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Solitaires, les jardins - français / anglais

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SOLITAIRES, LES JARDINS

À Zawgyi (Thein Han)

L’été s’en est allé – murmurent à mon oreille la pluie

Et les étoiles qui voguent dans le ciel mauve.

 

Solitaires, les jardins boivent l’eau de l’automne

Et parlent avec les deux tourterelles aux yeux de perle

Dont la verte patrie est le très vieil orme.

 

Moi, je ramasse les dernières miettes d’espoir,

Rentre à la maison et les range

Dans la vivante boîte de mon cœur

À côté des ressacs des souvenirs.

 

Puis, fatigué, je m’assoie

Et lis les étranges  paroles

Des Carmina Burana

 

Soudain tout autour de moi devient clair

Et une douce sérénité envahit mon âme.

 

Qui étaient les poètes errants, auteurs singuliers

De cette singulière œuvre.

Ont-ils été heureux, où reposent-ils à présent ?

 

Ô plaisirs charnels des mots,

Ô temps de la douceur de l’arrière saison !

 

Enfin, je me rappelle l’hymne des anges

Et je me mets à chanter :

 

Ô vous, purs esprits qui vous tenez

Devant le prime et grand Esprit

Et fulgurez de splendeur divine

Vous les Anges, illuminez

De votre éclat mon âme de poète !

 

Athanase Vantchev de Thracy

Haskovo, le 28 août 2018


Glose :

Zawgyi (birman: ဇော်ဂျီ, prononcé [zɔ dʑì]; Thein Han (သိန်းဟန်, [θéiɴ hàɴ]) ; 12 avril 1907 - 26 septembre 1990) était un poète, écrivain, historien, critique, universitaire et académicien. Zawgyi est littéralement un nom mythique issu du folklore birman.

 

Zawgyi était l'un des leaders du mouvement Hkit san (Tester le Temps) dans la littérature birmane à la recherche d'un nouveau style avant la Seconde Guerre mondiale, avec les poètes Theippan Maung Wa, Nwe Soe et Min Thu Wun. Sa première poésie hkit san, Padauk pan (Fleur de Padouk), a été publiée dans la brochure Hantha Kyemon.

Son œuvre la plus mémorable est une pièce intitulée Maha hsan gyinthu, une adaptation de Bourgeois gentilhomme de Molière, publiée en 1934. Son poème le plus célèbre est Beida lan (Le chemin de la jacinthe), publié en 1963. Elle retrace un voyage à travers les hauts et les bas de la vie.

Carmina Burana (latin : « Poèmes » ou « Chants de Beuern » est le titre que le linguiste allemand Johann Andreas Schmeller a donné à un manuscrit découvert en 1803 dans l’abbaye de Benediktbeuern et dont la première édition date de 1847.

Il s’agit de la compilation, partiellement notée en neumes et rédigée entre 1225 et 1250, de chants profanes et religieux composés en latin médiéval, avec certaines parties en moyen haut-allemand, franco-provençal, ainsi qu'en français, majoritairement par les goliards, des ecclésiastiques défroqués ou des étudiants vagabonds. Le manuscrit comporte des chansons d’amour, des chansons à boire et à danser ainsi que des pièces religieuses.


La popularité du recueil connut un regain au XXe siècle grâce au vif succès de l'œuvre musicale éponyme de Carl Orff, Carmina Burana, composée en 1935-1936, dans laquelle Orff reprend vingt-quatre des chants du manuscrit.

Neume (n.m.) : on appelle neumes (du grec ancien νεῦμα / neûma « signe », altération de πνεῦμα / pneûma « esprit ») les signes de la notation musicale qui furent en usage à partir du IXe siècle et durant tout le Moyen Âge, jusqu'à la généralisation de la portée moderne à cinq lignes.

Goliard (n.m.) : les Goliards étaient des clercs itinérants (en latin : clerici vagantes ou clerici vagi) des XIIe – XIIIe siècles qui écrivaient des chansons à boire et des poèmes satiriques (et parfois d'amour) en latin.

