Statistiques
Blogspot            ancien site - cliquer ici / old website - click here            Poetrypoem

AINSI MÛRISSENT LES ÊTRES (français)

PDF
Imprimer
Envoyer

 

AINSI MÛRISSENT LES ÊTRES

« Toutes choses passeront.
Rien ne demeurera que la mort et la gloire des morts »

         Edda islandaise

 

Il est minuit ! Fiévreux, tremblant, inlassable,
Tu parles du parachèvement des astres,
De la subdivision humaine en lignages,
Des loups terribles qui pourchassent les astres
Créés par les dieux tout-puissants,
De Kvasir et de Freyr,
Le plus beaux des dieux scandinaves !

 

Or, il est minuit, mon Ami !
Et ta voix de neige se casse comme un cierge de cristal
Contre le doux coton luisant de notre haute solitude.

 

Je sais, tu es amoureux de la musique des anges,
De leurs vêtements ondoyants imbibés d’eau de pluie,
De l’odeur vive des roses rouges.

 

Et tout ce discours est heureux à ma bouche
Comme les dits carmin et les rires d’aubépine
Du Lucius Afranius !

 

Un instant de silence
Et, tel un songe hésitant,
Ton corps bascule sur le velours du sommeil :
Mystérieuse pitié des abîmes sans pitié !

 

Non, ô Tendre, nul ne peut dire
Les larmes du commencement
Ni les douces mouettes de la fin
Ni, encore moins,
Les poumons en flamme de la mer !

 

Non, mon Ami tardif, nul ne peut chanter
Les marées mauves des âges,
L’eau lustrale des pensées !

 

Ne sais-tu pas que le fleuve
Est un chemin en marche, 
Et qu’ainsi, en aimant nos élans d’âme,
Vieillissent les choses ?

 

Viens ! Il est si tard,
Ouvre la fenêtre du sud,
Et que la nuit immense
Palpite libre et douce
Dans nos bras !

   Athanase Vantchev de Thracy

A Paris, ce mardi 25 janvier, Anno Domini MMV

Glose :

Edda (s) : nom d’origine inconnue, désignant deux importantes œuvres littéraires islandaises
du Moyen Âge :

  1. Edda poétique ou Ancienne Edda, œuvre découverte en 1643 et attribuée à tort au
    poète Saemund le Sage (mort en 1133). C’est une collection de 35 poèmes gnomiques
    d’auteurs anonymes se rapportant à la mythologie ou aux légendes héroïques (les
    « poèmes eddiques »). Ces poèmes, qui datent du IXe - XIIe siècle, ont été réunis en
    recueil au XIIIe siècle, et ils sont conservés pour la majeure partie dans le manuscrit
    Codex regius (fin du XIIIe siècle). Emergent la dantesque Völuspà (« Prédiction de la
    voyante »), les truculents Dits du Très-Haut (Havamàl), les initiatiques Dits de
    Grimnir
    (qui est le dieu Odin,  Grimnismàl) et tout le cycle consacré à
    Sigurdr/Siegfried, meurtrier du Dragon et à ses amantes Brynhildr et Gudrûn.
  2. Edda prosaïque ou Edda de Snorri, du nom de son auteur, l’Islandais Snorri
    Sturluson : c’est un manuel d’initiation à la poésie scaldique (de scalde, ancien poète
    et chanteur scandinave, auteur de poésies transmises d’abord oralement puis
    recueillies dans des sagas). Elle se compose de trois parties :

a)     Gylfaginning (« Fascination de Gylfi »), traité de mythologie nordique.

b)     Skalskaparmàl (proprement : « Poétique »), traité de la langue poétique
islandaise, en particulier des Kennings.

c)      Hàttalal (« Dénombrement des mètres »), poème de 102 strophes illustrant
chacune un mètre poétique différent.

Kvasir : personnage de la mythologie scandinave doté d’une science universelle. Deux nains,
Fjalar et Galar, le mettent à mort et font de son sang un breuvage ayant la propriété de donner
de l’inspiration poétique qui, dans la poésie scaldique, est désignée par la périphrase « sang
de Kvasir ».

Freyr : dieu nordique, le plus beau des dieux scandinaves. Freyr est fils de Njordr et frère de
la déesse Freyja, la grande magicienne montée sur son char tiré par des chats. « Clair et
brillant », il personnifie l’essence même de la beauté. Marié à Gerd (la Terre), Freyr crée
l’abondance et dispense les richesses. C’est un grand dieu des Vikkings. Dieu de l’acte sexuel,
il est représenté par un phallus de cheval quand toute la famille lui fait des incantations.

Lucius Afranius (fin du IIe siècle av. J.-C.) : auteur comique romain. Il reste de ses œuvres
inspirées du poète comique grec Ménandre (vers 342 – vers 292 av. J.-C.) et du poète latin
Térence (vers 190 – vers 159 av. J.-C.), 43 titres et de brefs fragments. L’un des premiers à
mettre des personnages romains sur scène.