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Cette nostalgie enfantine - français

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CETTE NOSTALGIE ENFANTINE

À Vitorino Nemésio

 

I.

Solstice d’hiver, Solstice heureux,

Fêtes répandues sur tous les continents.

 

Seigneur, pourquoi cette nostalgie enfantine

Dans la chaude clarté de ma voix

Qui court sur le déferlement des océans

Et se réfugie dans la calme dormition

Des prairies des îles heureuses ?

 

Toi, qui erres souvent

Au bord du lac couvert de glace

Avec ses jardins de buissons glacés

Et son immobile beauté !

 

II.

Toi, le pèlerin, qui est renoncement, solitude

Et divine abnégation,

Tout en sachant l’inutilité de tes pas !

 

Et cette bise avec sa voix chantante et forte

Qui, en ce matin glacial,

Pareille à une hardie bergère,

Commande et rassemble

Les oies et les oiseaux sur les prés blancs !

 

Ah, puis-je comme saint André

Le Fol en Christ

Manger de la neige

Qui se change en parfum délicieux

Dans ma bouche ?

Lui qui avait une appétence inextinguible

Pour le Christ

Et une insensée effusion d’amour

Pour les hommes !

 

Ô sainte nostalgie aux cheveux d’or

Qui coulent entre mes doigts de perce neige

Comme des flots de vin blond,

 

Je sais que le sort me donnera selon mes larmes

De lis de la vallée !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 22 décembre 2018

Glose :

Vitorino Nemésio (19 décembre 1901-20 février 1978)
est un éminent poète portugais né sur l'île de Terceira, dans l'archipel des Açores. Son premier recueil de poèmes a été écrit en français (La Voyelle promise, publié en 1935). Le reste de son œuvre est en portugais.

Considéré comme l'un des meilleurs poètes portugais du XXe siècle, il fut également romancier, critique, professeur, puis directeur de l'Université de Lisbonne, et fondateur de la revue littéraire la Revista de Portugal. Son chef d'œuvre, le roman Mau Tempo no Canal (Gros temps sur l'Archipel, initialement traduit en français sous le titre Le Serpent aveugle), date de 1944.

Notre vénérable saint André le Fol en Christ.

Esclave d'origine scythe, il vivait, au Xe siècle,  à Constantinople, au service d'un dignitaire de la Garde impériale (protospathaire). Il apprit rapidement les lettres sacrées et profanes, et faisait l'admiration de son entourage pour son savoir. Une nuit, alors qu'il se tenait en prière, il vit avec effroi une armée d'Ethiopiens prête à affronter une troupe d'hommes blancs. Invité à engager un combat singulier contre le champion des barbares, André l'étendit à terre et, en récompense, il reçut d'un Ange trois couronnes, alors que le Christ, apparaissant sous l'aspect d'un jeune homme, lui disait : « Mène, nu, ce bon combat, et fais-toi fou pour Moi, afin d'être digne du Royaume des cieux ! » Dès le lever du jour, obéissant à cet ordre divin, André entama sa carrière de fou pour le Christ en coupant sa tunique avec un glaive et en poussant des cris qui effrayèrent toute la maisonnée. Son maître, le croyant possédé, le fit enchaîner et garder à l'église Sainte –Anastasie. Il y passait ses jours à contrefaire la folie par toutes sortes d'excentricités, et priait toute la nuit, confirmé dans cette voie par l'apparition de sainte Anastasie Pharmacolytria (guérisseuse)...

Lors d'une autre vision nocturne, il fut invité à servir un roi dans son palais, et reçut à manger de la neige, qui se transforma en un parfum céleste. Puis on lui offrit des fruits amers –  symboles de la voie étroite qu'il devrait suivre – , et après cela une nourriture exquise lui fut donnée, qui lui procura une divine extase. Libéré après quatre mois de détention dans l'église, André commença à se comporter en public à l'imitation de saint Syméon le Fou. Mais, alors que Syméon usait de la folie, sous forme d'ironie ou de dérision, pour condamner les pécheurs et les vaines valeurs de ce monde, saint André, par ses facéties, s'offrait plutôt au mépris et aux mauvais traitements, à l'imitation du Christ, pour manifester la "folie de la Croix" (cf 1 Cor. 1:18). Appliquant à la lettre les paroles de l'Apôtre qui a dit : « Nous sommes fous à cause du Christ » (I Cor. 4:10), il s'offrait volontairement à la dérision et aux coups, et se faisait "la balayure du monde, l'universel rebut" (I Cor. 4:13), pour acquérir le Royaume des cieux et y mener les autres.

Saint Syméon (VIe siècle) est le principal et le plus expressif représentant de ce genre d’exceptionnelle  sainteté, qui est, en général, déconseillée par les Pères.