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La mort du Galate - français / anglais -

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LA MORT DU GALATE

 

« La beauté trouve en soi son plus grand ornement »

 

Sénèque

 

I.

 

Galate, toi le haut guerrier à l’honneur immense,

Toi au clair avec toi-même,

J’apporte en libation à ta mort

Ma mémoire éternelle !

 

Et je chante

La grâce sublime du courage,

Les traits printaniers du visage,

Le regard perçant

Qui instille cette fauve fébrilité.

 

II.

 

Que de chemins abrupts traversent

L’espace solennel de  ton cœur

Qui sait que les illusions perdues

Ne font pas de bruit.

 

Le ciel inonde de sa bleue clarté

Les lourdes vagues de ta blonde chevelure

Et le silence saisi par une effroyable,

Une persistante sidération.

 

La petite surface rubéfiée

Là où l’épée courte qui cherche le cœur,

Frappe sous la clavicule –

Ô charme vénéneux de la plaie encore à vif,

Magistrale présence de la  mort qui brûle la chair luisante.

Et toi, héros, ta force,

Témoignage vibrant et détaché de la grandeur de ton âme.

 

III.

 

D’une main ferme, Galate,  tu soutiens ta femme

Qui, à genoux, sa splendide tête bouclée affalée, se meurt avec toi

Sa haute noblesse lui interdisant de tomber vivante

Aux mains de l’ennemi.

 

IV.

 

Le fleuve du temps saute, s’enroule, avance,

Les ombres des souvenirs aboient dans l’air rigide !

Comme l’eau qui lutte contre le gel,

Les heures luttent contre le néant de l’oubli !

 

Tout finit sous le cillement ému du jour

Et la lente reptation de la saison blessée !

 

Ô dimension insatiable du temps et du monde !

Il y a tant d’invisible dans ces corps visibles

Ruisselant de blancheur marmoréenne !

 

Et enfin vient cette solitude à couper au couteau !

 

Paris, le 18 février 2018

 

Glose :

 

Le Galate mourant : cette œuvre d’une beauté magistrale est visible au palais Altemps de Rome. Ce groupe est une copie romaine d’un original hellénistique en bronze, commandé par Attèle Ier de Pergame pour commémorer sa victoire sur les Galates au IIIe siècle av. J.-C.

 

La copie serait l’œuvre d’un certain Epigone et fut découverte lors de la construction au XVIIe siècle de la villa Ludovisi. Les Galates, Gallis pour les romains, sont des Celtes appelés ainsi en Asie Mineure pour leur peau blanche et laiteuse. Ces Celtes, menés par leur chef Brenn, descendirent vers la Grèce où ils pillèrent Delphes en 270 av. J.-C. Un groupe poussa jusqu’en Asie Mineure (Turquie actuelle) et servit comme mercenaires en Bithinie. En 237 av. J.-C. Attale Ier bat les Galates, arrêtant ainsi leurs incursions et pillages. Ils formèrent alors un petit royaume en Anatolie, la Galatie qui sera conquise par les romains en 189 av. J.-C

 

Le Galate est probablement un chef, Il se plonge une épée courte sous la clavicule pour atteindre le cœur. La pointe du glaive est enfoncée dans la chair et un flot de sang s’en échappe.

 

De l’autre main il soutient sa femme, qui, à genoux, sa tête bouclée affalée vers la terre, est morte ou mourante. Son riche vêtement indique son rang élevé de femme de chef, ce qui lui interdisait la honte de tomber vivante aux mains de l’ennemi et de subir l’esclavage, destin habituel des vaincus.

 

Sidération (n.f.) : du latin sideratio, « action funeste des astres ». Anéantissement subit des forces vitales se traduisant par un arrêt de la respiration et un état de mort apparente.

 

Rubéfier (verbe) : du latin rubefacere, « rendre rouge », de ruber, rouge, et facere, faire.


Marmoréen, marmoréenne (adj.) : du latin marmoreus. Qui a la nature ou l'aspect du marbre. Littéraire. Qui est froid, dur, blanc comme le marbre : Pâleur marmoréenne.

 

 


The Dying Gaul

‘Beauty finds in itself its greatest ornament’

 

Seneca

 

1.

Galatian, noble warrior of immense honour,

you, finally at one with yourself,

I bring as a libation to your death

my eternal memory!

 

And I sing

the sublime grace of your courage,

the springlike features of your face,

your piercing eyes

which instil a wild agitation.

 

2.

How many steep paths cross

the solemn space of your heart

which knows that lost illusions

make no sound.

 

The sky’s blue light floods

the heavy waves of your blond hair

and the silence gripped by the frightful,

persistent loss of vital force.

 

The small reddish place

where the short sword that seeks the heart

strikes beneath the collar bone –

O poisonous charm of the wound still bright with blood

magisterial presence of death that burns the gleaming skin.

And you, hero, your strength

a vibrant and stoical testimony to the nobility of your soul.

 

3.

With a firm hand, Galatian, you support your wife,

who, kneeling, her splendid curls in disarray, dies with you,

her lofty nobility forbidding her to fall still living

into the hands of the enemy.

 

4.

The river of time leaps up, winds, flows on,

the shadows of memories cry out in the rigid air!

Like water that struggles against freezing,

the hours struggle against the nothingness of oblivion!

 

All ends beneath the emotive flickering of the day

and the slow crawl of the wounded season!

 

O insatiable dimension of time and the world!

There is so much that is invisible in these visible bodies,

streaming with marmoreal whiteness!

 

And in the end comes this solitude that awaits the final cut!!