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ANAPHORE (français)

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ANAPHORE

« Nous qui mystiquement représentons les chérubins et chantons l’hymne trois fois sainte à la
vivifiante Trinité, déposons maintenant tout souci de l’existence afin d’élever le Roi de tous,
invisiblement escorté par les armées des anges. Alléluia, alléluia, alléluia. »
(« afin d’élever
le Roi » peut s’interpréter aussi comme « afin de recevoir le Roi (le Christ), dans les Saints
Dons, transférés de la prothèse /table sur laquelle on prépare les offrandes/ vers l’autel.)

            L’Hymne des Chérubins,
            Divine Liturgie de notre père parmi les saints Basile le Grand 

Il déploie l’antimension,
Baise l’aër, le plie !
Sa main frissonne comme une orchidée
Dans le vent léger venu des prairies !
Un instant figé devant l’éternité,
Il pense à la translucidité des vies,
A l’improbabilité de la mort. 

Les mots restent au seuil du rêve :
Sans la permission de l’âme
Comment peuvent-ils y pénétrer ? 

Fascinée par ces gestes sacrés
Suspendus entre l’appel divin
Et la résonance de l’air, 
Ma pensée
Glisse, éblouie, sur une ligne parfaite
Sans point initial ni fin ultime ! 

Est-ce prière ce tremblement en profondeur
De la chair devant la lumière des siècles ? 

Est-ce aimer que de garder son cœur
Grands ouverts sur tout, sur le mystère de tout ?

D’elles-mêmes s’ouvrent les lèvres :
Lumière, ombre, face et revers
D’une élévation nobles
Fervemment !

Seigneur !
Comment articuler Ton nom,
Comment,
Pour vivre, pour mourir,
Pour ressusciter
Dans l’extase de chaque syllabe ? 

Cette chute sans fond,
Ce va-et-vient de tout à tout !

A chaque larme, un peu plus
D’ombre dans l’ombre,
Un peu plus de lumière
Dans la lumière ! 

Remémorations,
Amnésies !

Si proche est Ta main
Que je ne puis la toucher ! 

Comme le chœur dévêt l’âme
De ses pétales !
Comme tout se transfigure, s’élève,
Devient Poésie :
Ta Face, Ton silence,
Ton Eglise suspendue
Dans l’immensité
De l’amour !

Ta Parole qui me regarde
Dans mon émerveillement ! 

Seigneur,
Toi, infini
Qui commence partout !
Clarté en tout !

    Athanase Vantchev de Thracy

Paris, ce mardi 23 novembre, Anno Christi MMIV

Glose :

Anaphore (n.f.) : du grec anaphorâ, anaphorâs, de ana, « en haut » et phorein, « porter »,
« action de porter vers le haut ». Offrande (littéralement élévation) d’un sacrifice à Dieu.
L’anaphore est la partie capitale de la Divine Liturgie que l’on appelle aussi canon eucharistique.

Le terme canon eucharistique vient du mot grec canon, « règle, loi » et eucharistie, « action
de grâce ».

L’anaphore contient trois parties. Elles revêtent, dans l’Eglise, un caractère
trinitaire :

  1. La première partie est une prière de remerciement pour la création s’adressant au
    Père. 
  2. La deuxième partie est un mémorial reconnaissant (anamnèse) de l’œuvre
    rédemptrice et libératrice du Fils.
  3. La troisième partie est une supplication, ou invocation, ou épiclèse pour la descente
    du Saint-Esprit afin que, par Lui, nous recevions la plénitude du Royaume.

