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Ce bleu égyptien - français

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CE BLEU ÉGYPTIEN

Dura bonis sed utilis

Le bleu égyptien de ta robe

Et tes mains de fine porcelaine

Abandonnées à la grâce de la brise !

 

Les longs gémissements des chênes

À la lisière de la forêt

Caressés par le dur froid de l’hiver.
La joie de revoir l’aube chargée d’ans
Qui entre dans la maison,

Couvre tout de son amour

Et s’assied à table à côté de nous.
Je serre contre ma poitrine
L’ardeur contenue de tes doigts
Et accepte d’être ce havre enchanté
Où viennent s’abriter
Les navires de ta jeune tendresse.
Ah, cette rumeur mélodieuse
De la lumière vierge du matin

Qui vient défaire les nœuds de la tristesse,

Cette chaleur d’une pomme oubliée

Sur la commode

Et la peur d’avoir laissé partir à jamais

La musique des dernières feuilles

Du mois de décembre !

 

Âme, appuie-toi contre la vitre

Avec sa couleur de vert d’eau

Pour lire à voix basse

Le riche catalogue des fleurs,

Écouter cette présence vibrante

Des amis aimés dans tes pupilles,

Et sentir le poids du jour

Sur tes épaules nacrées !

 

Toi qui portes sur tes lèvres

La musique des poèmes

De Mihály Vörösmarty

 

Toi, avec ton regard transparent

Si près de devenir cantique !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 8 janvier 2019


Glose :

 

Dura bonis sed utilis – locution latine qui signifie « Dure mais utile pour les bons »

Mihály Vörösmarty Mihály Vörösmarty (1800-1855) est un poète et écrivain hongrois. Il est l'auteur de plusieurs poèmes, considérés comme des épopées nationales en Hongrie, et du célèbre Szózat, devenu un second hymne officiel.

Chef de file des Romantiques, il est le plus important poète de la première moitié du XIXe siècle. Né en Transdanubie d'une famille de hobereaux appauvris, il fait des études de droit à l'Université de Pest, puis, devenu précepteur, il tombe désespérément amoureux de la fille de la famille. Il écrit dès l'âge de quinze ans. Sa première œuvre importante, La fuite de Zalàn (1825), une épopée sur l'arrivée des Hongrois, connaît un succès retentissant. Le nationalisme triomphant de sa génération lui fait un excellent accueil.

Vörösmarty se plie aux exigences de la noblesse en matière de conceptions historiques ; il recrée une mythologie hongroise depuis longtemps perdue, ou qui n'a peut-être jamais existé. Dans ses poèmes épiques plus brefs, l'apport personnel perce derrière la narration; ce sont des histoires situées dans des époques lointaines, imaginaires. Cette période de son œuvre se clôt par la pièce féerique et philosophique Csongor et Tünde (1830), dont l'humour rappelle celui de Shakespeare dans Songes d'une nuit d'été. D'ailleurs, il donne de remarquables traductions de Shakespeare. Ses autres pièces se ressentent parfois de l'influence de Hugo et des mélodrames allemands.

Il rejoint Karoly Kisfaludy et le cercle romantique de l'almanach Aurora. A partir de 1836, il dirige la revue Athenaeum. À cette époque, sa poésie reflète des préoccupations d'ordre national, mais son patriotisme se situe à une échelle presque cosmique qui touche aux problèmes de l'humanité entière. Il se marie en 1843 et écrit des poèmes d'amour à son épouse de vingt ans plus jeune. Partisan de Kossuth, il est élu député en 1848. En 1849 il doit se réfugier dans la clandestinité. Gracié, il se retire dans ses terres. Sa santé est minée, il est au bord de la folie, et c'est alors qu'il écrit ses poèmes visionnaires, les plus grandioses.