Statistiques
Blogspot            ancien site - cliquer ici / old website - click here            Poetrypoem

Immortalia mortali sermone notantes - français / anglais

PDF
Imprimer
Envoyer

IMMORTALIA MORTALI SERMONE NOTANTES

« Ah, que la mémoire serait vaine
s’il n’y avait pas de poèmes pour l’aimer »

Silvina Ocampo

 

Ce concert envoûtant des grêles passereaux

Au bord de la margelle.

Voix légères qui emplissent le ciel

D’une mélodieuse clarté !

Les premières lueurs de l’aube,

Dans mes mains jointes

Tremblent encore les cœurs aimants des étoiles.

 

Ô délicieuse fraîcheur du matin
Sur l’eau qui frissonne,

Collines voilées de la soie grège de la brume !

 

Amie aimée, que faire

De notre impossible immortalité ?

Que faire des frissons

Qui parcourent nos auriculaires unis ?

 

Ah, cet arôme vacillant des coings d’or

Dans la jaune pénombre de la chambre !

 

La harpe de l’horloge qui fait danser,

Habillées de tuniques mauves, les heures !

 

Le chaleureux scintillement

Des fleurs à la fenêtre !

L’air lavé du parfum enivrant des brins de lavande !

 

Et tes mains qui effleurent

De leur tranquille douceur

Le bleu de cette excessive matinée !

 

Ô tes lèvres, complices du jour qui naît !

 

À la vitesse de l'éclair

Passera la lumière ce jour d’hiver

Et le temps qui bat dans nos poitrines

S’évanouira sur la grise épaule du soir !

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 6 janvier 2019

 

Glose :

 

Silvina Ocampo (1903-1993) est une des plus grands poètes argentins.

Née dans une famille aisée, elle va suivre à Paris des cours de dessin et de peinture sous la tutelle de Giorgio de Chirico et de Fernand Léger. Sa sœur aînée, Victoria, femme influente et éditrice du magazine argentin à succès Sur, l’invite à écrire pour elle. 

Ainsi, pendant environ vingt-cinq ans, elle écrit pour ce magazine des articles, des poèmes et des nouvelles. Elle rencontre, à l’âge de 28 ans, l’homme de sa vie, Adolfo Bioy Casares, autre écrivain argentin, qu’elle épouse en 1940, et dont elle aura une fille, Marta. 

Elle collabore avec Borges et Casares à deux anthologies de la littérature fantastique de l'époque, "Antología de la literatura fantástica", en 1940, et "Antologìa poética argentina", en 1941.


Elle publie sept recueils de nouvelles entre 1937 et 1988 et traduit une bonne vingtaine d’œuvres de ses auteurs favoris.

On cite parmi ses ouvrages les plus importants: "Ceux qui aiment, haïssent" (roman policier, écrit en collaboration avec Adolfo Bioy Casares) en 1946, "Autobiographie d'Irène" (recueil de nouvelles) en 1948, « Les noms » (poèmes) en 1953 et "La colère" (contes fantastiques) en 1959.

Immortalia mortali sermone notantes : expression latine qui signifie «
Exprimant des choses divines en termes humains ». Devise empruntée à Lucrèce et reprise par Montaigne dans ses essais.

Auriculaire (n.m.) : cinquième doigt chez l’homme.  Le terme auriculaire désigne ce qui a rapport à l'oreille, c'est pourquoi ce cinquième doigt porte ce nom, car c'est le seul dont la taille permet l'introduction dans l'oreille. On l'appelle également petit doigt, car il est le plus petit des cinq doigts de la main.

Dans les comptines enfantines, le petit doigt est doué de la parole et peut confier des secrets dans le creux de l'oreille : « Mon petit doigt m'a dit que… » ou « Mon auriculaire m'a dit que… »…

Pour les Bambaras, l'auriculaire, appelé « le fils des autres doigts », possède le nyama, c'est-à-dire la force vitale des autres doigts ; on l'emploie pour la divination et pour jeter des sorts. Il est le doigt de Mercure.

 

ENGLISH :

 

Immortalia Mortali Sermone Notantes*

‘Ah, how futile memory would be

if there were no poems to love it.’

Silvina Ocampo

 

This bewitching concert of delicate sparrows

at the edge of the coping.

Light voices filling the sky

with a melodious clarity!

The first light of the dawn,

in my joined hands

the loving hearts of the stars still tremble.

 

O deliciously fresh morning

on the shivering waters,

hills veiled in the raw silk of the mists!

 

Beloved friend, what are we to do

with our impossible immortality?

What are we to do about the shivers

that run through our linked little fingers?

 

Ah, the faltering fragrance of golden quinces

in the yellow half-light of the room!

 

The harp of the clock which makes the hours dance,

dressed in mauve tunics!

The warm glimmer

of flowers at the window!

The air washed clean by the intoxicating scent of sprigs of lavender!

 

And your hands barely just brushing

with their quiet gentleness

the blue of this inordinate morning!

 

O your lips, accomplices of the dawning day!

 

The light of a winter’s day

will pass with lightning speed

and time which beats in our breasts

will swoon upon the grey shoulder of the evening!

 

*Giving to things immortal mortal names

 

Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracyby Norton Hodges

Mis à jour ( Mardi, 08 Janvier 2019 22:23 )