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Astrasimuli Dominum - français

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ASTRA SIMULI DOMINUM…

« Là je vais dans mon sein méditant à loisir

Des chants à faire entendre aux siècles à venir »

André Chénier

Non, je ne quitte pas l’âme de la langue française

Et son mouvement chaleureux,

Cette belle et harmonieuse langue

Comble de l’élévation littéraire

Et voix oraculaire

Rayonnante par la savante légèreté

Et par la finesse inégalée

De son éblouissante expression !

 

C’est ainsi que tu parles, mon Ange aimé,

 

Toi dont le cœur vit au cœur des roses et des lis,

Toi qui t’habilles le matin

Des tendres rayons de l’aurore !

Figure inextricable de l’inextricable Beauté !

 

Toi qui es le chant au moment où il naît

Des œuvres divines du sang,

Tu es la tendresse et l’aube de la parole,

La haute saison de la pure vérité.

 

Tu dis et la douleur en moi

S’ouvre comme un bourgeon

Rempli des sucs de la terre

Et de la liquide clarté du ciel.

 

Tu es, mon Ange, la tangible visibilité

Des choses pleines de bonté et de mystère.

 

Ange, mets ta main florale

Dans ma main de blé et partons !

Le chemin du départ et le chemin du retour

N’est-il pas toujours

Le même chemin ?

 

Notre fluviale amitié, ce n’est plus le printemps

Ni aucune chose qui passe !

 

Nous qui avons vécu autant de fois

Que nos yeux ont pu contempler les splendeurs

De la Création dans leur extrême excellence !

 

Âme, le jour fraîchit,

Il est temps

De rentrer à la maison !

 

Athaase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 4 mai 2018

Glose :

Astra simuli Dominum… : expression latine qui signifie « Les astres et le Seigneur sous-entendu / montre la voie / »

André Chénier (1762-1794) : poète et journaliste, martyr français

Un bref passage sur la terre des hommes et une fin tragique ; la carrière de poète qu'il n'a pas eue ; sa présence, sa poésie perpétuées parmi nous : telles sont, aux yeux de l'histoire, les trois vies d'André Chénier. La première dure à peine trente-deux ans et se termine sur l'échafaud le 7 thermidor an II (25 juillet 1794). La deuxième nous mène jusqu'à la Restauration. La troisième commence en 1819 avec l'édition Latouche. De son vivant, Chénier ne publie rien avant 1790. S'il meurt inconnu, c'est par sa faute ; Roucher, son compagnon de charrette, avait du moins fait paraître Les Mois. Il laisse une liasse hétéroclite de papiers heureusement préservés de la destruction, et ces ruines font supposer le monument qu'il rêvait de bâtir. Puis, le romantisme le hisse sur les autels : dès lors, sa fortune est faite. La littérature française compte avec orgueil dans ses rangs le génie inattendu qui a ressuscité, trente ans avant Lamartine, la poésie moribonde. Quand on parle d'André Chénier, il faut avoir présente à l'esprit cette double disproportion entre l'intention et le résultat, entre la matière brute d'une œuvre et sa destinée posthume.

Des travaux remarquables ont permis de bien connaître le détail de cette courte vie. Né à Constantinople, André Chénier tenait de sa mère, qui était issue d'une famille latine d'Orient, une âme grecque. À trois ans, ses parents l'amènent en France. Études solides au collège de Navarre, où, roturier pauvre, il côtoie les héritiers riches et titrés ; il y noue de nobles amitiés (voir les Épîtres). À partir de dix-huit ans, dure recherche d'un emploi et, pour occuper le temps, alternance des travaux et des dissipations. Des amours faciles (Lycoris), une liaison orageuse avec une créole de mince vertu (Camille D'Azan). Un bref séjour dans l'armée à Strasbourg ; un voyage en Suisse avec les frères Trudaine, peut-être un autre en Italie. À vingt-cinq ans, il se résigne à prendre une place d'humble secrétaire dans la diplomatie et séjourne à Londres jusqu'en 1790. La Révolution lui donne une raison d'exister ; il regagne la France pour agir. Journaliste, son ardeur le perdra. « Modéré violent » (R. Brasillach), il part en guerre contre la tyrannie jacobine et se fait des ennemis mortels. La journée du 10 août le jette dans la clandestinité. Il séjourne notamment dans la banlieue de Versailles, où il entretient une amitié amoureuse avec Fanny Le Coulteux. Le 7 mars 1794, il tombe dans une souricière. Les Iambes étaient déjà entamés. Pourtant, c'est un « prosateur stérile » que ses tueurs envoient à l'échafaud quatre mois plus tard.