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GAILLARDIA - français / anglais

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GAILLARDIA

 

Ces lourds nuages de novembre,

Le vol silencieux des corbeaux.

 

Au milieu des gaillardias du balcon,

Délassant mes pieds usés dans une eau limpide,

Je regarde le jardin aux feuilles rouillées.

 

Ainsi le grand Catulle,

De sa célèbre villa à Sirmione,

La charmante presqu’île étroite

Qui s’avance, toute verte et fleurie, dans le lac de Garde,

Admirait-il les travaux des champs

En compagnie des Muses mélodieuses.

 

Fermant les yeux, il suivait,

Envoûté, la joyeuse thiase

Formée de satyres et de ménades,

Adorateurs d’une divinité orgiastique.

 

Pudique, il chanta la divine beauté de Lesbie,

Mais ne tourna jamais le dos aux poètes néotériques

Calvius,  Valerius Caton,

Varron d’Atax, Ticidas, Cinna ou Anser !

 

Et comme moi, il reposait d’un doux sommeil,

Abandonné dans une couche solitaire.

 

Né poète, dans ma jeunesse florissante,

Je vivais mes printemps joyeux

En changeant le feu de mon sang

En odes flamboyantes !

 

Ô Poésie, tu as arraché tant de cris à ma gorge,

Tant de soupir à ma poitrine,

Tant de larmes à mes yeux !

 

Car, c’est à toi, dans ma folle candeur,

Que je me suis attaché avec toute mon âme

Et tout mon corps !

 

Mais à quoi bon fatiguer de mes plaintes

Les allées d’or où erre, ramolli,

Un vent fatigué de l’automne.

 

Ô mes rêves silencieux,

Ô mes blanches montagnes magiques !

Ô mes forêts de diamant !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 14 novembre 2018

 

Glose :

 

Gaillardia, aussi communément appelée Gaillarde est un genre de fleurs de la famille des Astéracées. Le nom de genre, attribué par Auguste Denis Fougeroux de Bondaroy en 1786, est dédié à un de ses amis, magistrat et botaniste amateur français, Gaillard de Charentonneau.

Thiase (n.m. ou n.f.) : dans la mythologie grecque, le thiase (parfois en français au féminin : la thiase) est le groupe de créatures qui accompagnent et servent Dionysos. Ce groupe est composé de satyres et de ménades.

 

Orgiastique (adj.) : synonyme moins usuel de orgiaque. Orgiaque (adj.) : du grec orgiakos, « qui tient de l’orgie ». Relatif aux mystères, au culte de Dionysos.

Néotérique (adj.) : terme grec qui signifie « plus jeunes ».  Ce sont des poètes romains de langue latine. Ils proviennent presque tous de Gaule cisalpine, sont actifs à Rome  dans la première moitié du  Ier siècle av. J.-C. et inaugurent une poésie nouvelle.

Le néotérisme s'inspire de Callimaque d'Alexandrie (305 av. J.-C. – 240 av. J.-C.), dont l'œuvre affirmait les principes ensuite repris par les poetae novi :

  • Brevitas : des compositions très brèves. Les poetae novi sont convaincus que seul un petit poème peut être composé avec le soin nécessaire pour en faire une œuvre vraiment raffinée ;
  • Labor limae : des compositions très recherchées et raffinées quant au style, par conséquent « légères et dégagées » uniquement en ce qui concerne le contenu. Pour cela, le poète revoit sans arrêt et avec précision ses propres compositions, dans le but d'atteindre à la perfection extrême du point de vue stylistique et littéraire ;
  • Doctrina : des références très recherchées aussi bien du point de vue mythologique, géographique et linguistique. Pour cette raison, on a également appelé les poetae novi « docti » (savants).

Initiés à l'art poétique de Parthénios de Nicée (né ? - mort en 14 ap. J.-C.) et éduqués dans l'idéal à l'école de Valerius Caton (Ier siècle av. J.-C.), ils déclarent la guerre aux longs poèmes imitant Ennius (239 av. J.-C. – 169 av. J.-C.), lui préférant les épillions (épopées très brèves), les Carmina docta, le lyrisme.

Le ton de leur poésie est souvent facétieux et léger. C'est pour cela que leurs compositions, bien que toujours raffinées et précieuses dans la forme, sont appelées παίγνια (pàignia) en et nugae en latin, ce qui peut se traduire par « bagatelles », « bêtises », « petits riens ».

Leur poésie évite les grands thèmes traditionnels du genre épique et dramatique, n'aime pas traiter des sujets politiques et sociaux, mais se tourne surtout vers la sphère privée et a comme thème central l'amour.

 

ENGLISH :

 

Gaillardia

These heavy November clouds,

the silent flight of crows.

 

Amid the gaillardia on the balcony,

soothing my worn feet in the clear water,

I look out on the garden with its rusted leaves.

 

Thus, great Catullus,

from his famous villa at Sirmione,

the charming narrow peninsula,

green and flower laden, that extends into Lake Garda,

admired the work in the fields

in the company of the melodious Muses.

 

Closing his eyes, spellbound,

he followed the joyful retinue

of satyrs and maenads

worshippers of a Dionysian divinity.

 

Modestly, he sang the divine beauty of Lesbia,

but never turned his back on Neoteric  poets

such as Calvius, Valerius Cato,

Varro Atacinus, Ticidas, Cinna or Anser!

 

And, like me, he rested in a gentle sleep,

relaxed on his solitary bed.

 

Born a poet, in the bloom of youth,

I lived my joyful springs

transforming the fire in my blood

into blazing odes!

 

O Poetry, you have torn so many cries from my throat,

so many sighs from my breast,

so many tears from my eyes!

 

For it’s to you, in my naive folly,

that I devoted myself with my entire soul

and my whole body!

 

But why weary with my laments

the golden paths where a soft wind wanders,

tired of autumn?

 

O my silent dreams,

O my magical white mountains!

O my diamond forests!

 

 

Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges

Mis à jour ( Vendredi, 16 Novembre 2018 15:01 )