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Parle, parle, mon ange - français

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PARLE, PARLE, MON ANGE

 

« Chacun reste seul sur le cœur de la terre
percé par un rayon de soleil
et soudain c'est le soir »

 

Salvatore Quasimodo

 

I.

 

Parle, parle, parle, mon ange,

Que ta voix de clochettes blanches

Sonne dans cette nuit d’hiver

Sous les arbres nus

Qui rêvent de feuilles !

 

Qu’elle coule comme l’onde fraîche

Qui chante en été sous les hauts pommiers,
Dans le verger qu’agite le vent léger,

Le doux vent qui apporte

Dans ses bras généreux l’abondance de vie !

 

Parle, mon ange, sème

Dans la terre fertile de mon cœur

Les petits grains de l’amour !

 

II.

 

Je ferme les yeux et écoute

Le bruit velouteux des pas

Des ours et des loups

Sur les étroits sentiers sinueux

Des forêts dénudées

Là où la nostalgie

Reste assise sur un rameau de chêne

Et le doux poids de la tristesse

Plie les branches de l’obier rouge.

 

Je ne sais, mon ange,

Je ne sais où mènent ces sentiers

Vers quelle chaleur d’une secrète demeure,

Vers quelle étoile

Avec les petits navires de ses sourires

Ou quelle mer

Avec ses nonchalantes ondulations

Qui montent jusqu’à nos coeurs.

 

Ta voix, clé des songes

Qui ouvre la porte

De la maternelle félicité de l’aube.

 

Toi et moi, mon ange,

Deux petites flammes hésitantes

Dans l’insondable éternité !

 

Parle, parle, mon ange !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 5 janvier 2019

Glose :

Salvatore Quasimodo (1901-1968)
est un des plus grands poètes italiens.

Désireux de devenir ingénieur, il fréquente les écoles techniques à Palerme, puis s’inscrit à l'École polytechnique à Rome. En outre, il étudie le latin et le grec à l'Université. Mais pour des raisons financières, il ne peut pas terminer ses études. Employé dans l'administration du génie civil, il est envoyé dans différentes régions de l'Italie. En 1930, parait son premier recueil "Eau et terre". Deux ans plus tard, il publie "Hautbois submergé".

Entre 1930 et 1938, années où il quitte son poste, il fait la connaissance de nombreux auteurs et peintres italiens de premier plan. En 1938, il devient rédacteur en chef de l'hebdomadaire Tempo et, trois ans plus tard, il est nommé à la chaire de littérature italienne au Conservatoire Giuseppe Verdi de Milan.

Au cours des années trente, il est un chef de file de l'école "hermétique" de la poésie. Ses traductions ultérieures, qui vont des poètes grecs et latins (Sophocle, Eschyle, Euripide, Ovide, Virgile, etc.) à Shakespeare et Molière et à des écrivains du XXe siècle (Neruda, E.E. Cummings, etc.), reflètent son goût pour les œuvres originales.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il éprouve le besoin de se sentir un avec les gens et de se déclarer comme tel dans ses poèmes. Pour lui, le rôle du poète dans la société est d'être actif; il doit s’engager dans les luttes contemporaines. Ces points de vue s'exprime dans "Jour après jour" (1946), et "La vie n'est pas un songe" (1949).

Les œuvres ultérieures de Quasimodo montrent ce changement de l'individualisme vers la socialité et affirment les caractéristiques positives de la vie, même dans un monde où la mort est une peur omniprésente. Dans "L'Incomparable Terre" (1958), il tente de fusionner vie et littérature et développe un nouveau langage clair et accessible. 

Il reçoit le Prix Nobel
de littérature en 1959, « pour sa poésie lyrique, qui avec le feu classique exprime l'expérience tragique de la vie de nos jours ».