Statistiques
Blogspot            ancien site - cliquer ici / old website - click here            Poetrypoem

Puisque tu es parti - français / anglais

PDF
Imprimer
Envoyer

PUISQUE TU ES PARTI

À mon ami Ilia

I.

Puisque tu es parti et que ton corps fatigué

Dort à présent sous la fraîche terre d’automne

Arrosée par mes larmes,

Je reste immobile et douloureux

Devant ta photographie

De magnifique jeune homme !

 

Les fleurs lilas des schlumbergeras essaient

De consoler mon âme désolée !

 

Je feuillette les pages

D’un livre parfumé de feuilles de menthe

Et sanglote.

 

II.

 

Comme moi, la mer est si solitaire

Et rêve de rires d’enfants et de caresses de barques !

Abandonnée, elle compte, la nuit, les étoiles
Et comme moi ne peut dormir

Ses paupières chargées

De l’impossible lumière de l’été !

 

Ô solitude de fleurs sauvages,

Vents qui apportent

Le doux parfum de pommes et de poires !

 

Ô mer silencieuse à l’aube

Entre l’âcre arôme de feuilles mortes

Et le suave chuchotement liquide

Des  nuages !

 

III.

 

Puisque tu n’es plus,

Je parle avec l’ultime lueur  du temps
Qui rutile entre les rameaux

Et songe aux grandes toiles

Si violemment bariolées

D’Oskar Kokoshka !

 

Ô mon ami,

J’écoute, tout tremblant, les cardinales voix

Des Anges consolateurs !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le24 décembre 2018 .

Glose :

Schlumbergera (n.m.) : le Cactus de Noël est un genre de plantes succulentes appartenant à la famille des Cactaceae. Elle fleurit en hiver.

 

Oskar Kokoschka (1886-1980) est un célèbre peintre autrichien.

En 1910, il s’établit à Berlin.

À partir de 1912, Kokoschka vit une grande passion avec Alma Mahler. Cet amour et leurs échanges épistolaires passionnés lui inspirent différentes œuvres d'art, dont la peinture La Fiancée du vent, (1913), et des tableaux les représentant tous deux amants. Après leur rupture, Kokoschka demande à Hermine Moos, une costumière de théâtre à Munich, de fabriquer une poupée de tissu grandeur nature représentant Alma. Il donne à Hermine des instructions très précises sur la fabrication de cet objet destiné à « abuser tous les sens », dans des lettres écrites de l'été 1918 au printemps 1919..

Sa peinture, à cette époque, évolue vite : il commence à travailler avec des brosses plus larges et applique de plus en plus de couleurs. En 1914, il se joint aux peintres de la Sécession viennoise à Berlin.  En 1915, mobilisé pour les combats de la Première Guerre mondiale, il est gravement blessé lors d'un combat en Ukraine (balle dans la tête et coup de baïonnette dans le poumon). En 1917,  il s'installe à Dresde, où il rencontre Adolf Loos, architecte et ami viennois. De 1919 à 1924, on lui confie une chaire à l'École des arts de Dresde. Ne souhaitant pas être débordé par l'académie, le peintre entreprend des voyages. Il revient à Vienne en 1933.

Après la mort de sa mère, il s'exile pour des raisons politiques en 1934 à Prague où il rencontre celle qui va devenir sa femme, Olga Palkovska. Après Prague, où il reste jusqu'en 1938, puis Londres (1938-1953), il s’établit en 1953 définitivement à Villeneuve, en Suisse, à l'extrémité orientale du lac Léman.  Il y passe les vingt-sept dernières années de sa vie. Il est enterré au cimetière de Clarens sur la commune de Montreux. La Fondation Kokoschka se situe au musée Jenisch de Vevey  (Suisse). Sa veuve meurt en 2004.

Il inspire des générations de peintres, parmi lesquels Alkis Pierrakos, qu'il rencontre à plusieurs reprises à Londres en 1950, mais aussi Hans Bellmer.

 

ENGLISH :

 

Since You Left Us

for my friend Ilia

1.

Since you left us and your weary body

now sleeps beneath the fresh autumn earth

watered by my tears,

I have stood motionless and sorrowful

before the photograph in which you look

such a splendid  young man!

 

The lilac flowers of the Christmas cactus try

to comfort my desolated soul!

I leaf through the pages

of a book scented with mint leaves

and I break down in tears.

 

2.

Like me, the sea is so solitary

and dreams of children’s laughter and small boats offering their caresses!

Abandoned, at night it counts the stars

and like me, it cannot sleep,

its eyelids weighed down

with the impossible light of summer!

 

O solitude of wild flowers,

winds which bring with them

the sweet fragrance of apples and pears!

 

O sea silent at dawn

between the pungent odour of dead leaves

and the sweet liquid whispering

of the clouds!

 

3.

Since you left us

I’ve been speaking to the ultimate light of time

that glows between the branches

and dreams of the great violent

brightly coloured canvases

of Oskar Kokoschka!

 

O my friend,

I listen, my body trembling, to the august voices

of the consoling Angels!

 

 

Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges

 

Mis à jour ( Vendredi, 04 Janvier 2019 17:10 )