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L'éphémère et l'immortel - français

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L’ÉPHÉMÈRE ET L’IMMORTEL

À Kóstas Karyotákis

L’épars et le fugace

Qu’unit la clarté nuptiale du matin !

 

L’éternité et la beauté,

Même cercle de lumière !

 

Ô cette espérance légère

Que libère l’instant intimement heureux !

 

Et cette odeur limpide de coings

Sur la vieille commode !

 

Je n’ai de cesse que je rende vie

Aux objets qui m’entourent

Au milieu du vertige immobile de l’air !

 

Non, je n’ai peur

Ni de la fébrile élégance de la feuille blanche,

Ni de l’infime lenteur des mouvements des êtres,

Encore moins de la fauve tranquillité

Qui règne dans le silence des couloirs !

 

Les strophes naissent sobrement

De l’indécis, de l’instable, de l’incertain

Quand le corps est endolori

Par l’excès du transport divin !

 

Tout frissonnant, je reste debout

Et veille en écoutant le temps,

Vêtu de sa robe incarnat,

Marcher derrière

Le calme incandescent de la fenêtre !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 14 décembre 2019

 

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Kóstas Karyotákis (grec moderne : Κώστας Καρυωτάκης) (1896-1928) est l’un des poètes grecs les plus représentatifs des années 1920. Il se suicida en 1928. Son œuvre, peu appréciée de son vivant, est représentative du climat de scepticisme qui prédomine dans la génération des poètes de cette époque. Odisséas Élytis, dans Chronique d'une décennie, le présente cependant comme « le grand favori » des années 1925-1930.

Kóstas Karyotákis est né à Tripoli, dans le Péloponnèse. Sa jeunesse est marquée par de multiples déménagements qui amènent sa famille à Leucade, Larissa, Kalamata, Athènes, ou encore à La Cannée en Crète, son père étant ingénieur de travaux civils. À La Canée, il rencontre Anna Skordili et tombe amoureux d'elle. En 1913, il est diplômé du Premier collège de La Canée avec de très bonnes notes. À 16 ans, il présente ses premiers poèmes dans diverses revues pour enfants et, en 1919, il publie son premier recueil de poèmes, La douleur de l'homme et des choses.

Après des études de droit qu’il termine en 1917, il s’essaie au métier d’avocat mais le manque de clients le conduit à demander un poste de fonctionnaire à la préfecture de Thessalonique. Ses rapports avec la hiérarchie et la bureaucratie feront qu'il sera rapidement éloigné de son poste et nommé à Syros. Il revient ensuite à la préfecture d'Athènes où il se lie avec la poétesse Maria Polydoúri alors qu'il publie son deuxième recueil, Népenthès, qui est primé dans un concours poétique en 1920. De 1924 à 1928, il voyage à travers la France, l’Italie et l’Allemagne. Son dernier recueil, Élégies et satires, paraît en 1927.

Nommé à Patras, puis à Préveza, il ne cesse de se plaindre de l’ennui, de la petitesse et de la mesquinerie de la vie provinciale et sombre dans un profond désespoir qui le conduira au suicide. Le 21 juillet 1928, il se tire une balle dans le cœur après avoir tenté en vain de se noyer.