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Impétueusement belle, la nuit - français / anglais

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IMPÉTUEUSEMENT BELLE, LA NUIT

 

À Élisabeth Canori Mora

Le chant envoûtant des grenouilles

Qui jouent avec la broche de la lune

Dans l’eau verte de bonheur !

 

Cercles luisants des formes définies

Par la danse gracieuse des ombres !

 

La brume mauve

Efface avec douceur

La lumière des fenêtres !

 

Le calme incandescent,

L’espace indéchiffrable,

La nuit qui édifie les paroles !

 

Chantres et chartistes thuriféraires,

Jeunes naviculaires,

Dieu tutélaire de la joie,

Aimable fermeté de l’inspiration subite !

 

Et nos noms d’enfants, mon ange,

Écrits en onctueuse encre rouge

Dans les antiques registres paroissiaux !

 

Ô cette immortalité qui respire

Dans nos frêles poitrines !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 17 janvier 2019

 

Glose :

Élisabeth Canori Mora (1774-1825). Elle naît dans une famille riche et profondément chrétienne. Thomas, le père, est un important propriétaire terrien près de Rome, du mariage de ses parents sont nés douze enfants, dont six sont morts en bas âge. Quelques années plus tard, la situation économique de la famille se détériore, Thomas Canori confie Elisabeth et une de ses sœurs à son frère qui vit à Spolète. Son oncle les envoie ensuite chez les augustines du monastère de Sainte-Rita-de- Cascia, où Élisabeth se distingue par son intelligence et sa vie intérieure.

De retour à Rome, elle mène une vie en rapport avec le prestige des dames de la société de l'époque. Un prêtre ami de la famille lui suggère d'entrer chez les oblates de saint-Philippe mais elle refuse pour ne pas laisser sa famille dans le besoin. Le 10 janvier 1796, à 21 ans, elle épouse Christophe Mora, un jeune avocat, fils d'un riche médecin. Les premiers mois sont heureux mais rapidement la fragilité psychologique de Christophe se révèle, ce sont d'abord des crises de jalousie, puis il trompe sa femme et néglige sa famille.

Élisabeth ne lui fait aucun reproche et continue à lui montrer de l'affection, ses deux enfants meurent en bas âge, puis elle donne naissance à deux filles, Marianna en 1799  et Maria Lucina en 1801. Christophe n'exerce plus au barreau et dépense inconsidérément son argent, Élisabeth doit vendre ses bijoux et travailler pour rembourser les dettes et faire vivre sa famille, malgré cela, ils sont obligés de quitter leur appartement pour aller vivre chez les parents de Christophe.

En 1801, elle souffre d'une maladie mystérieuse et risque de mourir, mais elle est guérie de façon inexplicable, ce rétablissement donne lieu à un progrès spirituel avec sa première expérience mystique, puis des visions, des prophéties, des guérisons. Elle offre ses souffrances pour le pape, pour l'Église, pour la conversion de son mari, et Rome. En 1807, elle entre dans le Tiers-Ordre de la sainte Trinité.

Son beau-père meurt en 1812, elle retourne vivre à Rome dans un appartement qui devient rapidement un point de rencontre pour de nombreuses personnes à la recherche d'une aide matérielle et spirituelle, spécialement pour des familles dans le besoin. Fin décembre 1824, elle tombe malade, elle annonce à ses filles que ce sera sa dernière maladie, et déclare à son mari qu'il se convertira après qu'elle sera décédée, elle meurt le 5 février 1825 entourée de ses deux filles. Ce jour-là, Christophe rentre très tard et découvre son épouse morte, il pleure et regrette ses erreurs. Peu de temps après sa mort, comme elle l'avait prédit, son mari devient tertiaire de l'ordre trinitaire, puis prêtre franciscain.

Elle est béatifiée avec Jeanne Beretta Molla, une autre mère de famille, et Isidore Bakanja,  un laïc congolais martyr, le 24 avril 1994 lors de l’année internationale de la famille par Jean-Paul II. Le pape la propose comme modèle pour les familles chrétiennes, son corps repose à Rome à  l’église Saint-Charles-des-Quatre-Fontaines et sa fête est célébrée le 5 février.

 

Chartiste  (n.m.) spécialiste de l’étude des chartes. Élève de l’École des chartes à Paris.

 

Charte (n.f.) : du latin chartula, de charta, « lettre ». Écrit solennel qui était destiné à consigner des droits ou à régler des intérêts. Ensemble de lois constitutionnelles d'un pays. (Avec une majuscule le plus souvent.). Loi, règle fondamentale : La charte des droits de l'homme.

Thuriféraire (n.m.) : le thuriféraire (du latin turifer, « porteur d'encens », lui-même composé d'un mot grec θυςthus, « l’encens » et du latin ferre, « porter ») est le servant d’autel chargé du maniement de l’encensoir lors de la messe ou de certains offices de la liturgie. Il est parfois accompagné du naviculaire, servant qui s'occupe de porter la navette contenant l’encens. La fumée de l'encens que porte le thuriféraire symbolise à la fois le respect, la purification, et la prière qui monte vers Dieu : «  Que ma prière devant toi s'élève comme un encens  » (Psaume 140), aussi le thuriféraire veille-t-il à ce que l'encensoir soit toujours allumé pendant la cérémonie. L'encensoir est aussi utilisé lors de la Divine Liturgie orthodoxe, mais il est manié en général par un prêtre ou un diacre.

 

Thuriféraire est également un adjectif désignant tout porteur d'encens, comme les anges thuriféraires.

 

Au sens figuré, un thuriféraire désigne une personne qui, portant une estime démesurée à une personnalité de renom ou de premier plan, savante ou politique, religieuse ou littéraire, la croit digne de toutes les louanges et la défend agressivement contre les moindres critiques ou mises en doute des détracteurs éventuels ; si le porteur de louanges et le défenseur de l'œuvre idéalisée est hypocrite ou peu sincère, agissant par intérêt courtisan, il devient vite un flatteur, un flagorneur, cette métaphore attestée en 1801 dans un usage littéraire rappelant le rôle de l'encenseur qui offrait de l'encens aux dieux, activité proche de l'idolâtrie.

Tutélaire (adj.) : du latin tutelaris, dérivé de tueor, « regarder fixement, avoir à l’œil » d’où « surveiller, protéger »). Qui tient sous sa garde, sous sa protection. Protecteur, défenseur.

 

ENGLISH :

 

Impetuous Beauty of the Night

to Elizabeth Canori Mora

The bewitching song of frogs

playing with the brooch of the moon

in the green waters of happiness!

 

Shining circles of forms defined

by the graceful dance of shadows!

 

The mauve mist

gently extinguishes

the light from windows!

 

The incandescent quiet,

the indecipherable space

the night bringing virtue to words!

 

Cantors and Chartists carrying censers,

young naviculars,

the tutelary God of joy,

pleasant resoluteness of sudden inspiration!

 

And our childish names, my Angel,

writings in smooth red ink

in ancient parish registers!

 

O this immortality breathing

in our frail breasts!

 

 

Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges

Mis à jour ( Dimanche, 20 Janvier 2019 10:57 )