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LE JEUN AFGHAN - français

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LE JEUNE AFGHAN

À Sayed Mohammad Sadat

« Et dixi in corde meo iustum

et impium iudicabit Deus et tempus omni rei tunc erit »

(« J'ai dit en mon cœur : Dieu jugera le juste et le méchant;

car il y a là un temps pour toute chose et pour toute oeuvre. »

 

Ecclésiaste,III, 16-17

Un jeune homme descend ma rue,

En chantant,

De petites fleurettes bleues de sa steppe natale

Dans le doux va-et-vient de ses pensées.

 

Il entend le galop

Des chevaux afghans plus rapides que

Des éperviers des montagnes,

Le frais cri matinal des cailles craintives

Dans les champs,

Le hurlement des jeunes louveteaux

Dans la forêt dense, le soir…

 

Ö sons des flûtes et des cordes

Frissonnant de froid,

Ô fleurs des pommiers

Tombées dans la cour

Après la tempête de pluie,

Touffes de citronnelles autour

De l’étang noir !

 

Essoufflé, il s’arrête, ferme les yeux

S’appuie contre un mur

Et se met soudain à sangloter

Entendant, comme dans un rêve heureux,

Les suaves murmures de sa mère.

 

Il reste longtemps ainsi,

La dague d’une douleur subite

Transperçant son cœur d’adolescent.

 

Et il est de nouveau tout entier

Dans son lointain village,

Un ruisseau égaie de ses clairs murmures

Les hautes herbes odorantes…

Des corps scintillants de jeunes filles

Belles comme la tendresse du matin,

Flottent dans l’air envoûté

Et tout, tout

Est léger comme les soupirs fugitifs de la clarté !

 

Ô divine poésie des choses simple,

Ô lune, ô bouches éloquentes,

Ô lumière taciturne de l’amour !

 

Il ouvre les bras et accueille sur son cœur

Ses jeunes frères, les couvre de baisers heureux,

Et mouille de ses larmes joyeuses

La blanche douceur de leurs visages souriants !

 

Des anges du haut ciel étoilé

Descendent vers son âme

Et y versent des hymnes d’amour

Et des fleuves d’une âpre beauté !...

 

Un jeune homme descend ma rue,

En sanglotant,

Une peine sans figure

Dans son cœur divaguant…

 

Et…

De petites fleurettes bleues

Dans ses veines…

L’azur de l’éternité

Pleines les mains mortes !

 

Nuages du soir liserés d’or,

Lièvres des neiges,

Blancs camélias et fougères d’hiver

Ah, mon Dieu,

Fais-moi vivre la piété des cigognes !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 8 juillet 2018

 

Glose :

La piété des cigognes : dans une fable attribuée à Esope (IVe siècle av. J.-C.), l’auteur commentant le fait que la cigogne apporte de la nourriture à ses parents, déclare que cet animal « est le plus pieux des animaux ». Celse, un polémiste de IIe siècle de notre ère, reprenant le symbole, ajoutera que les cigognes ont plus de piété filiale que les hommes !