Note :

La littérature birmane s'étend du XIIe siècle à nos jours. D'apparition relativement récente, elle s'est nourrie d'apports extérieurs qu'elle a assimilés et fait siens : langues et littératures pâli, môn, thaï pour sa période classique, puis, influences occidentales lors de l'intégration du pays dans l'Empire britannique au XIXe siècle.

 

D'essence bouddhiste, elle reste pendant longtemps une littérature de cour en constituant ses propres genres littéraires, puisant la plupart de ses sujets dans les Jâtaka transmises par les Môn. Ce sont des récits légendaires des rois et princes birmans.

 

Cette poésie de tendance lyrique, promise à un bel avenir, est apparue dès le XVe siècle. Aujourd'hui, sous des formes plus diversifiées, la poésie demeure bien vivante. Cette littérature est composée également de romans et surtout de nouvelles, souvent très brèves, publiées par des magazines. La connaissance que nous avons de la littérature birmane est très fragmentaire. La rareté des relations des royaumes birmans avec l'Occident avant la colonisation britannique,   l'absence de liberté d'expression depuis le coup d’État de 1962, les difficultés de publication au Myanmar (autre nom de Birmanie), l'exil de nombreux écrivains en Thaïlande et dans les pays anglo-saxons constituent de sérieux obstacles à la diffusion de leurs œuvres. À cela s'ajoute pour les lecteurs non birmanophones la rareté des traductions : celles en français sont presque toutes dues aux enseignants et chercheurs de la section birmane de l’Inalco (École des langues orientales de Paris).

 

Le pali, ou pāli, est une langue indo-européenne de la famille indo-aryenne parlée autrefois en Inde. Les premiers textes bouddhiques, tipitaka, sont conservés dans cette langue utilisée encore aujourd'hui comme  langue liturgique dans le bouddhisme theravada.

Le môn est une langue de la famille môn-khmer. Les Môns sont un peuple qui vit en Birmanie dans la région du delta qui va de l'est de Rangoun à la frontière .

 

Les Jātakas (जातक) (Vies antérieures) sont des contes et histoires sur de nombreuses vies antérieures, spécialement celles du bouddha historique Shakyamuni.

Le birman appartient à la famille tibéto-birmane. Il est la langue officielle de la Birmanie (République de l'Union du Myanmar), où il est parlé comme langue maternelle par environ 30 millions de personnes (sur 46 millions d’habitants). Il trouve son origine dans les parlers de la dépression centrale du pays, se distinguant plus ou moins d’autres dialectes birmans comme le rakhine de la Province d’Arakan. 10 millions de personnes parlent le birman en seconde langue. Le birman est la langue obligatoire de l'enseignement.

 

ENGLISH :

Solitary, the Gardens

to Zawgyi (Thein Han)

Summer has gone – that is what the rain and the stars

that sail in the mauve sky are murmuring in my ear.

 

Solitary, the gardens are drinking the waters of autumn

and talking with the two turtledoves with eyes of pearl

whose green homeland is the ancient elm.

 

As for me, I gather the last crumbs of hope,

then go back to the house and store them away

in the living box of my heart

next to the waves of memory that ebb and flow.

 

Tired then, I sit

and read the strange words

of the Carmina Burana.

 

Suddenly everything around me becomes clear

and a gentle calm pervades my soul.

 

Who were the wandering poets, singular authors

of this singular work.

 

Were they happy, where are they resting now?

 

O fleshly pleasures of words,

O sweet late autumn weather!

 

Finally, I remember the hymn of the angels

and I begin to sing:

 

O you, pure spirits who stand

before the first great Spirit

and blaze with divine splendour,

You, Angels, illuminate

with your brightness my poet’s soul!

 

 

Translated from the French of Athananse Vantchev de Thracyby Norton Hodges

Mis à jour ( Mardi, 28 Août 2018 14:51 )