont Amoretti, recueil de sonnets à l'inspiration italienne et pétrarquisante et Epithalamion, poème bucolique qui doit beaucoup à l'étude deVirgile.

Son nom reste attaché à une forme de strophe, dite Spenserian stanza, composée de huit décasyllabes et d’un alexandrin. Cette strophe sera reprise par les célèbres poètes romantiques anglais du XIXe siècle : Keats, Shelley et Lord Byron.

On lui doit surtout le premier grand poème épique de la littérature anglaise, La Reine des fées (The Faerie Queene), publié en 1596. Le succès de cet ouvrage lui a valu d'être considéré comme le plus grand poète de son temps. Passant de l'Epithalamion à la Reine des fées, c'est-à-dire du poème bucolique à l'épopée, Spenser ne peut qu'avoir eu l'impression de refaire le chemin de Virgile entre les Bucoliques et l’Énéide.