L’anaphore débute par un appel du diacre :

« Tenons-nous biens, tenons-nous avec crainte ! Soyons attentifs à offrir en paix la sainte
oblation (offrande) ! »

Saint Basile le Grand (vers 330 – 1 janvier 379) : saint, évêque, docteur. Natif de Césarée
de Cappadoce. Ses parents, ses grands-parents paternels, ses deux frères et une de ses sœurs,
sont tous honorés comme saints. Après ses études à Constantinople et à Athènes, Basile visita
des colonies monastiques d’Egypte, de Palestine et de Syrie. Il fit lui-même une fondation sur
les bords de l’Iris, dans le Pont, pour laquelle il écrivit une règle, devenue en Orient, un
modèle du genre. En 370, il devint métropolite de Césarée et défendit courageusement
l’orthodoxie contre les ariens et les macédoniens, qui étaient protégés par l’autorité impériale
de Byzance. Son traité sur l’Esprit Saint n’a pas son pareil dans la théologie catholique. Il a
également établit une Liturgie eucharistique qui porte son nom. En Orient, Basile est le
premier des trois saints hiérarques. En Occident, il est un des quatre grands docteurs. Outre la
liturgie de saint Basile, il en existe une autre, celle de saint Jean Chrysostome (vers 347 –
407).
La liturgie selon saint Jean Chrysostome, la plus célébrée au cours de l’année chrétienne, ainsi que celle de saint Basile le Grand, sont les deux principales liturgies de l’Eglise orthodoxe. Elles se différencient uniquement par l’anaphore ou canon eucharistique.

Chérubin (n.m.) : de l’hébreu keroûbim, pluriel de keroûb, l’un des noms des anges dans
l’Ancien Testament. Ange du second rang de la première hiérarchie. Voici la hiérarchie
céleste des anges établie par l’écrivain anonyme grec Pseudo Denys longtemps confondu
avec saint Denis l’Aréopagite (Ier siècle ap. J.-C.) que nous connaissons par les Actes des
Apôtres.
  

Première hiérarchie (la plus haute) : Séraphins, Chérubins, Trônes.
Deuxième hiérarchie : Dominations, Vertus, Puissances.
Troisième hiérarchie : Principauté, Archanges, Anges.

Prothèse (n.f.) : dans l’abside réservé à cet usage ou, à défaut, à gauche de l’autel, se trouve
la prothèse (ou table d’offrande). C’est là que le prêtre prépare le vin et le pain pour la
Divine Liturgie. Elle est recouverte d’une housse ornée de broderies, de la même couleur que
celle qui recouvre l’autel. On y trouve le calice (coupe destinée à recevoir le vin)  et le disque
ou patène (sorte d’assiette ronde, posée généralement sur un pied), sur laquelle le prêtre
dispose les parcelles qu’il prélève dans les pains d’offrande appelés en grec « prosphores ». Sur la prothèse figurent également la lance (couteau liturgique spécial, ayant la forme d’une
lance et dont le prêtre se sert pour découper les parcelles du pain eucharistique), ainsi que la
cuiller liturgique dont le manche est, comme celui de la lance, terminée en forme de croix, et
qui est utilisée pour distribuer la Sainte Communion (sous l’espèce de vin) aux fidèles. On y trouve également l’astérisque ou étoile (formée de deux pièces de métal recourbées, croisées l’une sur l’autre et jointe en leur milieu). L’astérisque symbolise l’étoile de Bethléem.

Antimension (n.m.) : mot grec qui signifie « à la place de la table (de l’autel) ». C’est une
nappe contenant des reliques consacrées par l’évêque qui sert d’autel portatif.
L’antimension rappelle que l’Eglise n’est sur terre qu’en pèlerinage, en Exode, et elle ne peut
s’y fixer. Sa vraie patrie est la Nouvelle Terre Promise, le Royaume des Cieux vers lequel elle
est en marche. Sur l’antimension est représenté le Saint Tombeau, duquel le Christ est
ressuscité pour faire rayonner la vie sur tout l’univers.

Aër (n.m.) : du grec aêr, aêros, « air ou atmosphère autour de la terre » et, par extension de
sens « ciel ». Grand voile destiné à couvrir à la fois le calice et le disque (la patène). Durant le
chant du Symbole de la Foi, le prêtre prend l’aër et l’agite, c’est-à-dire il l’élève et le baisse
au-dessus des Saints Dons (le vin et le pain qui symbolisent le sang et le corps du Christ).
Cette agitation de l’aër signifie que les Saints Dons sont ombragés par la puissance et la grâce
du Saint-Esprit.